Des repas chauds pour les sans-abri de Ekaterinbourg

De nombreux sans-logis vivent dans les gares de Ekaterinbourg.


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Des habitants de Ekaterinbourg ont lancé un projet de distribution de plats chauds aux sans-abri et nécessiteux de la ville. Reportage de Itsmycity.ru.

sans abri Ekaterinbourg
Un SDF au point de distribution de nourriture à Ekaterinbourg . Crédits : Maria Trapeznikova

Tous les vendredis, des dizaines de personnes – à la rue ou très pauvres – se rendent sur le petit parvis de l’église située près de la gare routière Severny, à Ekaterinbourg, où elles peuvent recevoir une portion de nourriture chaude et quelques denrées alimentaires. À l’origine de l’initiative : Timothée Joukov, un jeune Ekaterinbourgeois de 22 ans.

« Ne vous disputez pas, s’il vous plaît, il y en aura pour tout le monde ! », promet Timothée en plongeant une louche dans un grand seau de kacha. Il travaille rapidement, pour servir le plus grand nombre de parts. À ses côtés, deux hommes l’aident : Vania et Max. « Et le pain ? », demande une grand-mère. Timothée explique, en s’excusant, qu’ils n’ont pas eu le temps d’aller en chercher aujourd’hui. La foule, rassemblée par -20°C, ne cache pas sa déception.

En quelques secondes, un groupe entoure une petite table pliante, sur laquelle viennent d’être déposés des aliments. Tous s’efforcent d’obtenir une portion plus grande, certains se présentent deux fois. Mais les bénévoles ont l’œil, ils refusent de les resservir : « Vous êtes déjà venus, soyez honnêtes ! »

Les présents reçoivent leur plat chaud dans un récipient en plastique, sourient et commencent à manger avec enthousiasme. « Vous nous filmez, c’est ça ? C’est pour la télévision ? », interrogent-ils. Sur les visages, l’étonnement et l’intérêt le disputent à l’inquiétude.

Une grand-mère demande à ne pas être photographiée. Le nez rougi par le froid, elle se couvre le visage de son bonnet et se détourne : « Et si ma fille me voyait ? Elle se fâcherait ! »

Tamara Mikhaïlovna, 80 ans, vit dans le quartier de Khimmach. Elle vient tous les vendredis sur le parvis de l’église. Sa retraite lui suffit à peine à payer ses factures et acheter des médicaments.

D’autant que la vieille dame a une famille à charge. En obtenant sa ration, elle demande à Timothée : « Je pourrais avoir une deuxième portion ? Pour ma petite-fille. » Le jeune homme s’exécute volontiers.

Mobilisation citoyenne

De nombreux sans-logis vivent dans les gares de Ekaterinbourg. Environ 300, d’après l’une des personnes venues chercher à manger. L’hiver, ils deviennent invisibles. Ils tentent de se mettre au chaud près des canalisations de chauffage, dans les bouches d’égout et les halls d’entrée des immeubles voisins. Parfois, ils sont chassés par la police.

« La ville a besoin d’un point permanent d’aide aux sans-abri, explique Timothée. Nous avons recueilli près de 500 signatures en faveur de ce projet, autant auprès des sans-abri eux-mêmes que des autres citoyens. Il y a un mois environ, nous avons transmis la pétition à Tatiana Merzliakova, la déléguée aux droits de l’homme pour la région de Ekaterinbourg. Nous allons tenter de concrétiser cette idée ensemble. »

La nourriture distribuée est offerte par la chaîne ekaterinbourgeoise de restauration rapide Seli-poeli, dirigée par un proche de Timothée, Mikhaïl Prousski.

« Lorsque nous avons lancé le projet, j’ai demandé à Mikhaïl s’il voulait nous aider, et il a accepté. Depuis, nous collaborons », explique Timothée.

Au total, les bénévoles distribuent 40 portions de nourriture et entre 80 et 90 bols de bouillon.

Depuis quelque temps, grâce au soutien de Tatiana Merzliakova, le magasin d’alimentation Giperbola offre aussi à l’équipe du fromage, du saucisson et d’autres aliments. Le pain, les fruits et les légumes sont offerts par la fondation ekaterinbourgeoise « Une ville sans drogues ».

SDF Ekaterinbourg
Portrait d’un SDF sur une maison à Ekaterinbourg. Crédits : Slava PTRK

« Autant que nos forces nous le permettent »

Timothée explique que l’envie d’aider les sans-abris lui est venue spontanément, suite à une rencontre de hasard : « Un jour, alors que je me promenais avec un ami, Stepan, rue Vaïner, un homme est venu nous demander de lui acheter à manger, se souvient le jeune homme. Nous sommes entrés dans un magasin et y avons rempli deux sacs de course. Puis, nous avons discuté avec lui. Il nous a expliqué que son salaire de chargeur-déchargeur ne lui suffisait pas à subvenir aux besoins de sa grande famille, d’autant que sa mère était malade. Ça m’est alors apparu comme une évidence : j’ai dit à mes amis que nous devions aider les nécessiteux autant que nos forces nous le permettraient. C’est comme ça que tout a commencé. »

Plusieurs journaux de la ville s’intéressent, depuis, à Timothée et à ses actions. Car le jeune homme ne se limite pas à l’aide aux sans-logis : il y a quelque temps, il a commencé à entraîner une petite équipe de football de quartier. Le bouche à oreille a rapidement fait son office, et aujourd’hui, le groupe s’est transformé en une école sportive de 200 élèves.

Son nouveau projet : installer, à côté de l’église, une petite roulotte de deux pièces. La première sera réservée à des consultations médicales gratuites, proposées 3 à 4 fois par semaine aux sans-abri. L’autre servira de réserve pour les aliments et les vêtements récoltés afin d’être distribués.

Timothée et ses amis commencent à ranger leurs affaires. Le repas aura duré une heure et demie. Le petit attroupement se disperse peu à peu. Certains demandent une ration supplémentaire, d’autres s’affairent sur le parvis de l’église. Les visages, rougis par le froid, sont un peu plus rayonnants qu’à l’arrivée.

Si vous souhaitez soutenir cette action caritative et aider les sans-abri de Ekaterinbourg, appelez le (343) 2-000-331.

Itsmycity.ru est un magazine en ligne sur Ekaterinbourg et ses habitants. Entièrement réalisé par une équipe locale, la revue couvre les principales tendances du développement de la capitale de la région ouralienne.