Ukraine : après la crise politique, la crise économique

L’Ukraine est au bord du défaut de paiement. Sans un hryvnia en poche, fâchée avec le grand voisin de l’Est, Kiev cherche le moyen de rembourser plusieurs milliards de dollars de dettes.

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Ukraine : « Une crise en engendre une autre » Photo : Anna Kravtchenko

« Le pays va droit à la banqueroute »

Les trois mois de mobilisation en Ukraine n’ont pas joué en faveur d’une situation économique qui, déjà loin d’être brillante, est désormais catastrophique. Plusieurs hommes politiques ont tiré la sonnette d’alarme lundi 24 février. Le ministre ukrainien des finances par intérim, Iouri Kolobov, a été on ne peut plus clair : l’Ukraine a besoin de 35 milliards de dollars jusqu’en 2015.

Le pays est d’ores et déjà au régime sec. Les ministères des infrastructures et du développement régional, la société ukrainienne des chemins de fer ainsi que la direction de l’équipement routier ont reçu l’ordre de stopper tout paiement, à l’exception des salaires. Les personnes bénéficiant d’aides étatiques n’auraient d’ailleurs pas touché leur argent pour le mois de février, confie un collaborateur du ministère de l’intérieur. « Les caisses de l’État ukrainien ont été pillées et le pays va droit à la banqueroute », a reconnu de son côté Arseni Iatseniouk, chef de la fraction parlementaire du parti Batkivchina.

L’Ukraine doit rembourser 6,5 milliards de dollars de dette publique cette année et traîne plus de 15 milliards de dollars de déficit de sa balance courante (besoins de financement extérieur), souligne pour sa part Neil Shiring, économiste spécialiste des marchés en développement chez Capital Economics.

Les réserves en devises sont passées de 20,4 milliards en décembre 2013 à 17,8 milliards de dollars en janvier 2014. « Et elles pourraient tomber à 10 milliards de dollars si aucune aide internationale n’était débloquée », alertent les analystes de Barclays.

Parallèlement, le secteur privé est aussi très lourdement endetté, ajoute Alina Sliousartchuk, économiste chez Morgan Stanley. « En incluant ce dernier, l’endettement total du pays est estimé à quelque 137 milliards de dollars », affirme l’expert.

Le club des X

Afin d’éviter que le pays ne sombre, le gouvernement provisoire a eu l’idée de rassembler des mécènes potentiels par le biais de la création d’un club d’un genre un peu particulier, que Iouri Kolobov décrit comme une « conférence de donateurs ». Seront invités à s’y joindre les États-Unis, l’Union européenne, le FMI et plusieurs autres pays et organisations financières internationales – mais pas la Russie.

Les fonds récoltés, assure Kolobov, serviront à la modernisation de l’économie, à la mise en place de réformes et à la réalisation de l’accord d’association avec l’UE. Le ministre des finances par intérim affirme également que l’Ukraine pourrait bénéficier d’un crédit des USA et de la Pologne au cours des deux prochaines semaines. Les intéressés n’ont cependant pas confirmé. D’autant que, sans accord du FMI – et donc de réformes économiques et politiques du côté ukrainien –, il est peu probable que Bruxelles ou Washington donnent leur feu vert à l’octroi d’aides à Kiev. Faible consolation, néanmoins, les déclarations de Kolobov ont suffi pour restaurer la confiance dans la Bourse ukrainienne. L’indice boursier national UX a ainsi grimpé de plus de 15 % pour atteindre 1094 points, soit sa plus haute valeur depuis l’année passée. Pour comparaison, à la veille du début des récents affrontements, le 17 février, l’UX était coté à 928 points, avant de chuter à 889 points le lendemain.

On l’aura compris, tant qu’un gouvernement ne sera pas formé, la question des aides financières restera à l’état de spéculations. Une position qu’a adoptée également le Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, qui ne cache pas sa méfiance à l’égard des dirigeants provisoires. « À strictement parler, nous n’avons, à l’heure actuelle, pas d’interlocuteur (…). Si on considère que les gens qui se baladent dans Kiev avec des cagoules noires et des kalachnikovs sont le gouvernement, il nous sera difficile de travailler avec lui », a-t-il déclaré lundi 24 février à Sotchi, lors d’une conférence de presse.

La formation de ce gouvernement prend d’ailleurs du retard. Le « gouvernement d’union nationale » promis par le président par intérim Oleksandre Tourtchinov pour mardi 25 février ne devrait pas voir le jour avant jeudi 27. L’identité du futur Premier ministre est toujours inconnue, même si les favoris pour le poste restent Arseni Iatseniouk et Piotr Porochenko, un homme d’affaires influent, patron entre autres des célèbres confiseries ukrainiennes Roshen.

Ioulia Timochenko, qui ne vise aucun poste au sein du gouvernement, a par ailleurs présenté à la Rada (parlement ukrainien) une liste de leaders du mouvement Maïdan qui auraient, selon elle, leur place en son sein.

 

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