Meurtre de Nemtsov : sept arrestations et un aveu

Le principal suspect Zaour Dadaïev, qui a servi par le passé dans la police tchétchène, aurait déjà avoué sa participation au crime


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Le tribunal Basmanny de Moscou a placé en détention préventive jusqu’au 28 avril prochain les cinq hommes arrêtés au cours du week-end des 7 et 8 mars, dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de l’opposant russe Boris Nemtsov. Parmi les interpellés, tous d’origine tchétchène, deux sont officiellement « inculpés » et les trois autres sont toujours considérés comme « suspects ». L’un des inculpés, Zaour Dadaïev, qui a servi par le passé dans la police tchétchène, aurait déjà avoué sa participation au crime.

Les trois suspects, Chaguid Goubachev, Ramzat Bakhaïev et Tamerlan Eskerkhanov nient leur implication dans le meurtre de Nemtsov. Crédits: Philipp Kireev
Les trois suspects – Chaguid Goubachev, Ramzat Bakhaïev et Tamerlan Eskerkhanov – nient leur implication dans le meurtre de Nemtsov. Crédits: Philipp Kireev

« L’implication de Dadaïev a été confirmée par ses aveux », a annoncé la juge Natalia Mouchnikova lorsque l’homme a été présenté au tribunal, dimanche 8 mars. Durant l’audience publique, ce principal suspect, arrêté samedi 7 mars en Ingouchie, n’a cependant pas commenté l’accusation, insistant uniquement sur la légalité du procès. « Je veux que la justice étudie soigneusement cette affaire et que tout soit fait dans le respect de la loi. Je n’ai rien à ajouter » a-t-il déclaré.

Zaour Dadaïev a servi au sein de la police tchétchène en tant que chef adjoint du bataillon « Nord » du ministère de l’intérieur de la république, indiquent les agences de presse russes. L’agence ITAR-TASS précise que Dadaïev a été décoré en 2010 pour son « courage dans l’accomplissement de son devoir militaire » par le ministre russe de l’intérieur de l’époque, Rachid Nourgaliev.

Anzor Goubachev, lui aussi arrêté samedi 7 mars en Ingouchie, a également été inculpé du meurtre de Boris Nemtsov. Toutefois, cet employé d’une société moscovite de sécurité nie toute implication dans l’affaire, rapporte l’agence russe Spoutnik. Les trois autres suspects, Chaguid Goubachev – le jeune frère d’Anzor Goubachev, arrêté en Ingouchie –, Ramzat Bakhaïev et Tamerlan Eskerkhanov, interpelés dans la région de Moscou, nient aussi.

« Je n’ai pas commis ce crime. J’ai des problèmes de santé – des ulcères et des hémorroïdes », a ainsi déclaré le plus jeune des Goubachev, clamant son innocence au cours de l’audience de dimanche.

Ramzat Bakhaïev, pour sa part, a expliqué avoir « appris le meurtre de Boris Nemtsov par les médias » alors qu’il était chez lui. L’homme, père de six enfants, a demandé au tribunal de ne pas être placé en détention préventive.

Tamerlan Eskerkhanov, enfin, affirme disposer d’un alibi solide en mesure de prouver son innocence. « Au moment du meurtre, je me trouvais sur mon lieu de travail, comme tous les jours. Beaucoup de gens et mes collègues peuvent le confirmer », a-t-il déclaré, cité par RIA Novosti.

« Les suspects nient leur implication dans ce crime, mais les enquêteurs ont des preuves de leur participation », a déclaré un représentant du tribunal, cité par les agences de presse russes. Le tribunal a ainsi justifié la décision de détention préventive en évoquant le risque qu’une fois relâchés, « les suspects ne prennent la fuite ou ne fassent obstruction au travail de la justice d’une façon ou d’une autre ».

Une source policière, citée par l’agence de presse Interfax, a indiqué qu’un sixième suspect, Beslan Chavanov, avait été tué dans l’explosion d’une grenade. L’homme se serait donné volontairement la mort lorsque son domicile a été encerclé par les forces de l’ordre à Grozny.

Lundi 9 mars, deux autres personnes ont été arrêtées, dans le cadre de l’enquête, au cours d’une opération des forces spéciales tchétchènes dans la région de Shelkovskoy, au nord de la république, rapporte l’agence d’information russe Rosbalt, citant une source au sein de la police tchétchène. « Ces gens ont attiré notre attention suite à leurs récents contacts avec Dadaïev et Chavanov » a précisé la source.

