Le nouveau visage de l’Ukraine

Après trois mois de mobilisation et près de 90 morts, le gouvernement de Viktor Ianoukovitch a déposé les armes vendredi 21 février. Au lendemain d’un week-end historique qui a vu la fuite du président ukrainien et la libération de l’opposante Ioulia Timochenko, l’ex-opposition ukrainienne s’engage à former un gouvernement d’union nationale pour le 25 février.

Libre et déterminée

Ioulia Timochenko n’a pas perdu de temps, ni le nord d’ailleurs. À peine libérée, samedi 22 février, après deux ans passés derrière les barreaux, l’ex-Premier ministre a déclaré aux journalistes, au pied de l’avion qui s’apprêtait à l’emmener à Kiev, qu’elle se présenterait à l’élection présidentielle anticipée, dont la date avait été fixée au dimanche 25 mai, quelques heures plus tôt, par le parlement ukrainien.

L’ancienne égérie de la Révolution orange a également annoncé sur le site internet de son parti, Batkivchina, qu’elle n’était, en revanche, pas intéressée par le poste de Premier ministre.

Or, c’est justement vers cette nomination que tous les regards sont aujourd’hui tournés. Car si la Rada a depuis jeudi mis les bouchées doubles pour remettre le pays en état de marche – du retour à la Constitution de 2004 à l’amnistie des manifestants de la place de l’Indépendance, en passant par la destitution et la nomination de nouveaux ministres et dirigeants, dont celle de l’allié politique de Timochenko, Olexandre Tourtchinov, comme président par intérim, sans oublier l’annulation de la loi garantissant au russe le statut de langue régionale –, elle n’a toujours pas réussi à désigner un nouveau chef du gouvernement.

Pour ce faire, le gouvernement par intérim se laisse jusqu’au mardi 25 février, a promis Olexandre Tourtchinov. D’autant que la journée de lundi 24 est marquée par la visite de la haute représentante de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, et du secrétaire général adjoint de l’ONU, Robert Serry, à qui l’ex-opposition ukrainienne se devra de présenter une candidature, souligne un député de la Rada.

Premier ministre sous Timochenko

Qui sera l’élu ? : les paris sont aujourd’hui ouverts. Selon le politologue ukrainien Dmitri Ponamartchouk, deux candidats seraient en lice : Arseni Iatseniouk, chef de la fraction parlementaire du parti Batkivchina, et Piotr Porochenko, homme d’affaires influent, patron entre autres des célèbres confiseries ukrainiennes Roshen. Ce dernier pourrait également se présenter à la présidence face à Vitali Klitschko, leader du parti Oudar, même si ses chances sont faibles du fait de sa non-affiliation à un parti politique, poursuit l’expert, qui tient à préciser que la Constitution de 2004 octroie davantage d’influence au Premier ministre qu’au président.

Mais bien qu’à l’issue de ces trois mois de mobilisation, la candidature d’Arseni Iatseniouk apparaisse, notamment aux yeux des dirigeants européens, comme la plus solide, un compromis pourrait être trouvé afin que tous les postes clés ne se retrouvent pas exclusivement entre les mains du parti Batkivchina.

« Le refus de Timochenko de se porter candidate au poste laisse la place à deux candidats : Porochenko et Iatseniouk, confirme le politologue ukrainien Vladimir Fesenko. L’actuelle coalition dans la Rada respectera le principe de distribution des fonctions. C’est-à-dire que si Iatseniouk était nommé Premier ministre, son collègue de parti Tourtchinov devrait renoncer à la présidence du Conseil suprême ukrainien. Si ce dernier souhaite rester en poste, alors Porochenko deviendra Premier ministre. »

M. Fesenko, tout comme Dmitri Ponamartchouk, écarte de la course Vitali Klitschko, dont le parti Oudar, estime-t-il, obtiendra plutôt des positions au sein du gouvernement. « Il est peu probable que Klitschko accepte de devenir Premier ministre. La position conviendrait mieux au leader du parti Svoboda Oleg Tiagnibok, qui n’a aucune chance de remporter la présidentielle », affirme le politologue.

La campagne présidentielle, qui débutera officiellement le 25 février, promet en effet d’être ardue. Ioulia Timochenko part avec plusieurs longueurs d’avance, elle qui apparaît déjà à l’extérieur de l’Ukraine comme le leader national. Angela Merkel s’est par exemple empressée de lui téléphoner afin d’organiser une rencontre. Alors que, côté russe, le président du comité de la Douma chargé des questions d’information, Alexeï Mitrofanov, ne cache pas non plus que « Timochenko est connue à Moscou et demeure un bon interlocuteur sur le règlement des questions économiques ».

Les caisses sont vides

Et l’économie est bien au centre de toutes les préoccupations. L’Ukraine est au bord du défaut de paiement : elle doit rembourser huit milliards de dollars de dette en 2014, et neuf autres milliards pour 2015.

L’économie ukrainienne, sur fond de détérioration de la situation sur les marchés étrangers, était stagnante en 2013, et ses réserves en devises ont considérablement diminué – jusqu’au minimum de 17,8 milliards de dollars depuis 2006, relève un rapport de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

Le cours de la monnaie nationale, le hryvnia, a également chuté de 8 % depuis le début de l’année, pour atteindre les 9.3550 hryvnias pour 1 dollar, selon Bloomberg. L’économie n’est ainsi pas parvenue à rattraper ses indices de 2008, les investissements se sont effondrés en 2013, et l’augmentation des salaires des fonctionnaires a creusé un déficit au budget équivalent à 5 % du PIB.

Le FMI est d’ores et déjà prêt à aider l’Ukraine si celle-ci le désire, a annoncé la directrice générale du fonds, Christine Lagarde. Avant le renversement du gouvernement ukrainien, les principales conditions imposées par le FMI exigeaient des réformes politiques et économiques : le fonds accordait son aide contre une réorganisation du pays. C’est d’ailleurs ce qui avait poussé Kiev à s’adresser à Moscou, qui a, de son côté, suspendu aujourd’hui la deuxième phase de rachat d’euro-obligations ukrainiennes « tant qu’un nouveau gouvernement ne sera pas mis en place ».

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