Direct : Vladimir Poutine s’exprime sur le sort de la Crimée

Après avoir signé un décret reconnaissant l’indépendance de la Crimée, lundi 17 mars, le président russe Vladimir Poutine a informé, mardi 18 mars, les deux chambres du Parlement ainsi que le gouvernement de la demande de la Crimée de faire partie de la Russie – étape législative indispensable à l’intégration de la presqu’île dans la Fédération. Vladimir Poutine s’exprime sur le sujet aujourd’hui à partir de 15h devant les deux chambres du Parlement, les dirigeants des régions et les représentants de la société civile. Suivez son intervention en direct sur cette page.

15h52 : Place maintenant à la volonté politique de la Russie : chers membres de la Chambre de la Fédération, chers députés, chers citoyens, je vous demande d’examiner la loi sur les deux nouveaux sujets de la Fédération : la république de Crimée et la ville de Sébastopol. Et ensuite je vous demande de ratifier l’accord sur l’intégration de la république de Crimée et de la ville de Sébastopol – et je ne doute pas de votre soutien.

Le président de Russie, le président du conseil de Crimée, le chef du conseil des ministres et le réprésentant de la ville de Sébastopol signent l’accord sur l’intégration de la république de Crimée et sur la création de deux nouveaux sujets de la Fédération. La salle se lève.

Applaudissements nourris, standing ovation. L’hymne russe est joué.

15h50 : Chers habitants de Crimée, nous avons été proches de vous ces jours-ci et le peuple de Russie a exprimé la force de ce sentiment, je veux vous remercier pour votre décision. Les Criméens ont posé la question du référendum, et le référendum a été organisé de manière claire et honnête : ils veulent être avec la Russie.

Les derniers sondages montrent que 95% des Russes pensent que nous devons défendre les intérêts des Russes en Crimée. 86% d’entre eux pensent que c’est une terre russe.

15h43 : Nous sommes inquiets.

Nous sommes un peuple unique, l’ancienne Russie est notre berceau à tous.

En Ukraine vivent des millions de Russes et la Russie défendra toujours leurs droits par des moyens légaux, des moyens diplomatiques.

Nous voulons rester amis avec l’Ukraine, nous voulons avoir des projets communs, nous voulons la paix sur la terre de l’Ukraine mais seuls ses habitants peuvent remettre de l’ordre chez eux.

15h41 : Je veux m’adresser au peuple ukrainien : les gens qui désirent une Grande Ukraine sont ceux qui instrumentalisent le chaos. Nous ne voulons pas que l’Ukraine se disloque et quant à la Crimée, elle sera toujours aussi russe qu’ukrainienne, et même tatare : et elle sera toujours la maison-mère de tous les peuples qui vivent sur son territoire – mais elle ne sera pas la maison de fidèles de Bandera. La Crimée est notre patrimoine commun, c’est un territoire stratégique qui doit répondre d’une souveraineté puissante : celle-ci ne peut être que russe.

Vous pensez, à Kiev on entend des déclarations sur l’intégration de l’Ukraine à l’OTAN : la flotte de l’OTAN serait aujourd’hui au sud de la Russie si les habitants de Crimée n’avaient pas fait ce choix, et je les remercie. Nous ne sommes pas contre l’OTAN, nous sommes contre le fait qu’une organisation militaire fasse son ménage près de chez nous.

Nous n’irons pas voir les militaires de l’OTAN à Sébastopol, pourtant je veux bien qu’ils viennent nous voir !

15h40 : Nous remercions tous ceux qui ont compris notre position, le peuple chinois qui a été capable de considérer la situation dans sa globalité. Nous sommes reconnaissants à l’Inde aussi.

Je veux m’adresser aux Américains : la liberté est leur valeur suprême, la liberté des gens de Crimée n’a-t-elle pas de valeur ?

Les Européens et les Allemands seront les premiers à nous comprendre : quand il y a eu la réunification des deux Allemagnes, les pays ne voulaient pas l’admettre mais la Russie, si. Et j’espère que désormais les citoyens allemands vont en retour soutenir l’aspiration de la Russie historique à retrouver son unité.

15h39 : On tente de négocier avec les Européens, mais eux non : on nous menace de sanctions, les USA prenaient dans le passé des sanctions contre nous et aujourd’hui nous voyons que cette politique continue, on veut nous punir, parce que nous avons une vision différente du monde. Mais il y a une limite – et cette limite a été atteinte en Ukraine.

On veut nous punir parce que nous appelons un chat un chat.

En Ukraine, il fallait mettre fin à l’hystérie ambiante et reconnaître l’évidence. La Russie a ses propres intérêts nationaux et il faut prendre ces intérêts en compte, les respecter.

15h35 : On parle d’une intervention russe en Crimée, c’est bizarre, je ne me souviens pas dans l’histoire de l’humanité n’avoir jamais vu une intervention militaire sans un coup de feu.

Depuis la disparition du monde bipolaire, les institutions internationales n’aident pas à la stabilité, les USA croient en leur caractère exceptionnel, et ils ont toujours le droit d’agir selon leur propre volonté, ils croient à la loi du plus fort et si ça ne marche pas, ils ignorent le Conseil de sécurité de l’ONU.

