Rencontre avec le nouveau maire de Sébastopol Alekseï Tchaly

Le 23 février, les habitants de Sébastopol, en Crimée, ont désigné un nouveau maire : l’homme d’affaires Alekseï Tchaly. La revue en ligne Gazeta Koultoura lui a posé quelques questions. 

Sébastopol
Le nouveau maire de Sébastopol Alekseï Tchaly. Crédits photo : Iouri Iouganson

Koultoura : Qu’est-ce qui vous importe le plus en ce moment ?

Alekseï Tchaly : Je veux que la ville traverse ces heures difficiles au prix d’un minimum de pertes. Il faut tout faire pour éviter que le sang coule. J’ai vécu 52 ans à Sébastopol. La ville abrite les tombes de mon père et de mon grand-père. [Le grand père d’Alekseï Tchaly, Vassiliï Tchaly, était vice-amiral de la flotte soviétique de la mer Noire à Sébastopol et vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, ndlr]. Ici sont mes racines. Je ferai tout mon possible pour sauvegarder le passé glorieux de notre ville. Je comprends parfaitement le degré de ma responsabilité. Si nous, habitants de Sébastopol, ne défendons pas notre ville aujourd’hui, nous n’aurons peut-être jamais de deuxième chance.

Koultoura : Par quels moyens comptez-vous « défendre » Sébastopol ? Vous devez savoir que les troupes Berkout ont été liquidées. La police est désorientée.

Tchaly : Les agents Berkout ont accompli dignement leur devoir, ils ont agi en vrais hommes, et maintenant leurs propres commandants les abandonnent à la merci d’une meute de nazis. Les agents Berkout sont poursuivis en justice. Je les invite tous à venir à Sébastopol : la ville a besoin de gens dignes capables de constituer nos troupes d’autodéfense et, à terme, celles de notre police municipale. Nous sommes actuellement face à une force incontrôlable, venue du centre du pays. Cette force a la ferme intention de mener à bien sa mission : c’est-à-dire déraciner la langue russe, réécrire l’histoire, diviser l’Église. Certes, cette force laissera la population en vie, mais elle compte bien en exterminer la conscience – l’anéantir en tant que peuple.

Koultoura : Quel est, selon vous, l’objectif du nouveau pouvoir ukrainien ?

Tchaly : Le pouvoir ukrainien ne s’est pas vraiment fixé d’objectifs – ce sont les États-Unis qui s’en posent. Ce qu’ils veulent faire, par leur politique, c’est créer une nouvelle nation et une nouvelle réalité afin de rompre les liens existant entre l’Ukraine et la Russie.

Koultoura : Pensez-vous que le salut de Sébastopol ne puisse passer que par une réunification avec la Russie ?

Tchaly : Je pense en tout cas que dans le cas d’une réunification, nous ne serions pas obligés de sacrifier notre orientation civilisationnelle – c’est-à-dire ce qui compte le plus pour n’importe quel peuple. Si nous parvenons à la garder, nous pourrons créer une union avec la Russie. Je veux espérer que la Russie va prendre conscience de ses erreurs du passé et qu’elle va enfin commencer à travailler sérieusement à des projets d’intégration en Ukraine.

 

Rassemblement le 8 mars à Sébastopol @courrierderussie
Rassemblement le 8 mars à Sébastopol @courrierderussie

Mais qui est Alekseï Tchaly ?

Quatre usines en Russie, un bureau d’études et une usine à Sébastopol, des dizaines de représentations commerciales dans le monde entier, de la Chine à la Suisse… : tout cela, c’est aujourd’hui la société Tavrida-Electric, fondée par Tchaly dès 1990.

Au début, l’entrepreneur, ingénieur de formation, s’est lancé avec des partenaires dans la production et la vente d’un savoir-faire élaboré par son père. Il s’agissait d’un appareillage électrique à haute tension pour les grosses entreprises industrielles, fonctionnant à vide – et ainsi bien moins encombrant et moins cher que les appareillages à huile habituels.

Rassemblant une équipe composée des meilleurs ingénieurs ukrainiens et russes, Tchaly est devenu, dès la décennie 1990, le leader du secteur dans les pays de la CEI, brevetant des dizaines d’autres systèmes. La société ne publie pas ses résultats financiers, et on ne peut donc juger de son ampleur qu’à partir des données fragmentaires de son journal d’entreprise : Dans le monde de TEL. Ainsi, pour le premier semestre 2007, le chiffre d’affaires consolidé de toutes les entreprises du groupe dépassait les 2 milliards de roubles.

À la différence de nombreux oligarques de Russie et d’Ukraine, Tchaly n’est impliqué dans aucune privatisation suspecte, son affaire a été bâtie grâce à un certain nombre d’innovations uniques, à sa capacité d’attirer les meilleures intelligences et à sa pratique entrepreneuriale.

Pourquoi les habitants de Sébastopol ont-ils choisi précisément Tchaly ? Plusieurs facteurs ont joué en parallèle. D’abord, au long de toutes ces 22 années d’indépendance, c’est Kiev qui a désigné les dirigeants de la ville – par peur d’un renforcement des humeurs séparatistes – et les habitants ont été privés de fait de la parole. Deuxièmement, Tchaly a grandi à Sébastopol, et on le connaît bien dans la ville. « Sa société paie un tiers du budget fiscal de Sébastopol », explique Olga Timofeeva, coordinatrice de l’organisation civile Initiative citoyenne de Sébastopol. « Ses usines emploient près de 1000 habitants de Sébastopol, et les salaires y sont très corrects », poursuit le leader du mouvement citadin Auto-Maïdan Viktor Neganov.

À côté de son affaire de production de disjoncteurs, Tchaly contrôle des médias locaux : deux sites populaires de Sébastopol et une chaîne télévisée. C’est encore Tchaly qui a financé la reconstruction du Mémorial aux héros de la Défense de Sébastopol de la 35ème Batterie et participé à son inauguration solennelle en 2009. Il finance également l’édition d’ouvrages sur l’histoire de la ville et le tournage de films documentaires sur Sébastopol. « Il est connu dans la ville comme étant un homme honnête et indépendant », souligne le leader du Bloc russe, Guennadiï Bassov.

Personne, à Sébastopol, ne dément le fait que Tchaly est citoyen russe. Mais on trouvera peu de gens pour considérer la désignation d’un ressortissant d’un autre État à la direction de la ville ou son élection lors d’un meeting comme des violations de la loi ukrainienne. « Cela contredit la Constitution », objecte pourtant Viktor Neganov. Il fait bien toutefois d’exprimer cette opinion dans une interview à Forbes plutôt que sur la place centrale Nakhimov. Car là-bas, on aurait instantanément accusé l’opposant de pratiquer des doubles standards : l’occupation des bâtiments administratifs à Kiev et dans d’autres villes d’Ukraine et le refus des régions occidentales de payer leurs impôts au budget central ne s’inscrivent pas beaucoup plus dans le cadre des lois de l’Ukraine.

1 commentaire

  1. Vous ruinez votre crédibilité journalistique en présentant des articles de la presse russe non contextualisés! Vous donnez vraiment l’impression que ce qui se passe en Crimée est correct et sympathique …

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