La Russie cherche un remède contre la stagnation

L’économie russe stagne. En 2013, elle n’a progressé que d’1,4 %, et les pronostics pour 2014 sont loin d’être réjouissants : le ministère du développement économique espère atteindre les 2,5 %, un chiffre qui ressort aussi des rapports du FMI et de la BERD.

Des rues moscovites aux heures de pointe
Des rues moscovites aux heures de pointe

Ce ralentissement est dû moins à la conjoncture mondiale qu’à une politique économique nationale inefficace, ont asséné les experts réunis lors du forum économique Gaïdar, qui s’est tenu à Moscou du 15 au 18 janvier 2014. « En octobre 2007, quand le prix du pétrole était de 58 dollars le baril, le gouvernement russe prévoyait une hausse économique de 6,5 % pour 2011-2015. En novembre 2013, alors que le pétrole était passé à 103 dollars le baril, le gouvernement n’espérait plus, pour 2015, qu’une hausse de 2,7 % », a notamment constaté Evseï Gourvitch, président du Groupe russe d’expertise économique.

Néanmoins, assure le dernier rapport de l’OCDE, la Russie a toutes les chances de sortir de la crise et de progresser dans son développement. « Le taux de chômage en Russie (5,5 %) est largement inférieur à ceux d’un grand nombre de pays développés. Ses indices macroéconomiques, tels le déficit budgétaire ou le taux de pauvreté, sont également meilleurs. Et les impôts y sont plus bas », précise José Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE.

Une analyse partagée par Jeffrey Sachs, économiste américain et directeur de l’Institut de la Terre de l’université Columbia. Le chercheur l’a d’ailleurs annoncé lors du forum : « La Russie ne connaît pas la crise ». « Il ne reste aux États-Unis qu’à envier vos indices de chômage, de déficit budgétaire et de taux de pauvreté, a-t-il ajouté. Votre PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat est deux fois supérieur à celui de la Chine. La Russie a fait un immense pas en avant au cours des vingt dernières années. »

Ce qui empêche actuellement le pays d’avancer, de l’avis du vice-ministre russe du développement économique Andreï Klepatch, c’est un « manque de cohérence » entre les politiques gouvernementales monétaire, budgétaire et économique. Le vice-ministre prône, en guise de solution, une augmentation des investissements publics dans l’économie et la protection sociale.

Pour M. Klepatch, le gouvernement russe n’a que deux solutions : soit admettre publiquement que la Russie ne peut pas se permettre un système de santé de qualité accessible à tous, soit débloquer des fonds et injecter des ressources supplémentaires dans les branches déficientes, quitte à devoir accuser un déficit budgétaire. « Un déficit entre 0,5 et 1,5 % du PIB peut être colmaté grâce à nos ressources intérieures », a déclaré le vice-ministre, ajoutant que tout développement entraîne irrémédiablement des pertes et qu’il s’agit d’un schéma « normal ».

« Au lieu de s’accrocher coûte que coûte à la notion de stabilité, rappelons-nous qu’il n’est rien de plus stable qu’un cadavre ! », a plaisanté le vice-ministre du développement économique. Un cadavre ne s’en va nulle part et ne risque rien. » M. Klepatch n’a là-dessus aucun doute : c’est la politique budgétaire du gouvernement et, plus précisément, celle de la règle budgétaire qui freine le développement de l’économie russe. Cette règle prescrit en effet de placer tous les excédents des recettes pétrolières dans un Fonds de réserve.

« Tant que cette règle restera en vigueur dans sa forme actuelle, la hausse économique ne dépassera pas les 3 % en Russie, et ce malgré tout notre vaste potentiel », a martelé le vice-ministre. Andreï Klepatch a comparé sa position actuelle à celle de son grand-père lors de la Seconde Guerre mondiale. « Vous n’aurez pas de cartouches. Mais vous devez tout de même remporter cette bataille : c’est ce que disaient ses supérieurs militaires à mon grand-père en 1942, et c’est un peu ce que je ressens aujourd’hui », a-t-il confié.

Mais la force du discours du vice-ministre du développement économique semble avoir laissé de marbre ses opposants idéologiques : la Banque centrale et le ministère des finances.

« Un changement de politique monétaire n’entraînera pas nécessairement une hausse de la productivité, et même au contraire, a répondu Ksenia Ioudaeva, vice-présidente de la Banque centrale, à M. Klepatch. Dans l’état actuel des choses, la Russie doit procéder à des réformes de fond, baisser son inflation et développer des investissements à long terme. C’est ce qui devrait lui permettre d’avancer. » Heureux ceux qui espèrent !

1 commentaire

  1. c ‘ est complètement idiot d’ investir dans du social. Certes il y a des choses à faire en la matière, mais la Russie ne va pas tout de même copier l’ Europe, dont la politique sociale est complètement sortie des rails, où des milliards sont gaspillés, sans que personne n’ en profite. Et la politique de l’ endettement par une augmentation des investissements de l’ état ne fera pas de miracle non plus. Il faut surtout que la Russie renforce son tissu d ‘ entreprises petites et moyennes, qui doivent devenir compétitives un peu comme c’ est le cas des PME allemandes. C est tout, dont a besoin la Russie. Les économistes, qui ne prêchent que par l’ endettement sont des sorciers. On a bien vu dans quelle misère sont tous les états européens à quelques exceptions près.

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