Ukraine : trêve rompue à Kiev, au moins 15 morts à déplorer

Alors que le président Viktor Ianoukovitch et les principaux chefs de file de l’opposition avaient appelé à une trêve ce jeudi 20 février après deux jours d’affrontements sanglants à Kiev, les contestataires ont repris aujourd’hui le contrôle de la place de l’Indépendance (Maïdan), après un assaut musclé contre les forces de l’ordre. Près de 30 000 personnes seraient actuellement réunies sur la place, d’après les médias ukrainiens.

Ukraine : trêve rompue à Kiev, au moins 15 morts à déplorer. Crédits : Mustafa Navyem
Crédits : Mustafa Navyem

Rien ne semble pouvoir arrêter les violences à Kiev, pas même les leaders de l’opposition, qui à l’issue d’une longue rencontre avec Viktor Ianoukovitch, dans la nuit du 19 février, s’étaient mis d’accord sur une journée de trêve, le jeudi 20, « afin de mettre fin à l’effusion de sang et de stabiliser la situation en Ukraine pour rétablir la paix sociale », selon le communiqué officiel, publié le même soir sur le site de l’administration présidentielle.

Une paix sociale qui n’était néanmoins pas du goût de tous. Dmitri Yaroch, leader du mouvement nationaliste ukrainien Pravy Sektor, a très rapidement rejeté ce cessez-le-feu. « Quelqu’un, là-bas, a envie de stopper la révolution civile par la voie d’une soi-disant trêve. Je le dis officiellement : Pravy Sektor n’a signé aucun accord sur quoi que ce soit », a-t-il écrit sur son compte Facebook, suite à la publication de la note officielle, ajoutant que son mouvement n’abandonnerait pas le combat.

Le message semble avoir été entendu – jeudi matin, des centaines de manifestants, qualifiés majoritairement de radicaux par la presse russe, ont chargé un cordon de police sur la place Maïdan, afin de reprendre le contrôle des lieux.

Les assaillants, encagoulés et armés de gourdins, bâtons, pavés, et qui avaient pris le soin de se protéger à l’aide de boucliers, ont escaladé leurs propres barricades et sont parvenus à faire reculer les forces de l’ordre sur plusieurs centaines de mètres, abandonnant le terrain que ces dernières avaient repris lors d’un assaut, le mercredi 19 février au petit matin.

Ukraine : trêve rompue à Kiev, au moins 15 morts à déplorer. Crédits : Mustafa Navyem
Crédits : Mustafa Navyem

Battant en retraite, les forces de l’ordre ont assuré leur recul par des tirs soutenus de balles en caoutchouc, blessant des dizaines de manifestants transportés immédiatement vers les postes de secours de l’opposition. De son côté, le ministère de l’intérieur ukrainien a déclaré que des snipers avaient pris pour cible ses hommes, blessant une vingtaine de policiers.

D’après les premières estimations communiquées par l’agence de presse Reuters, quinze manifestants auraient ainsi perdu la vie ce matin. Le bilan officiel des heurts survenus ces deux derniers jours s’élevait jusqu’alors à 28 morts, selon le ministère ukrainien de la santé, et plusieurs centaines de blessés.

Sur le front européen, les chefs des diplomaties française, allemande et polonaise sont arrivés ce jeudi à Kiev, et doivent bientôt rencontrer Viktor Ianoukovitch et les chefs de l’opposition. Plus tôt dans la matinée, Reuters affirmait que les hauts représentants du pouvoir ukrainien avaient quitté la capitale « pour raisons de sécurité », ce que l’Agence France-Presse a ensuite démenti. Le parlement ukrainien a également été évacué ce matin.

Le président américain Barack Obama a réagi dès le 19 février, alertant sur « les conséquences » de la violence en Ukraine et soulignant que le pouvoir devait garantir aux « manifestants pacifiques » le droit de s’exprimer « sans peur des répressions ». Mercredi soir, les États-Unis annonçaient avoir interdit d’entrée sur leur territoire quelque 20 hauts cadres officiels ukrainiens, qu’ils accusent d’être responsables des répressions meurtrières à Kiev, a indiqué un diplomate américain.

L’OTAN, de son côté, a menacé l’Ukraine d’une éventuelle remise en cause de leur coopération si l’armée intervenait contre les manifestants de l’opposition.

La Russie a pour sa part réaffirmé jeudi 20 février sa volonté de laisser l’Ukraine régler seule ses problèmes, sans cacher néanmoins son agacement contre l’incapacité de cette dernière à y parvenir. «Il faut que le pouvoir en exercice en Ukraine soit légitime et efficace, qu’on ne s’essuie pas les pieds dessus comme sur une serpillière», a déclaré le Premier ministre Dmitri Medvedev face au gouvernement, soulignant que le gouvernement russe continuerait à collaborer avec les autorités ukrainiennes dans tous les domaines.

Les violences ont brutalement ressurgi à Kiev, mardi 18 février, en marge d’une manifestation de l’opposition ukrainienne, alors que la tension était pourtant descendue d’un cran dans la capitale quelques jours auparavant. Les manifestants avaient notamment commencé d’évacuer la mairie et certaines barricades, dimanche 16 février, selon un accord passé avec le pouvoir dans le cadre de la loi d’amnistie entrée en vigueur le 17 février. Les autorités avaient effectivement relâché tous les opposants dès le 14 février.

Pour mémoire, les manifestations ont débuté à Kiev le 21 novembre, suite à la suspension par le pouvoir du processus de signature de l’accord d’association Ukraine-UE.

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