Le nationaliste ukrainien Mouzytchko abattu, Secteur droit promet la vendetta

Le militant ultranationaliste ukrainien Alexandre Mouzytchko, alias Sachko Bily, poursuivi en Russie pour des meurtres en Tchétchénie, a été tué par la police dans la ville ukrainienne de Rivne, dans la nuit du 24 au 25 mars. Retour sur le parcours d’un personnage haut en couleurs.

« La police a neutralisé le membre le plus odieux du Secteur droit » : c’est ainsi que le site d’information ukrainien Korrespondent a annoncé la mort d’Alexandre Mouzytchko, entrepreneur et leader du Secteur droit dans l’Ouest ukrainien – une armoire à glace au cou large et au crâne rasé, vétéran de l’Afghanistan et de la Tchétchénie aux côtés des indépendantistes, qui semblait jusqu’alors increvable.

Ils l’ont eu, pourtant. Mais ce « ils », ce ne sont ni le FSB, ni des hommes d’affaires envieux ou la garde de Kadyrov, comme on a pu le lire au début dans la presse russe et ukrainienne, mais bien les forces de l’ordre ukrainiennes elles-mêmes, qui ont confirmé mardi 25 mars, plusieurs heures après l’événement, être à l’origine de cette intervention.

L’opération s’est déroulée dans le petit café Les trois carassins, en région de Rivne, au nord-ouest de l’Ukraine, dans le cadre d’une action de la brigade de lutte contre le crime organisé (GUBOP).

Selon la version officielle, Alexandre Mouzytchko a été abattu dans une situation de légitime défense, alors qu’il prenait la fuite. « Bily, en tentant de fuir par la fenêtre, a ouvert le feu sur les membres des forces d’intervention. Un des policiers, après avoir été touché au niveau du casque, a blessé Mouzytchko aux jambes. Les autres agents ont ensuite tiré en l’air, suite à quoi une autre balle est venue se loger dans la jambe de Mouzytchko. Même à terre, l’homme n’a cessé de tirer. Lorsque les agents ont finalement pu procéder à son arrestation, Mouzytchko agonisait. Il est mort avant que les secours n’arrivent sur place », a déclaré le premier adjoint du ministre ukrainien de l’intérieur Vladimir Evdokimov, lors d’une conférence de presse, mardi 25 mars au matin, ajoutant que trois autres individus avaient été arrêtés au cours de l’opération.

Mouzytchko s’y attendait. Le 15mars, il avait publié une déclaration officielle sur Youtube expliquant que le procureur général d’Ukraine avait ordonné au ministère de l’intérieur de former un commando spécial afin d’éliminer ses opposants politiques. « En premier lieu, ils ont l’intention de me tuer, moi. Ou bien de me prendre vivant et de me livrer aux services secrets russes afin de se décharger sur eux », déclarait alors le leader ultra-nationaliste.

Cet enregistrement faisait suite au lancement en Ukraine, le 12 mars, d’une enquête pénale puis d’un avis de recherche à l’encontre de Mouzytchko pour hooliganisme et violences sur un fonctionnaire de la justice (vidéo ci-dessous).

Héros tchétchène

D’autant que la liste des accusations contre Mouzytchko ne s’arrêtait pas aux frontières de l’Ukraine. En Russie, un tribunal de la ville russe de Yessentouki (Caucase) avait également approuvé, le 12 mars 2014, l’arrestation par contumace de Mouzytchko, soupçonné de meurtres et de torture sur des militaires russes en Tchétchénie entre 1994 et 2000. Selon le Comité d’enquête de la Fédération de Russie, l’activiste ukrainien aurait tué au moins 20 militaires captifs.

C’est d’ailleurs en Tchétchénie qu’Alexandre, Sachko pour les intimes, a reçu le surnom de Bily. Il avait rejoint le maquis tchétchène dès 1994, à la tête d’un groupe d’Ukrainiens membres de l’UNA–UNSO (Assemblée nationale ukrainienne – Autodéfense ukrainienne).

Alexandre Mouzytchko n’a jamais nié avoir participé à la première guerre de Tchétchénie aux côtés des combattants séparatistes menés par Djokhar Doudaev, le premier président de la République tchétchène d’Itchkérie. Son dévouement lui a même valu d’être promu « Héros de la nation » tchétchène (Koman Siï), pour avoir conduit dans une embuscade un bataillon entier d’infanterie de marine russe, détruit trois tanks et plus de six véhicules de combat. Une rue de Grozny, la capitale tchétchène, a même été rebaptisée à l’époque – Mouzytchko devenant le troisième nationaliste ukrainien à bénéficier de cet honneur, après Stepan Bandera et Oleg Berkout.

Plus récemment, Mouzytchko avait participé au mouvement de contestation sur la place Maïdan, jusqu’en février 2014, ne lâchant jamais son arme même – surtout ? – en public, avant de rejoindre son bastion de l’Ouest.

Secteur droit, de son côté, a promis de venger la mort du « confrère », accusant ouvertement, sur le site internet de l’organisation, l’actuel ministre ukrainien de l’intérieur Arsen Avakov. Les nationalistes ukrainiens rejettent en bloc la version officielle, « un grave mensonge » pour les citer. « Sachko Bily avait les mains attachées et ne pouvait donc pas tirer », affirment-ils notamment sur leur site.

Pas un mot toutefois sur ce que sera leur « vengeance ». En attendant, Secteur droit est officiellement un parti politique depuis le 22 mars. Rendez-vous donc à la présidentielle anticipée, le 25 mai prochain.

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