L’Ukraine privée de leader

La situation en Ukraine s’aggrave de jour en jour. À Kiev, les représentants de l’opposition occupent les ministères de la justice et de l’énergie et continuent de consolider les barricades. Dans les régions, les opposants poursuivent leurs attaques contre les sièges des autorités locales.

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Mouvement EuroMaïdan lors d’un rassemblement en face de la Rada, le 3 décembre 2013.

Le pouvoir ukrainien tente de trouver un compromis avec les protestataires. À la fin de la semaine dernière, la Rada ukrainienne a voté une loi d’amnistie générale : elle sera accordée à tous les opposants sans exception, à condition qu’ils libèrent les bâtiments administratifs. Ils peuvent néanmoins poursuivre leurs actions sur la place Maïdan et la rue centrale Krechatik.

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a précisé que le texte de cette loi avait été approuvé par la chancelière allemande Angela Merkel et le vice-président américain Joe Biden. Un soutien de taille, qui n’a toutefois pas convaincu les opposants : « Le pouvoir doit promettre qu’aucun participant des actions de protestation pacifiques ne sera poursuivi – sans poser la moindre condition », a déclaré le député du parti Svoboda Youriï Siroutiouk, oubliant tout de même de préciser que la protestation, en Ukraine, a cessé depuis un moment d’être « pacifique ». Maïdan se radicalise de plus en plus, et ce avant tout parce que, parmi ses leaders, il ne s’en trouve pas un capable d’aller au compromis avec le pouvoir et de persuader la population de la nécessité d’une accalmie. Théoriquement, trois candidats pourraient remplir ce rôle : le président du conseil politique du parti Patrie Arseniï Iatseniouk, le chef du parti Udar Vitaliï Klitchko et le leader du parti Liberté Oleg Tiagnibok. Mais dans les faits, aucun de ces leaders autoproclamés n’ose endosser la responsabilité générale de la situation.

Ianoukovitch est malaimé

Ainsi, lors des affrontements sur la rue Grouchevskiï, Klitchko a été hué et pulvérisé de poudre d’extincteur par un protestataire. Iatseniouk, lui, n’a même pas trouvé le courage d’aller voir les manifestants. Depuis l’incident, ces deux politiciens dits « démocratiques et modérés » se contentent de surfer sur la vague, ne disant aux protestataires que ce que ces derniers veulent entendre. Lorsque Viktor Ianoukovitch a pris conscience de la situation, il a initié une manœuvre politique intéressante, proposant à Iatseniouk le poste de Premier ministre et à Klitchko, celui de vice-Premier ministre. Ianoukovitch voulait ainsi prouver à l’Occident qu’il était prêt au dialogue. En impliquant les représentants de l’opposition dans le processus de stabilisation, le président ukrainien cherchait à apaiser la protestation. Mais Iatseniouk et Klitchko ont tous deux refusé. « L’Ukraine est au bord de la faillite, a déclaré Iatseniouk pour justifier sa décision. Ces gens pillent le pays depuis trois ans et demi, et ils voudraient maintenant fuir leurs responsabilités en nous mettant tout sur les épaules. » « Jamais je ne travaillerai dans le gouvernement ukrainien tant que Ianoukovitch sera président, lui faisait écho Vitaliï Klitchko. Les Ukrainiens attendent plus qu’une simple démission du gouvernement. Nous devons refonder totalement le système du pouvoir. » Les deux politiciens sont parfaitement conscients de leur impuissance à convaincre les gens de quitter la rue. Tout ce qu’ils veulent, pour l’heure, c’est éviter de perdre leurs électeurs d’ici à la présidentielle de 2015. Ainsi, au lieu d’entrer dans un dialogue avec le pouvoir, ils se sont tous deux rendus à Munich pour y assister à la conférence internationale sur la sécurité.

En trois années de pouvoir, le président ukrainien n’est pas parvenu à faire sortir l’économie nationale de la crise. En revanche, il est bien devenu l’homme le plus riche d’Ukraine, devant tous les autres oligarques

Sans compter que les opposants ne sont pas les seuls adversaires de l’actuel président ukrainien. Ce n’est pas un secret : Ianoukovitch est malaimé, même chez ceux qui l’ont élu. En trois années de pouvoir, le président ukrainien n’est pas parvenu à faire sortir l’économie nationale de la crise. En revanche, il est bien devenu l’homme le plus riche d’Ukraine, devant tous les autres oligarques. Ces derniers l’accusent d’ailleurs de chercher exclusivement à « tirer la couverture à lui » au lieu de servir de médiateur et de défendre les intérêts des grandes entreprises. Selon les oligarques ukrainiens, le « clan » Ianoukovitch, son fils Alexandre en tête, est en train d’amasser entre ses mains les principaux flux financiers du pays. Aujourd’hui, ces milliardaires sont de moins en moins nombreux à voir en Ianoukovitch un leader capable, et de plus en plus à souhaiter son départ. Quant à la population ukrainienne, elle éprouve majoritairement envers Ianoukovitch des sentiments mitigés. Sans sympathiser avec les nationalistes radicaux, les Ukrainiens ne sont pas non plus prêts à soutenir activement un président qu’ils ne considèrent souvent, au mieux, que comme un « moindre mal ». De fait, dans cet entre-deux, le risque d’une prise du pouvoir par les nationalistes radicaux se fait de plus en plus réel.

1 commentaire

  1. Il me semble que l’auteur ne comprend pas ce qui se passe en Ukraine car il écrit  » De fait, dans cet entre-deux, le risque d’une prise du pouvoir par les nationalistes radicaux se fait de plus en plus réel ». La lutte se déroule entre le égime autoritaire corrompu de Ianoukovitche et de l’autre coté les forces démocratiques, les partis opposés (Batkivschina de Timochenko et Yatsenuk (concervateurs) Udar de Klichko (libéral-démocrates) , Svoboda de Tiagnibok (nationalistes) Ces partis ont fait un accord pour lutter contre l’usurpation du pouvoir par Ianoukovitche. Les nationalistes ukrainiens luttaient toujours contre le totalitarisme soviétique et htlérien. Il y a aussi les nationalistes radicaux, mais ce sont des petits groupes qui n’ont pas la régistration. Il faut voir la différence entre ce deux nationalismes. Kharkiv.

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