Zaour Dadaïev qui aurait avoué son implication dans l'assassinat de l'opposant. Crédits: Philipp Kireev
Zaour Dadaïev aurait déjà avoué son implication dans l’assassinat de l’opposant. Crédits: Philipp Kireev

Concernant les motifs du crime, le dirigeant tchètchène Ramzan Kadyrov, qui connaissait personnellement Zaour Dadaïev, a évoqué la piste de l’islam radical, reliant l’assassinat de Nemtsov au soutien que celui-ci avait exprimé à Charlie Hebdo. « Quiconque connaît Zaour sait que c’est un homme profondément religieux, qui avait été, comme tous les musulmans, choqué par les caricatures de Charlie Hebdo », a écrit M. Kadyrov le 8 mars sur son compte Instagram. Le président tchétchène a qualifié l’ancien policier d’ « authentique patriote russe », ajoutant qu’il était « l’un des soldats les plus courageux et méritants de son régiment ».

Ilya Yashin, membre du parti d’opposition libéral RPR-PARNASS dont faisait également partie Nemtsov, a répondu ne pas croire à la piste islamiste. « Nemtsov n’a jamais rien dit de déplaisant à propos de l’islam. Il était très tolérant en matière de religion. Evidemment, il a critiqué les terroristes qui ont tiré sur la rédaction de Charlie Hebdo à Paris. Mais beaucoup de figures publiques les ont critiqués de façon bien plus virulente. Non – la version selon laquelle Nemtsov aurait été tué parce qu’il a irrité les islamistes radicaux en Russie ne tient pas » a-t-il écrit lundi 9 mars, sur sa page Facebook.

Ces arrestations et inculpations interviennent un peu plus d’une semaine après l’assassinat par balles de l’opposant Boris Nemtsov, sur le pont de la Moskova, près du Kremlin, dans la soirée du 27 février. Le président russe Vladimir Poutine, qui a qualifié le crime de « provocation », avait immédiatement assuré que tout serait fait pour que les commanditaires et les exécutants soient retrouvés et punis.

Ce qu’a déclaré Boris Nemtsov au lendemain des attentats à Charlie Hebdo

Inquisition islamique

De tout temps, on a assassiné au nom de la foi. Les Romains ont crucifié le Christ et persécuté les chrétiens ; au Moyen-âge, des milliers de gens étaient brûlés vifs sur les bûchers de l’Inquisition. On persécutait les savants (Galilée), les prêtres (Giordano Bruno), les écrivains et les poètes.

L’Inquisition a sévi en France, en Espagne, en Italie, au Portugal et en Allemagne sur l’étendue de plusieurs siècles, du 12ème jusqu’au début du 19ème. Elle a connu son apogée aux 16ème et 17ème siècles. Elle s’est achevée avec la victoire de la Révolution française et la formation d’États européens laïcs.

L’islam est une religion jeune. Elle est apparue au 7ème siècle – c’est-à-dire que l’islam a environ 600 ans de moins que le christianisme. Et si les chrétiens vivent au 21ème siècle, les musulmans, eux, vivent leurs 14ème /15ème siècles. Notez bien : les 14ème et 15ème siècles furent précisément ceux de l’Inquisition, des procès contre les hérétiques et des brûlés vifs sur les bûchers.

Nous sommes aujourd’hui les témoins d’une inquisition islamique médiévale. Les siècles passeront, et le terrorisme deviendra un phénomène du passé. Mais dans le même temps, il n’est pas question de rester assis et de ne rien faire.

L’histoire de l’inquisition nous apprend beaucoup. Premièrement, pour mettre fin à la terreur religieuse, il est indispensable de lutter pour un État laïque, c’est-à-dire pour la séparation de la mosquée et du pouvoir. Deuxièmement, la position des muftis est d’une extrême importance. S’ils condamnent la terreur et l’assassinat, s’ils excluent de l’islam les meurtriers, cela peut fortement contribuer à vaincre le terrorisme.

Troisièmement, aucune justification de la terreur n’est admissible. Ceux qui écrivent, ici, que les caricaturistes sont les premiers responsables de leur malheur parce qu’ils ont raillé le prophète Mahomet justifient le terrorisme. L’assassinat est un péché grave, et ce aussi selon le Coran ; alors qu’aucune satire, même railleuse, n’est un péché. Et les comparaisons entre un caricaturiste et un assassin fanatique ne sont que provocations faites aux terroristes. Il n’y a absolument rien de comparable entre des assassins et des journalistes.

Une chose est claire. L’islam, en tant que religion jeune, vit son Moyen-Âge – et un long combat nous attend pour vaincre l’inquisition islamique. Nous n’arriverons à rien rapidement.

Le 9 janvier
Source : b-nemtsov