Le kremlin d’Izmaïlovo raconte l’histoire de la vodka

Izmaïlovo a déjà toute une histoire. Les premiers tsars Romanov y avaient leur résidence d’été au bord de la rivière Serebrianca. De nos jours la foire Vernissage, avec ses échoppes en bois est le lieu de promenade favori des amateurs d’artisanat et d’antiquités. Aussi ce n’est pas un hasard si l’ensemble de loisirs « historico-architectural » d’Izmaïlovo y a été construit.

Le kremlin d’Izmaïlovo

Le kremlin d’Izmaïlovo est la reconstitution d’un ensemble de l’époque du tsar Alexis Mikhaïlovitch qui s’étend sur 24 hectares. Ce « musée des musées » est bâti dans l’esprit Disney land, où l’historique côtoie l’artisanat d’art. Conservatoire des traditions, le lieu se veut divertissant et commercial autant que culturel dominé par St Nicolas, patron des marchands, qui se flatte d’être la plus haute des églises en bois de Russie.

Ce complexe abrite plusieurs musées dont celui de la vodka, connue depuis près de cinq siècles, indissociable de l’histoire du pays. Le mot vodka n’a été utilisé qu’au dix-septième siècle, auparavant, le terme employé pour désigner les boissons alcoolisées était « aquavit », eau de vie. La macération du miel et du pain se faisait dans des pots en terre avant que le système de distillation des grains ne soit découvert par des moines et importé en Russie en 1429, tout d’abord comme médicament. Pays à grains et non à vigne, comme chacun sait, les bouilleurs de cru se répandirent rapidement. Ivan le Terrible, qui avait le sens des affaires, comprit l’avantage financier que représentaient les débits de boisson, les « kabaks », pour les finances de l’Etat. On lui doit sans doute le penchant des Russes pour cette boisson, car dans ces lieux, boire sans rien manger était fortement encouragé et pas seulement les jours de fête.

La vodka était vendue dans des seaux de 12,3 litres. Par précaution, ces lieux étaient interdits aux femmes de peur qu’elles ne modèrent la soif de leur homme. Pierre le Grand accorda, en 1716, le privilège de bouilleur de cru aux nobles et aux marchands. Lui-même pouvait avaler jusqu’à 36 verres, et toute personne arrivant en retard à une réunion était condamnée à ingurgiter sur le champ 1,5 litre de vodka. Catherine II ne conserva le privilège qu’aux nobles. Il s’en suivit une forte tendance à confectionner sa propre vodka ce qui était sévèrement puni. Cette vodka « faite maison » était forte, aromatisée à toutes sortes de plantes et comble du raffinement, dans les bonnes maisons, étiquetée suivant l’ordre l’alphabétique, de A à ß (Anis à ßbloko).

Après la Première guerre patriotique, la vodka devint monopole d’Etat à l’exception de la Sibérie où il aurait été vain de lutter contre la production privée. A la suite des vainqueurs de Napoléon, la vodka fut introduite en France. A partir de 1885, la vodka est vendue en bouteille teintée pour la meilleure qualité, transparente pour la qualité inférieure. La formule actuelle est le résultat des recherches du chimiste Mendeleev (connu pour sa célèbre classification périodique des éléments) qui trouva l’équilibre idéal entre le volume, le poids et le mélange d’alcool et d’eau. En 1896, la vodka de référence fut donc fixée à 40° et les fabriques, monopole d’Etat se répandirent dans toute la Russie. Quant à la pichenette sous la mâchoire droite pour indiquer l’état d’ivresse, elle a son histoire.

Nicolas Ier promit en récompense d’exaucer les vœux de celui qui aurait le courage de grimper au sommet de la flèche de la cathédrale Pierre et Paul (à St.Pétersbourg) pour replacer l’aile de l’ange, arrachée par le vent. L’opération était risquée mais un certain Piotr Telouchkine y parvint. Il demanda en récompense de pouvoir boire de la vodka gratuitement dans tous les débits de boisson du pays. Cela lui fut accordé mais il perdit l’autorisation alors le tsar lui fit apposer le sceau impérial dans le cou, ce qui l’obligea pour avoir à boire, à montrer d’un geste sa mâchoire.

On apprend que Lénine qui n’aimait pas la vodka fit détruire les commerces de vodka alors que Staline qui l’appréciait, lui redonna ses lettres de noblesse, en faisant distribuer des doses de 100gr aux combattants de la dernière guerre. Quant à Khrouchtchev, il fixa le prix de la bouteille à 3 roubles, ce qui contribua à la collectivisation. L’amateur se plaçait devant le magasin deux doigts sur la poitrine indiquant qu’il était à la recherche de deux autres personnes pour partager. Le décret impopulaire de Gorbatchev de 1985, pour lutter contre l’alcoolisme, a été aboli par Eltsine qui privatisa sa fabrication. En toutes occasions, depuis toujours, on trinque à la vodka, qu’elle soit Smirnoff américaine ou Smirnov de Russie.

Musée de la Vodka,Kremlin d’Izmaïlovo, Izmaïlovskoe chossé, Métro Partizanskaïa
Tél / Fax: +7 (499) 166-50-97
Email: museumvodka@kremlin-izmailovo.com
Ouvert tous les jours de 11h à 21h

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