Alekseï Tchaly : « Les habitants de Crimée ne doivent pas avoir de complexes »

Le 16 mars 2014, les habitants de Crimée ont fait leurs adieux à l’Ukraine. 96,77% des électeurs venus aux urnes ont voté pour le rattachement à la Russie, avec un taux de participation de 83,1%. Le quotidien russe Izvestia a interrogé le maire de Sébastopol Alekseï Tchaly sur sa vision de l’avenir de sa ville, qui doit réintégrer la Russie en tant que sujet à part de la Fédération, à l’instar de Moscou et Saint-Pétersbourg.

Alekseï Tchaly a été élu maire de Sébastopol le 23 février 2014, à main levée, par les habitants de la ville, lors d'une manifestation massive. - Crédits photo : Iouri Iouganson
Alekseï Tchaly a été élu maire de Sébastopol le 23 février 2014, à main levée, par les habitants de la ville, lors d’une manifestation massive. – Crédits photo : Iouri Iouganson

Izvestia : Comment voyez-vous l’avenir de Sébastopol ?

Alekseï Tchaly : Assez bien, en réalité. Je pense que la ville a un avenir, et qu’il est loin d’être sombre. Avant tout, un problème a été écarté, qui était pour beaucoup d’habitants de Sébastopol le plus important. Le risque de neutralisation de notre conscience nationale n’est plus à l’ordre du jour et, à partir d’aujourd’hui, nous pourrons vivre au sein de notre peuple et dans notre pays.

Mais je pense aussi que, même sur le plan économique, les perspectives sont bonnes pour Sébastopol. Car en effet, le premier problème de villes comme Sébastopol, c’est l’existence d’un commanditaire fiable. Et désormais, pour nous, ce commanditaire pourra devenir le ministère russe de la défense. Sébastopol abrite la principale base maritime de la Flotte russe de mer Noire. Et la façon dont s’établiront les rapports entre les entreprises de la ville et le ministère de la défense est une question purement technique.

Izvestia : Quelle peut être, désormais, la structure du pouvoir dans la ville ? Pourrez-vous devenir le maire de Sébastopol, officiellement [Alekseï Tchaly a été élu maire de Sébastopol le 23 février 2014, à main levée, par les habitants de la ville, lors d’une manifestation massive, ndlr] ?

Alekseï Tchaly : Vous savez, je n’ai jamais eu d’ambitions politiques, et je ne suis pas certain d’en avoir aujourd’hui. C’est-à-dire, je n’en ai pas. Mais je voudrais mener à terme ce qui a été entrepris. Sébastopol doit maintenant devenir un sujet à part entière de la Fédération de Russie. Et la question qui se pose est de savoir qui formera la structure du pouvoir – car il ne serait pas admissible de revenir à la façon dont les choses étaient organisées au sein de l’Ukraine. Mais le plus important, à l’heure actuelle, est de conduire un processus serein de divorce d’avec l’Ukraine, d’en fixer et d’en suivre toutes les procédures juridiques et douanières indispensables.

Izvestia : Ne craignez-vous pas des provocations de la part de Kiev, et vous préparez-vous  à l’éventualité d’un blocus commercial de l’isthme, notamment à l’interruption de la fourniture en eau du Dniepr ? [La Crimée est en grande partie alimentée en eau potable par un canal lui apportant l’eau du Dniepr, qui coule sur le  territoire de l’Ukraine, ndlr]

Le nouveau maire de Sébastopol Alekseï Tchaly. Crédits photo : Iouri Iouganson
Le nouveau maire de Sébastopol Alekseï Tchaly. Crédits photo : Iouri Iouganson

Alekseï Tchaly : Des provocations, je n’en attends déjà plus. Plus tôt, elles auraient eu lieu d’être ; mais aujourd’hui, il semble qu’elles n’auraient pas le moindre sens. À l’heure actuelle, l’Ukraine dépend plus de la Russie que la Russie de l’Ukraine – et il est donc peu probable que Kiev choisisse d’aller jusqu’à des mesures aussi radicales que la fermeture du Canal de Crimée du Nord. D’autant que la Crimée a déjà vécu un certain temps sans l’eau du Dniepr – elle y survivrait encore. Un tel blocus risque bien trop de provoquer une réaction de la Russie en réponse pour qu’il y ait des craintes réelles à avoir en la matière.

Izvestia : Alekseï, je m’adresse maintenant à vous en tant que citoyen russe. Attendez-vous de quelconques changements positifs pour note pays -le vôtre et le mien- au lendemain de la révolution de Crimée ?

Alekseï Tchaly : À dire vrai, j’en attends une nouvelle impulsion pour le développement de la Russie. En tout cas, les rencontres que j’ai eues ici, à Sébastopol, avec les représentants de l’élite de la Russie inspirent l’espoir. En particulier, l’espoir que cesse cette situation humiliante où un pays aussi grand refuse décidément de vivre par lui-même, selon sa pensée propre. Cette soumission volontaire à l’étranger, en Ukraine, se manifestait quasi ouvertement.

Je ne dis pas qu’il ne faille pas évoluer ni emprunter le meilleur des autres civilisations. Mais la Russie comme l’Ukraine doivent apprendre à vivre selon leur intelligence propre. Je n’ai d’ailleurs pas plus d’estime pour les gens qui, étant au pouvoir, accaparent tout ce qu’ils peuvent pour leur profit individuel que pour ceux qui critiquent le pouvoir systématiquement et de façon absurde, sans rien proposer de raisonnable à la place.

Il me semble que Sébastopol saura devenir, au sein de la Russie, un sujet de valeur, honnête, et concurrentiel. Et je me réfèrerai à l’exemple de ma société – nous avons tout de même réussi à mettre sur pied une corporation technologique parfaitement concurrentielle. Pourquoi les autres entreprises de Crimée et de Russie ne s’efforceraient-elles pas d’obtenir la même chose ?

Et je veux donc dire ceci aux habitants de la Crimée comme à ceux de la Russie : n’ayez pas de complexes !

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