Le Christ Sauveur est ressucité

Point n’est besoin de situer la gigantesque église du Christ Sauveur qui, du haut de ses 103 mètres, domine Moscou. Elle est aussi célèbre que monumentale. Pour le visiteur français fraîchement arrivé à Moscou, elle n’est pas sans évoquer la basilique du Sacré Cœur de Montmartre à Paris. Et cela non sans raison : toutes deux ont été édifiées pour des raisons politiques, l’une après la défaite de la France en 1870 et l’occupation de l’Alsace Lorraine par les troupes allemandes, l’autre au contraire pour célébrer la victoire de l’armée russe sur Napoléon. Toutes deux ont été construites dans un style néo-byzantin et financées par des collectes populaires.

Mais si le Christ Sauveur avec ses 6805 m2 est deux fois plus vaste que le Sacré Cœur, la basilique parisienne culmine du haut de la butte à 200 mètres au-dessus de Paris. Le diamètre de la coupole du Christ Sauveur est de 25,5 mètres, celui du Sacré Cœur n’est que de 16 mètres. De la pose de la première pierre à la consécration, 44 ans se sont écoulés pour la Basilique parisienne, 50 ans pour le Christ Sauveur. La comparaison s’arrête là, car si le destin a été clément pour l’une, ô combien dramatique a-t-il été pour l’autre. Même le plus audacieux canular dont seuls les français ont le secret n’aurait pu un seul instant imaginer le Sacré Coeur transformé en piscine ! Car c’est bien le sort que le camarade Staline a réservé au Christ Sauveur. « La destruction de la cathédrale du Christ Sauveur est apparue comme le symbole de l’anéantissement, du viol et de l’humiliation du peuple russe, tout comme sa reconstruction sur le lieu même représente la renaissance et la résurrection de la Russie », écrit l’écrivain Wladimir Solooukhine, résumant à sa manière près d’un siècle de l’histoire dramatique du pays.

Le Christ Sauveur est ressucité

La première église a été érigée conformément au manifeste impérial d’Alexandre Ier, mais les travaux n’ont débuté qu’en 1839 d’après les plans de l’architecte favori du tsar Nicolas Ier, K. Ton (1794-1881), qui définit un style officiel, appelé néo-byzantin (Grand Palais du Kremlin, Palais des Armures). La décoration intérieure avait été confiée à des artistes célèbres comme Sourikov, Vereschaguine, Neff, les sculptures à Ramazanov et Loganovski. Consacrée le jour de l’Ascension 1883, la cathédrale incarnait la gloire de la Russie et la foi en sa grandeur. Détruite le 5 décembre 1931, elle devait être remplacée par un gigantesque palais des Congrès qui aurait fait 416 mètres de haut, couronné par une non moins gigantesque statue de Lénine. Mais le projet n’a jamais vu le jour et dans l’excavation béante, on construisit la fameuse piscine en plein air qui faisait la fierté et l’extravagance de l’URSS.

Mais les vapeurs d’eau chaude nuisaient paraît-il, à l’environnement. Dès 1980, a débuté un mouvement pour la restauration de l’église, finalisé le 5 mai 1995 par le décret présidentiel de Boris Elstine. Des fonds ont été à nouveau collectés pour la reconstruction de l’église à l’identique. Plus d’un millier d’artisans de toutes la Russie y ont travaillé respectant au mieux les documents d’archive. L’intérieur a conservé trois autels, le principal pour Noël, l’un pour Saint Nicolas le Thaumaturge au Sud, et au Nord pour Saint Alexandre Nevski. Un certain nombre de peintures de Vereschiaguine, l’icône du Christ Sauveur, le trône du patriarche Tikhon, avaient pu être préservées et ont retrouvé leur place. Il serait vain de décrire par le détail l’étonnant travail des artisans mais il faut mentionner le Christ Pantocrator de la coupole centrale, l’iconostase haute de 27 mètres, la richesse des décors intérieurs dus aux artisans des écoles de peinture russes.

Les plaques votives des galeries latérales commémorent la première Guerre Patriotique. Se succèdent les batailles depuis 1812 en Russie, jusqu’en 1814 la conquête de Paris par Alexandre I. Les sculptures extérieures représentent des scènes de l’histoire russe ou de la Bible. Ainsi, sur la façade nord, face au musée des Beaux-Arts, à gauche, sont représentés le Révérend Dionisius Troitski bénissant Minime et Pojarski vainqueurs des Polonais, Saint Serge présentant l’icône à Dimitri Donskoï à la bataille du Champs de la Bécasse, sur la droite. Sur la façade Est, on peut admirer la Résurrection du Christ, à droite, et la Nativité à gauche. Au Sud, au-dessus de l’arche centrale, l’apparition de Archange Michel, le sacrifice d’Abraham, à droite, le triomphe de David, à gauche. Il faut encore parler des 14 cloches qui ont été exécutées dans les fonderies des usines ZIL.

La plus grosse pèse 27 tonnes (celle du Sacré Cœur que 19 tonnes). Les techniques modernes ont permis d’achever les travaux en 5 ans. Elle a été symboliquement consacrée le 31 décembre 1999 puis officiellement en août 2000. C’est la plus grande église de Russie, elle peut accueillir 10 000 fidèles.

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