Qui sont les hommes qui ont pris l’assaut sur le Parlement de Crimée ?

Des hommes armés inconnus contrôlent en ce moment le Parlement, le Conseil des ministres et l’aéroport de Simferopol, chef-lieu de la Crimée, ainsi que l’aéroport de Sébastopol.  

Berkout. Wikimedia
Berkout. Wikimedia

Pour l’ex-chef du Service de sécurité d’Ukraine, Evgueni Martchouk, ces hommes font partie des forces spéciales ukrainiennes Berkout qui ont été dissoutes le 25 février par le ministre de l’Intérieur par intérim, Arsen Avakov. Comme le précise Evgueni Martchouk, qui en 1992 avait participé à l’étouffement d’une crise séparatiste en Crimée, les assaillants seraient arrivés à Simferopol depuis Sébastopol, à soixante kilomètres au sud de la péninsule.

La version de Martchouk a également été confirmée par le député ukrainien Guennadi Moskal. Selon lui, les Berkouts se sont sentis offensés par la récente loi sur la dissolution des forces spéciales et ont décidé de se révolter, en prenant d’assaut les bâtiments gouvernementaux à Simferopol.

« Cette loi est populiste, a affirmé Moskal. Le ministère de l’Intérieur aurait dû chercher ceux des Berkouts qui ont tiré sur les Ukrainiens sur la place de l’Indépendance à Kiev. Au lieu de cela, le ministère s’est laissé guider par ses émotions et a remercié toutes les forces spéciales alors qu’elles ne représentaient plus aucune menace pour les citoyens ».

A l’heure actuelle, on trouve aussi des membres des forces spéciales Berkout armés de kalachnikovs sur deux autoroutes qui mènent en Crimée, près des villes de Tchongar et d’Armiansk. Selon le quotidien Vesti, il s’agit de quelques dizaines de combattants qui viennent principalement de Sébastopol mais aussi d’autres villes ukrainiennes. Les Berkouts sont aidés par environ 250 volontaires venus des villes et villages voisins. Ils stoppent toutes les voitures qui se dirigent vers la Crimée, et en majorité des camions-bennes. Comme le précise le correpondant de Vesti, les hommes ne se montrent pas agressifs. Ils se chauffent à l’aide de feux de camp et mangent des repas rapportés par les habitants. Les combattants disent que leur objectif est de ne pas laisser entrer en Crimée les militants nationalistes ukrainiens.

Ils précisent également qu’ils n’ont pas de chef et agissent sur leur propre initiative. Ils ne reconnaissent pas le gouvernement provisoire d’Arseni Iatseniouk : pour eux, il s’agit de « rebelles qui se sont saisis du pouvoir d’une façon illégitime ».

Les Berkouts continuent de voir en Ianoukovitch leur président légitime même s’ils avouent se sentir « abandonnés  et trahis » par lui. « Nous sommes venus ici pour défendre nos familles », affirment-ils. A la question du correspondant  de Vesti sur qui sont les gens ayant pris d’assaut les bâtiments officiels à Simferopol, les Berkouts répondent : « Ce sont nos gars. Et ils ne viennent pas de Russie ».

Rappelons qu’un groupe de trente hommes armés est arrivé à Simferopol dans la nuit du 26 au 27 février à bord de deux camions Kamaz. Ils ont été aperçus par les membres des mouvements pro-russes qui faisaient la garde près du Parlement et du Conseil des ministres à Simferopol. « Ces hommes nous ont dit que nous pouvions disposer et sont rentrés dans le bâtiment du Conseil des ministres », rapporte un des témoins cité par le quotidien ukrainien Vesti. Toujours selon cette même source, les hommes ont brisé quelques vitres et ont enfoncé la porte de l’immeuble. Quelques minutes après, les policiers ukrainiens qui se trouvaient à l’intérieur sont sortis du bâtiment et sont partis. Puis, les assaillants ont enlevé le drapeau ukrainien de la façade et ont hissé à sa place le drapeau russe.

La ville de Simferopol est le théâtre d’une vague de contestation depuis mardi 25 février : pour mémoire, l’abolition du statut de langue régionale protégée dont bénéficiait le russe, votée par le Parlement ukrainien le 23 février, a instantanément provoqué d’importantes manifestations dans toute la partie russophone de l’Ukraine.

Région peuplée principalement de russophones, la Crimée a été rattachée à l’Ukraine en 1954 sur décret de Nikita Khrouchtchev, à l’occasion du 300ème anniversaire de la réunification de la Russie et de l’Ukraine. À la chute de l’URSS, en 1991, la Crimée est restée au sein de l’Ukraine, tout en obtenant un statut de région autonome.

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