Olga Vassilieva : « Enseignant, tout comme médecin ou prêtre, c’est un office, une vocation »

Cette question : « Comment protéger nos enfants des enfants aux capacités physiques ou mentales limitées ? », nous ne pouvons même pas nous la poser.


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Depuis son entrée en fonctions le 19 août dernier, Olga Vassilieva ne cesse d’étonner. La nouvelle ministre a déjà proposé de remettre l’astronomie au programme et de faire participer les jeunes au nettoyage de leurs salles de classe. Elle clame haut et fort que la priorité doit être accordée à l’enseignant, et que le rôle de celui-ci n’est pas seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de former des personnalités qui « ne seront pas indifférentes » aux notions d’amour et de bonté et sauront respecter et prendre soin des aînés. Le Courrier de Russie a dressé un inventaire des nouveautés qu’elle compte introduire à l’école dans un avenir proche.

Olga Vassilieva
Olga Vassilieva à Moscou le 22 septembre 2016. Crédits : Ekaterina Chtoukina/TASS

1. Les élèves réétudieront l’astronomie

L’astronomie en tant que matière scolaire fera de nouveau partie des programmes en 2017. « Autrefois, on avait une heure d’astronomie par semaine à l’école. Cette heure doit revenir, ça ne fait aucun doute », a déclaré Olga Vassilieva le 21 septembre. L’astronomie avait été supprimée des programmes scolaires en 1991. Jusqu’alors, elle était étudiée en classe terminale (11e classe).

2. Les élèves auront une liste de livres à lire

Les collégiens et lycéens auront une liste d’ouvrages de littérature russe classique à lire obligatoirement. « La grande littérature russe donne des leçons de cette morale dont nous parlons tous constamment, vous et moi : des leçons de charité, de bonté, de responsabilité, d’amour pour son prochain. Nous devons revenir à la liste de lectures obligatoires à l’école », a déclaré Olga Vassilieva le 26 septembre, lors du Forum panrusse des enseignants de langue et de littérature russes.

3. Les jeunes participeront au ménage de l’école

Les collégiens et lycéens aideront à faire le ménage dans leurs salles de classe, a déclaré la ministre le 26 septembre, appelant à « revenir aux brigades agricoles, que nous possédions dans les écoles rurales » et à « la culture du potager, que nous avons toujours pratiquée partout ». De l’avis de la ministre, il faut aussi revenir à la pratique de « participation des élèves au ménage des locaux scolaires, qui ne met aucunement en péril leur vie ni leur santé ». Pour la ministre, ces mesures contribueront à restaurer « la responsabilité de chaque jeune vis-à-vis d’un lieu où ils passent onze années de leur vie », mais aussi à former non « de petits consommateurs » mais des créateurs, des bâtisseurs.

4. La partie créative de l’examen d’État unifié (EGE) sera élargie, le QCM, réduit

Olga Vassilieva a qualifié l’EGE de « grand atout social » [L’EGE, ou examen d’État unifié, équivalent du baccalauréat français, a été introduit dans le système éducatif russe en 2001. Jusqu’alors, les lycéens passaient des examens de sortie du secondaire et d’entrée dans le supérieur, ndlr.] Grâce à cet examen, « les jeunes peuvent intégrer de très bons établissements d’enseignement supérieur s’ils font beaucoup d’efforts à l’école, et ce peu importe où ils vivent », a-t-elle expliqué dans une interview à l’agence TASS le 13 septembre. Si la ministre a promis de maintenir l’EGE, elle a toutefois reconnu la nécessité de l’améliorer. « Nous allons réduire les éléments de QCM là où c’est possible, et élargir les parties créatives », a-t-elle précisé. La ministre a également souligné que l’EGE avait été introduit dans le système éducatif russe dans des délais record. « Nous sommes un pays étonnant, parce que nous procédons à des tâches d’importance cruciale en un laps de temps historique très court. Dans de nombreux pays européens, ces examens unifiés ont mis très longtemps à être approuvés et mis en œuvre, mais nous, nous avons réformé en profondeur notre système en seulement dix ans », a-t-elle insisté.

Jeunes étudiants
Jeunes élèves russes en classe. Crédits : flickr.ru

5. Il sera interdit de qualifier de « service » le travail des enseignants

« Le travail des enseignants n’est pas un service, et il faut que tout le monde le comprenne, a martelé Olga Vassilieva le 27 septembre, prenant la parole lors du Séminaire national des syndicats enseignants, ajoutant : Je vous interdirai d’ailleurs d’employer ce terme même de service. » La ministre a insisté sur le fait que les relations entre l’école et les parents ne devaient pas être définies par le principe de la « fourniture de services » mais par un règlement, qui est encore à établir. « Ce règlement devra énoncer précisément ce que les parents et la famille peuvent exiger de l’école, et ce que l’école peut exiger de la famille », a expliqué la ministre. Plus tôt, Olga Vassilieva avait déclaré : « Enseignant, c’est un office, une vocation ». « L’enseignant ne fournit pas un service, il éduque et instruit la génération nationale à venir – aujourd’hui, des bambins, demain, le peuple. Enseignant, comme prêtre ou médecin, ce ne sont pas des spécialités mais des offices. Des vocations auxquelles l’être se donne totalement et entièrement », avait souligné la ministre lors d’une rencontre, le 28 août, avec le patriarche Kirill de Moscou et de toute la Russie. L’idée que l’enseignant « fournit un service » est apparue en Russie dans les années 1990, avec la vague de réformes libérales de l’enseignement.

