Sotchi : Bravo les Sibériens !

À se pencher sur les parcours des athlètes russes médaillés lors de ces Jeux, on constate qu’ils viennent pour la plupart d’Oural et de Sibérie, soit de ces régions lointaines dont les habitants de la Russie centrale savent peu sinon rien.

Sotchi - Sibériens : Alexander Tretyakov, Olga Graf, Aleksandr Zubkov et Alekseï Voevoda, Vic Wild et Alena Zavarzina, Olga Fatkoulina. Crédits: RIA Novosti
Sotchi – Sibériens : Alexander Tretyakov, Olga Graf, Aleksandr Zubkov et Alekseï Voevoda, Vic Wild et Alena Zavarzina, Olga Fatkoulina. Crédits: RIA Novosti

L’Oural nous intrigue. La Sibérie nous effraie. Nous savons que, dans cette partie de la Russie, on fabrique des chars, des avions et des accélérateurs de particules. Désormais, on saura aussi qu’il y naît des champions olympiques. Nous devons six de nos médailles à Perm (Demchenko, Ivanova, Garanitchev, Trankov, Smychliaev, Choumilova), cinq à Krasnoïarsk (Tretyakov, Denissiev, Antonov, Ustiugov et Oliounine), quatre à Novossibirsk (Wild, Zavarzina, Tchernooussov et Viloukhina), deux à Irkoutsk (Zubkov, Negodaïlo), une à Omsk (Graf), une autre à Tcheliabinsk (Fatkoulina) et encore une au pays de Iougra (Volkov).

Toutes villes qui constituent cette Russie profonde dont on parle peu et où l’on ne va pas. Une Russie industrielle où les usines ne sont pas transformées en centres d’art contemporain, accueillent dans leurs ateliers des ouvriers en bleus de travail et non des jeunes gens en jeans rose fluo. Une Russie sans charme, sans fard, sans apparat. Pas coquette pour un sou, elle se présente brute – avec ses tours d’immeubles monotones, ses garages rouillés et ses chiens errants.

Ces villes sibériennes – plantées au milieu de forêts immenses, séparées par des milliers de kilomètres – gardent dans leur aspect quelque chose d’humble, de temporaire, telles les yourtes des nomades qui jadis ont habité dans ces contrées. Des villes qui gardent aussi l’âme des forteresses en bois qu’elles étaient initialement, fondées par les Cosaques lors de l’exploration sibérienne. Des remparts qui affirment la présence humaine au milieu d’une nature sauvage et toute-puissante.

De ces villes noyées dans la neige se dégage une Russie fonctionnelle, réelle, authentique. Et avec cela, incroyablement poétique. C’est une Russie qui ne cherche pas à plaire, qui ne joue pas les stars et qui ne souhaite rien qu’être elle-même – et jusqu’au bout. Rien d’étonnant alors à ce que surgissent de ses entrailles des êtres qui veulent faire pareil et montent ensuite sur les podiums olympiques, médailles au cou, perce-neiges à la main.

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