Maïdan : De l’autre côté des barricades

Lesya Orobets est députée à la Rada, membre du parti Batkivtchina, activiste de Maïdan et étoile montante de la politique ukrainienne.

Lesya Orobets. Crédits : zn.ua
Lesya Orobets. Crédits : zn.ua

Lenta.ru : Le Secteur droit exige l’interdiction du parti des Régions et du parti communiste. Qu’en pensez-vous ?

Lesya Orobets : Je pense que c’est une bonne idée. Ce serait bien, effectivement, d’interdire les communistes. Tôt ou tard, il nous faudra leur faire nos adieux. En ce moment même, les Ukrainiens déboulonnent en masse les statues de Lénine. C’est signe que les gens ont enfin commencé à lutter pour leur indépendance – ce qu’ils auraient dû faire il y a 23 ans.

Lenta.ru : Le nationalisme du Secteur droit ne vous fait-il pas peur ? Leurs opinions radicales ont acquis une certaine légitimité, et tout le monde trouve aujourd’hui normal qu’ils mettent des croix gammées partout.

L.O. : Je n’ai jamais vu de croix gammées.

Lenta.ru : Il y en a une sur la statue du footballeur soviétique Valeri Lobanovski.

L.O. : Mais enfin, n’importe qui a pu la dessiner ! J’ai beaucoup fréquenté Yarosh [un des leaders du Secteur droit, ndlr] (voir encadré ci-contre) et je trouve que c’est un dirigeant intelligent, quelqu’un qui s’inquiète vraiment pour ses hommes. Et quoi qu’on en dise, on ne peut objectivement pas le considérer comme un extrémiste. Certes, il incarne une aile de force sur Maïdan, mais je ne pense pas qu’il représente une menace. Nous sommes fiers, à Kiev, de ne jamais avoir subi d’attentats terroristes. Nous sommes moins radicaux, plus calmes, plus tolérants que les Russes – simplement, nous ne supportons pas que des bottes boueuses viennent nous piétiner. Savez-vous que l’organisation Trezub [Trident], de laquelle est issue le Secteur droit, existe depuis déjà 23 ans ?

Lenta.ru : Oui, mais à l’époque, tous ces gens étaient des marginaux. Aujourd’hui, ce sont les maîtres de la révolution…

L.O. : S’ils parviennent à créer un parti politique, je pense qu’ils ont un avenir – ils peuvent recueillir entre 5 % et 7 % des voix aux élections. Rappelons-nous qu’en Europe, les partis d’extrême droite siègent au Parlement.

Lenta.ru : Pourquoi les activistes de Maïdan ont-ils attaqué les Berkout, le 20 février dernier ?

L.O. : Nous n’avons pas attaqué ! Quelqu’un a jeté un cocktail Molotov – de l’enfantillage, somme toute. Nous ne les avons pas vraiment agressés. Simplement, nous sentions que les policiers s’étaient approchés, qu’ils se trouvaient déjà sur le territoire de Maïdan et non sur le leur. Et puis, les policiers ont commencé à brûler la place Maïdan. Vous savez, Kiev a brûlé trois fois : sous le khan Batou, sous Hitler et sous Ianoukovitch. Rappelez-vous la Russie après la prise d’otages de Beslan : eh bien, chez nous, c’était trois fois pire. Nous avons été témoins d’actes d’une violence atroce, commis sur des citoyens pacifiques. Je ne peux pas comprendre pourquoi les policiers ont tiré sur ces gens qui passaient simplement devant eux, sur ceux qui voulaient secourir les blessés. Quelqu’un était en train de boire son thé, et voilà – on lui a tiré une balle dans la tête. Nous n’avons pas trouvé une seule arme sur les cadavres. Ce sont des gens désarmés qui ont péri, des gens qui étaient venus faire entendre leur position politique.

Lenta.ru : Beaucoup se posent la question en Russie : comment peut-on parler de « protestation pacifique » quand les manifestants jettent des cocktails Molotov ?..

L.O. : À la différence de la Russie, nous avons, nous, une véritable capacité à résister. C’est génétique. Nous n’avons pas l’habitude de rester longtemps sous un joug. Quand quelqu’un tente de nous imposer sa volonté, nous nous montrons patients au début, mais ensuite, c’est l’explosion. Tout peuple a le droit de résister comme il l’estime nécessaire. Car pardonnez-moi, mais nous sommes un peuple.

Ce que dit  Dmytro Yarosh, leader du Secteur droit :

Dmytro Yarosh. Crédits : glavpost.com.ua
Dmytro Yarosh. Crédits : glavpost.com.ua

« Nous ne voulons pas devenir un membre de l’UE à part entière. Le monstre de Bruxelles apporte beaucoup de mal aux peuples ! Je pense notamment à sa politique anti-chrétienne, à son nivellement de l’identité nationale, à la destruction de la famille traditionnelle. Les États-Unis jouent un rôle de gendarme. L’OTAN fourre son nez partout. Nous devons limiter leur influence impérialiste. Même s’il est plus facile de s’entendre avec les États-Unis qu’avec la Russie, heureusement qu’un océan nous sépare. »

« Dans nos rangs, nous avons des Ukrainiens qui se sont battus contre les Russes en Tchétchénie. »

« Notre destin est de faire la guerre à l’Empire de Moscou. L’Empire russe sera un jour détruit. À sa place, des États nationaux libres verront le jour. »

« Les nationalistes ukrainiens ne sont pas des plébéiens sadiques, ce sont des intellectuels. »

3 commentaires

  1. « a la différence de la russie » : quand plus de 10% de votre population aura été massacrée mais que vos soldat continueront à lutter, que vos plus grande ville auront été rasées sous les bombes, et que pourtant elles resisteront, ou encore quand le monde se dressera contre vous mais que vous continuerez à vous battre, la peut etre, serez vous à peine aussi résistants que les russes…

  2. Dmytro Yarosh ne veut pas devenir membre de l’Union Européenne ? Qu’il se rassure : on ne veut pas d’un maboul extrémiste comme lui dans l’UE.

  3. Les Américains qui servent de l’UE pour leur cupidité ont fait croire aux Ukrainiens qu’ils pouvaient faire partie de l’UE. Mais l’Ukraine ne réunit pas les conditions, même pour devenir partenaire. C’est non pour l’Ukraine et non pour la Turquie, responsable du génocide des Arméniens !

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