6. La charge bureaucratique des enseignants sera allégée

Les pédagogues seront affranchis de la charge bureaucratique superflue que représente le remplissage de multiples papiers et rapports administratifs, a affirmé Olga Vassilieva lors du Congrès panrusse des enseignants des écoles rurales. « Il ne restera que trois documents à remplir obligatoirement : le programme, le journal électronique et la page quotidienne, qui fait partie du journal. C’est tout. Personne ne pourra vous obliger à remplir quoi que ce soit d’autre », a déclaré la ministre aux enseignants rassemblés. Le 27 septembre, à l’occasion du Séminaire national des syndicats enseignants, elle a demandé aux directeurs d’école de réduire au maximum la quantité de documents que les enseignants doivent remplir. « Je demande instamment de ne pas surcharger les enseignants de travail supplémentaire, un travail qui est parfaitement clair et compréhensible sans remplir tous ces papiers en plus… J’exigerai de façon très stricte que ces recommandations soient suivies », a insisté la ministre. Plus tôt, Mme Vassilieva avait déclaré que les enseignants devaient « se consacrer avant tout à leur art – difficile et exigeant beaucoup d’efforts ».

7. Les enfants handicapés étudieront dans les mêmes écoles que les autres enfants

Les enfants handicapés doivent étudier dans les écoles ordinaires, et il relève de la mission des enseignants d’expliquer aux parents qu’ils ne doivent pas craindre que leurs enfants étudient conjointement avec des enfants aux capacités limitées : c’est l’opinion qu’a exprimée Olga Vassilieva lors du Congrès panrusse des enseignants des écoles rurales, réuni le 13 septembre.

« Nous ne devons pas oublier que ces enfants sont des citoyens de notre pays et des êtres humains tout autant que vous et moi. Cette question : Comment protéger nos enfants des enfants aux capacités physiques ou mentales limitées ?, nous ne pouvons même pas nous la poser », a répondu Olga Vassilieva à un interlocuteur dans la salle. Selon la ministre, « il faut mener un immense travail avec les parents, leur dire que la charité et la bonté ne sont pas des mots vides ». Olga Vassilieva avait déjà évoqué, lors de l’Assemblée nationale des parents, le 30 août, le caractère inadmissible de ces craintes liées à l’intégration des enfants aux capacités physiques limitées dans les écoles publiques ordinaires. « Dans le cadre de mon poste précédent au sein de la Commission spécialisée pour les personnes handicapées, j’ai été confrontée à une chose qui ne devrait pas exister – quand une mère vous dit : je ne veux pas que mon enfant étudie dans un établissement où il y a des enfants aux capacités limitées. Si nous acceptons cela, nous aurons beaucoup de mal à aller de l’avant », s’était alors indignée la ministre de l’éducation.

8. Les étudiants étrangers devront passer un examen de russe

« Nous ferons passer un examen de russe langue étrangère aux élèves des cours préparatoires à nos universités et grandes écoles », a annoncé Olga Vassilieva dans son interview à TASS du 13 septembre. « Nous sommes aujourd’hui l’un des rares pays à offrir aux étudiants étrangers voulant intégrer nos universités et grandes écoles des cours préparatoires en langue russe, au sein de facultés spécialement dédiées », a ajouté la ministre. À l’issue de ces cursus préparatoires, les étudiants étrangers passeront désormais un examen de langue russe. « Maîtriser la langue russe au niveau requis leur garantira, par la suite, de profiter pleinement de l’enseignement supérieur qui leur sera transmis, au même titre que leurs condisciples russes », a-t-elle poursuivi, précisant que des épreuves d’évaluation et de contrôle ainsi que des critères de notation unifiés seraient élaborés pour cet examen.

                                                    Qui est Olga Vassilieva ?
Au sein de l’administration présidentielle, Olga Vassilieva, 56 ans, occupait depuis 2013 le poste d’adjointe au directeur du bureau des projets sociaux. Elle a travaillé notamment sous la direction de Pavel Zenkovitch et Viatcheslav Volodine. Diplômée de l’Institut de la culture, Olga Vassilieva a enseigné la musique dans une école moscovite de 1979 à 1982, avant d’intégrer la faculté d’histoire de l’université Cholokhov, dont elle est sortie diplômée en 1987. Dans les années 1990, elle a fait des recherches sur l’histoire de l’Église au sein de l’Institut d’histoire russe de l’Académie russe des sciences. En 1999, elle a soutenu sa thèse de doctorat sur le thème « La place de l’Église orthodoxe russe dans la politique de l’État soviétique de 1943 à 1948 ». Elle dirige, depuis 2002, le département des relations entre l’État et les confessions religieuses de l’Académie présidentielle d’économie nationale. Depuis 2003, elle enseigne également l’histoire de l’Église au séminaire Stretenski, à Moscou, dirigé par l’archimandrite Tikhon Chevkounov, un proche de Vladimir Poutine. Dans une interview au journal du séminaire datant de 2009, elle précisait avoir rencontré le père Tikhon en 2001, en Hongrie, lors d’une conférence sur l’histoire de l’Église. « Cette rencontre a été très importante pour moi, précisait-elle. J’ai trouvé chez le père Tikhon de nombreux traits que j’avais toujours recherchés chez les prêtres russes. » Dans ce même entretien, l’actuelle ministre russe de l’éducation confiait venir d’une famille de croyants et avoir été baptisée en 1960, « à une époque où toute information sur un quelconque rite religieux parvenait directement aux oreilles des organes du Parti ».