Kiev : état des lieux après les affrontements qui ont fait 25 morts

Alors que l’on assistait depuis quelques jours à un apaisement des tensions dans la capitale ukrainienne, la situation a violemment dégénéré mardi 18 février dans le centre-ville, causant la mort d’au moins 25 personnes. Retour sur les 24 heures les plus sanglantes depuis le début des manifestations en Ukraine, il y a trois mois.

Kiev : état des lieux après les affrontements qui ont fait 25 morts. Crédits : Sébastien Gobert
Place de l’Indépendance, Kiev. Crédits : Sébastien Gobert

Kiev s’est réveillée, mercredi 19 février, sous une épaisse fumée noire. Le centre de la capitale avait des airs de champ de bataille : les alentours de la place de l’Indépendance brûlaient, les manifestants allant jusqu’à mettre le feu à l’une des barricades construites pour contrer l’assaut des forces de l’ordre qui a eu lieu à 6h30 ce matin.

La Maison des syndicats, quartier général des opposants depuis le début des manifestations en décembre 2013, était également en feu suite à un incendie survenu le 18 février. Les pompiers ont évacué 41 personnes du bâtiment, sur le point de s’effondrer.

Le métro de Kiev, fermé dès le 18 février pour cause de « menace terroriste » selon le site de l’administration de la ville, est toujours hors-service.

Le bilan de cette nuit d’affrontements est très lourd : 25 morts, dont 9 policiers et 11 manifestants, selon un communiqué du ministère de l’Intérieur publié tôt ce matin. Le nombre des blessés oscille entre plusieurs centaines et mille personnes.

Kiev : état des lieux après les affrontements qui ont fait 25 morts. Crédits : Sébastien Gobert
Crédits : Sébastien Gobert

Un journaliste du quotidien ukrainien Vesti, Viatcheslav Veremeia, fait partie des victimes. Selon le rédacteur en chef du journal, il rentrait chez lui en taxi avec un collègue lorsqu’il a été arrêté par des inconnus qui ont tabassé à la fois les passagers et le chauffeur. Viatcheslav Veremeia est mort à l’hôpital des suites de blessures par balle.

A 11h30 (heure de Moscou), plusieurs médias ont avancé que les forces de l’ordre avaient arrêté un train en provenance de Lviv, près de la frontière polonaise, pour des raisons inconnues. Le département d’État des gardes frontières a, lui, annoncé que près de 40 activistes bloquaient les points de passage à la frontière avec la Pologne à l’aide de barricades, provoquant de sérieux ralentissements aux points de contrôle.

Les opposants ont également occupé toute la nuit les bases des forces spéciales ukrainiennes (Berkout) à Kiev, ainsi que les bâtiments de l’administration, du Parquet et des services secrets ukrainiens (SBU) dans les villes de Rovno, Ivano-Frankovsk, Ternopol, et Lviv.

Kiev : état des lieux après les affrontements qui ont fait 25 morts. Crédits : Sébastien Gobert
Crédits : Sébastien Gobert

Les pourparlers qui ont eu lieu dans la nuit du 18 au 19 février entre Viktor Ianoukovitch et des leaders de l’opposition ont par ailleurs échoué : le président ukrainien a ainsi publié un communiqué sur son site où il accuse les opposants d’avoir négligé les principes fondamentaux de la démocratie, précisant « que le pouvoir s’acquiert dans les bureaux de vote et non pas dans la rue ».

« Je leur ai répété à maintes reprises que des élections auront lieu bientôt. Si le peuple leur fait confiance – ils auront le pouvoir. Si non – tant pis. Mais nous devons de toute façon emprunter la voie légale, comme le dit la Constitution ukrainienne », est-il écrit dans le communiqué.

Selon le président, les chefs de file de l’opposition avaient déjà dépassé les bornes en appelant le peuple à prendre les armes : « J’appelle de nouveau les leaders de l’opposition qui se prononcent pour une solution pacifique à se distancier des forces qui sont à l’origine des affrontements sanglants avec la police. Et dans le cas où ils ne souhaiteraient pas partir, alors ils doivent admettre qu’ils soutiennent les radicaux », a-t-il affirmé.

Les porte-paroles de l’opposition ont dénoncé de leur côté la position inflexible du président ukrainien : l’ancien ministre devenu leader de la contestation Arseni Iatseniouk a déploré que Viktor Ianoukovitch propose littéralement aux opposants de se rendre, tandis que le leader du parti Oudar, Vitali Klitschko, estime que le président ukrainien n’écoute pas l’opposition et n’a pas « une vision juste de ce qu’il se passe actuellement dans le pays ».

À l’origine de ces débordements, une « offensive pacifique » lancée à l’appel de l’opposition afin de faire pression sur les députés, qui devaient examiner dans la journée du 18 février une réforme constitutionnelle proposée par les partis contestataires.

La tension était pourtant descendue d’un cran dans la capitale ukrainienne quelques jours auparavant. Les manifestants avaient notamment commencé  d’évacuer la mairie et certaines barricades, dimanche 16 février, comme prévu par un accord passé avec le pouvoir dans le cadre de la loi d’amnistie entrée en vigueur le 17 février. Les autorités avaient effectivement relâché tous les opposants dès le 14 février.

Pour mémoire, les manifestations ont débuté à Kiev le 21 novembre, suite à la suspension par le pouvoir du processus de signature de l’accord d’association Ukraine-UE.

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