L’une des plus vieilles églises moscovites garde la mémoire d’Andreï Roublev

Le peintre d’icônes Andreï Roublev est sans doute l’un des artistes russes les plus connus au monde. En raison du film qui l’a immortalisé, sans doute, mais aussi et surtout des œuvres profondes et d’une grande douceur qu’il nous a laissé. A Moscou, outre la galerie Tretiakov où sont exposées nombre de ses icônes, l’un des principaux lieux « roublioviens » est le monastère Spasso-Andronikov.

Cathédrale du monastère Spaso-Andronikov. Crédits : panoramio.com
Cathédrale du monastère Spaso-Andronikov. Crédits : panoramio.com

La fondation du monastère est le fruit d’un vœu fait par le métropolite Alexis au XIVème sièlce. Pris dans une tempête, il aurait fait le serment d’élever une église en l’honneur du Saint célébré ce jour-là s’il était sauvé. Et il tint parole. Le nom du lieu lui vient de son premier dirigeant, Andronikov, un élève de Saint-Serge.

La cathédrale du Sauveur (Spaski) qui se trouve dans le monastère est la plus veille église de Moscou hors du Kremlin. C’est le principal édifice du monastère ; elle a été élevée entre 1410 et 1427 en remplacement du bâtiment en bois construit initialement, en 1361. La cathédrale Spaski a été élevée dans un style rappelant celui souvent appelé « vladimirien » ou « souzdalien », en référence aux villes de Vladimir et Souzdal où il a pris naissance. C’est un bâtiment cubique surmonté d’une unique coupole, placée au centre de la structure. Il est divisé en trois ailes et comporte trois absides qui « débordent » du plan carré sous la forme de trois alvéoles. Les trois ailes sont évoquées sur les façades au travers de pilastres, reproduisant le plan intérieur. La coupole est couronnée d’une petite voûte peu bombée, soulignée d’une petite frise évoquant les pommes de pin, et percée de fenêtres. Tous ces éléments sont conformes à l’architecture de Vladimir et Souzdal.

L’édifice a pourtant son originalité : il s’élève gracieusement dans les airs et passe de son plan carré au cercle de la coupole grâce à une succession montante de voûtes décorées de « kokochniki », cette forme traditionnelle des coiffes féminines russes (un demi-cercle qui se termine en pointe). Le bâtiment ne comporte en outre par de frise à mi-hauteur de ses murs, comme cela était l’habitude dans les églises vladimiriennes. Le résultat est cependant très harmonieux.

La cathédrale, qui a accueilli Andreï Roublev alors que celui-ci était moine dans le monastère, a été décorée par ses soins et ceux de son ami Danil Tcherny, et ses murs portent encore quelques traces de son passage – la plupart de ses fresques ont été détruites, par le travail du temps mais aussi par l’incendie de 1812. Certaines pierres de l’église en conservent des marques noires. Andreï Roublev aurait aussi été enterré dans le monastère après sa mort en 1430, mais sa tombe est aujourd’hui perdue. Elle aurait définitivement disparu après les travaux entrepris dans les années 1930. Une ancienne pierre tombale, découverte à cette époque, aurait été broyée pour consolider un chemin, embourbé, par des ouvriers ignorants… et à la grande consternation de l’archéologue qui n’avait eu le temps que d’en faire une empreinte.

Après la révolution, outre cette pierre tombale, d’autres parties du monastère ont été endommagées, notamment dans les années 1920, après la décision du Sovnarkom d’y installer un camp pour les enfants d’opposants réprimés par le pouvoir. En 1930 le grand clocher, élevé à la fin du XVIIIème siècle, a été détruit pour que ses briques servent de matériau de construction. Demeure cependant un autre édifice intéressant : l’église et la salle du trapèze, qui reste un témoignage relativement rare d’architecture en briques du début du XVIème siècle.

  • Édifices moscovites d’inspiration « vladimirienne » : Cathédrale du monastère Spaso-Andronikov, Andronevskaïa Ploshad, 10 ; Cathédrale de la Dormition, Kremlin.

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