À Sotchi, les athlètes sont heureux, les journalistes – moins

Alors que les athlètes présents à Sotchi sont tous très satisfaits de leurs conditions de logement et d’entraînement – Martin Fourcade a notamment déclaré : «  C’est le plus beau stade de biathlon que j’aie jamais vu », rien ne semble aller comme il faut pour les journalistes étrangers. Les mesures de sécurité –« tant de grillage et de mauve-camouflage »– sont jugées « déprimantes », la météo « trop clémente », et même les sacs offerts par le comité olympique leur semblent « d’un goût douteux ». De manière générale, les correspondants notent qu’«à Sotchi, les athlètes sont choyés, les journalistes, moins ». À croire qu’ils voudraient que ce soit l’inverse… Même le quotidien russe Vedomosti, pourtant connu pour ses prises de positions largement critiques vis-à-vis du pouvoir, s’agace de la situation, soulignant dans un édito : « Le pire, sur ces JO de Sotchi, ce sont les journalistes étrangers ». C’est dire…  

Sotchi
Village olympique à Sotchi. Source : RIA Novosti

Le pire, sur ces Jeux de Sotchi, ce sont les journalistes étrangers. Certains d’entre eux (évidemment pas tous, et de loin) sont venus à Sotchi comme on va au bagne, avec une terrible opinion  préconçue sur la Russie et en quête, véritablement, d’une information  négative et non objective. Je peux ici juger en professionnel, en tant que rédacteur, de la façon dont l’information est recueillie, vérifiée et transmise. À mon sens, Sotchi n’est pas la pire des destinations pour un exil de courte durée. Certes, dans notre hôtel réservé aux médias, les chambres sont petites et l’isolation phonique exécrable, mais il n’a rien à envier aux hébergements de sa catégorie, disons, parisiens. Je m’en rends compte en écrivant ce texte : depuis le début des JO, je n’ai pas entendu un supporter étranger dire quelque chose de réellement négatif, ils sont tous d’excellente humeur – même sur le match de hockey USA-Russie, les supporters russes et américains fraternisaient et se prenaient en photo ensemble. De la part des journalistes étrangers, en revanche, j’entends et je lis des remarques négatives à longueur de journée. Et avec une argumentation parfois des plus fantaisistes, comme ce Canadien, qui tentait de me convaincre que les flaques d’eau, à Whistler en 2010, c’était normal, mais que le canon à neige le plus puissant du monde à Krasnaïa Poliana, c’est mal, vu que ce n’est « pas de la vraie neige ».

Dans cette « guerre de l’information des médias étrangers contre la Russie » qui a éclaté dès les premiers jours des Jeux, les personnalités russes en charge de la communication sur l’événement ont une grande part de responsabilité. Les journalistes étrangers sont arrivés à Sotchi quelques jours avant l’ouverture, et certains d’entre eux ont été installés dans des hôtels pas tout à fait achevés. Personne ne s’est donné la peine de leur organiser des excursions sur les sites sportifs ni d’expliquer qu’à Krasnaïa Poliana, il y a encore sept ans, il n’y avait rien ; car faut-il rappeler que les stations de ski d’Europe occidentale ont mis 50 à 80 ans pour parcourir le même chemin ?! Et aujourd’hui, on skie mieux à Krasnaïa Poliana qu’à Gstaad. Mais non, les journalistes étrangers sont restés assis dans leurs chambres d’hôtel, sans nouvelles, à subir la pression de leurs rédactions : genre, à quoi bon est-ce qu’on vous a envoyés là-bas, on a dépensé de l’argent – allez à la chasse aux infos ! Et voilà – ils se sont mis à écrire sur ce qu’ils avaient sous le nez : les constructions inachevées et les toilettes.

Alexandre Goubskiï, rédacteur en chef adjoint de Vedomosti

5 commentaires

  1. Le bilan est qu’il y a peu de journalistes objectifs donc intelligents. Ils font partie de ceux qui regardent le doigt qui désigne la lune lorsque c’est la lune le sujet…on connaît! en France on n’a presque que ça dans la presse!

  2. Etant donné le (bas) niveau des commentateurs sur France Télévisions (blagues plus que douteuses de la part de Candeloro, discussions de comptoir de café du Commerce et digne d’une cour de collège, le prof en moins, consultant ignares et ainsi de suite) on ne peut s’étonner de la bête réaction de ces mêmes personnes. Je n’ose même pas terminer la précédente phrase avec le mot « journaliste » …

  3. Les chiens aboient, la caravane passe, tous á l´unanimités sont d´accords que ces jeux Olympiques sont un succès, bravo la Russie.

  4. On a surtout une presse bêlante et lénifiante (80% de journalistes de gauche) aux ordres et aux pieds du gouvernement actuel (merci les privilèges accordés à cette caste).
    Sans même revenir sur le niveau affligeant des commentaires et du manque de connaissance des sports commentés, j’ai parfois honte d’être française .
    Bref, le seul espoir de ces « journaleux » était de voir poindre le grain de sable pour enfin se déchainer et afficher clairement leur russophobie, à croire que la guerre froide n’est pas si loin.
    Pour moi, ce fut de très beaux Jeux, quoi qu’on en dise.

  5. c’ est bien fait pour les journalistes:

    a) pourquoi a-t-on besoin de 5 journalistes à Sochi pour 1 athlète. Puisque les athlètes ont quitté Sochi, dès que leur concours était terminé, ce co-efficient est à majorer. Résultat: On a vu partout que des journalistes, dans les rues, dans les stades, dans les cafés, dans les hôtels

    b) quand je lis les reportages dans les médias en France, c’ est honteux comment les journalistes rapportent les évènements de Sochi. Comme si il y avait eu auparavant la censure du gouvernement: russo-phobe, que des mensonges

    Et nous prétendons en France être le pays des libertés et de la démocratie ?

    Une honte. Il ne faut laisser faire ceci.

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