C’est difficile à croire mais Belgrade a été bombardée, puis il y a eu une intervention militaire sans résolution de l’ONU. Plus tard,  l’Afghanistan, l’Irak, la Lybie, et puis encore des révolutions de couleurs instrumentalisées : des standards ont été imposés.

Il ne s’agit pas de printemps arabe mais d’hiver arabe, pas de démocratie mais de chaos.

15h30 : Les gens de Crimée se sont adressés à la Russie et nous ne pouvons laisser les habitants de Russie dans le malheur – ça aurait été une trahison. Il faut que les gens déterminent leur propre destin pour la première fois de leur histoire. Nos collègues disent en Occident que nous violons le droit international, et nous sommes contents qu’ils se souviennent du droit international, mieux vaut tard que jamais.

Pourquoi le Kosovo est un cas exceptionnel, parce qu’il y a eu beaucoup de morts ? Est-ce un argument juridique ? Ici, on ne parle pas de double standard mais de cynisme : on ne peut pas décréter que quelque chose est noir aujourd’hui et blanc demain.

En Crimée aucune victime n’a été dénombrée, et pourquoi ? Parce qu’il est difficile de se battre conte le peuple et contre sa volonté : je veux ici remercier les militaires ukrainiens qui n’ont pas fait couler le sang.

15h23 : Je comprends les manifestants de la place Maïdan mais il y avait d’autres gens derrière eux, qui ont voulu un coup d’état, ont eu recours à la violence, à la terreur, à l’assassinat : ce sont des nazis, des nationalistes, et des russophobes. Ils ont immédiatement proposé des lois contre la langue russe. Ce projet de loi qui visait à abroger le statut de langue particulière au russe en Ukraine a été écarté pour le moment, mais pas complètement abandonné. Désormais, les gens craignent ce projet de loi.

Il n’y a pas de pouvoir légitime en Ukraine.

Il y a des pouvoirs contrôlés par des minorités et certains ministres ne peuvent faire leur travail seulement sur l’autorisation des combattants de Maïdan – ce n’est pas une blague.

15h17: Nos relations avec l’Ukraine restent clé pour nous, avec le peuple frère ukrainien.

Je vais vous donner des détails sur les négociations en 2000. J’ai demandé qu’on redéfinisse les frontières et une fois de plus, en nous basant sur nos bonnes relations avec l’Ukraine, nous espérions que l’Ukraine resterait notre bon voisin mais la situation a changé et les Russes ont été victimes d’une tentative de les priver de leur mémoire historique. Les Russes ont souffert de cette crise en Ukraine, de ces crises, les élites se sont peu intéressés aux gens simples mais davantage aux flux financiers.

En Russie, trois millions d’Ukrainiens ont travaillé l’année dernière et ont gagné l’équivalent de 12% du PIB ukrainien.

15h14 : Il a eu une période où différents peuples, comme les Tatars ou les Russes, ont souffert. Depuis, les Tatars sont revenus sur la péninsule [après avoir été déportés par Staline, ndlr] et une politique pour la réhabilitation de tous a été menée. Nous respectons toutes les nationalités qui vivent en Crimée. Et je sais que les habitants de Crimée le soutiennent. La Crimée aura trois langues officielles : le russe, le tatar et l’ukrainien.

En 1954, la région de Crimée a été offerte à l’Ukraine, dont Sébastopol, qui était très importante pour l’Unions soviétique. Khrouchtchev voulait par ce cadeau faire plaisir à la nomenklatura ukrainienne. Ce choix a été décidé dans les couloirs, entre eux, sans prendre en compte l’opinion des habitants locaux. Les gens se sont alors demandé pourquoi la Crimée se retrouvait en Ukraine. Mais on n’imaginait pas à l’époque que la Russie et l’Ukraine se séparent, il s’agissait d’un pays unie sous l’Union soviétique. Cela s’est néanmoins fait, l’URSS a été disloquée. La Russie, si elle a contribué à la chute de l’URSS, a été pillée. On a oublié que la flotte russe se situait à Sébastopol.

Le peuple russe est devenu le plus grand peuple dispersé au monde.

Les habitants de Crimée disent qu’ils ont été donnés comme un sac de patates. Qu’a fait la Russie ? Elle a baissé la tête. La Russie était dans un tel état économique qu’elle n’y même pensait pas.

15h10 : Nous sommes réunis autour d’une question vitale et historique pour tous. Le 16 mars, la Crimée a voté lors d’un référendum qui s’est déroulé dans les règles et les normes internationales. Plus de 82% de la population de la péninsule a voté. Pour comprendre ce choix, il suffit de comprendre l’histoire de la Russie et de la Crimée, ce que chacune représente pour l’autre. La Crimée c’est Sébastopol, patrie de la Flotte russe de la mer Noire, pour laquelle des milliers de soldats russes sont morts autrefois. La Crimée c’est Balaklava et Kertch, des symboles de liens culturels, qui ressemblent tellement à la Grande Russie ; Les Tatars, les Russes y ont vécu ensemble.

15h05 : La salle se lève en applaudissant à l’arrivée du président Vladimir Poutine.

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