Une éminence grise du Kremlin à la tête de la Douma et autres remaniements post-électoraux

« Volodine est un homme rationnel et de système, un homme de négociation et de compromis. »


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Le président Vladimir Poutine a désigné Sergueï Narychkine à la direction du Service du renseignement extérieur. Narychkine, jusque-là président de la Douma, sera remplacé par Viatcheslav Volodine, premier adjoint du chef de l’Administration présidentielle. Sa candidature a été proposée vendredi 23 septembre au Parlement par Vladimir Poutine. L’actuel directeur du Service du renseignement extérieur, Mikhaïl Fradkov, prend quant à lui la tête du conseil d’administration des Chemins de fer russes (RJD).

Viatcheslav Volodine
Viatcheslav Volodine. Crédits : Mikhail Metzel/TASS

Selon le quotidien RBC, Sergueï Narychkine ne voulait pas quitter la Douma et s’est battu pour garder son poste.

Lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine le 22 septembre, Narychkine a déclaré accepter « en tant que mission confiée par le chef de l’État, par le commandant en chef suprême » la proposition de ce dernier de diriger le Service du renseignement extérieur. « Je comprends parfaitement le caractère non public du travail du Service du renseignement extérieur, surtout comparé à celui de la Douma. Mais je comprends aussi que l’ampleur de la tâche, autant que la contribution du travail du service à la protection des intérêts stratégiques de l’État, sont tout simplement gigantesques », a souligné M. Narychkine.

Parmi tous les hauts fonctionnaires, Sergueï Narychkine était un des candidats les plus pertinents pour la direction du Service du renseignement extérieur, indique une source de RBC proche du Kremlin. Narychkine est issu de l’espionnage : il a fait ses classes à l’École de gestion n°101 du KGB avec Vladimir Poutine, avant de travailler en Belgique.

Quant à Viatcheslav Volodine, il était logique de le transférer à un autre poste : continuer à travailler au Kremlin aurait été pour lui inconfortable, poursuit la source de RBC. En août, la direction de l’Administration présidentielle a en effet été confiée à Anton Vaino, auparavant adjoint de Volodine, lorsque celui-ci était à la tête de l’appareil du gouvernement. Il est clair qu’aucun des deux hommes n’aurait été à l’aise s’ils avaient simplement échangé leurs places, Volodine se retrouvant à travailler sous les ordres de Vaino, explique l’interlocuteur de RBC.

Selon une autre source de RBC proche du Kremlin, Volodine est attiré par la politique publique. Quitter l’administration présidentielle, qui ne suppose pas d’activité publique, pour la Douma, lui conviendrait parfaitement. En tant que haut fonctionnaire du Kremlin, Volodine était en relation régulière avec les experts et les représentants des partis et tenait des briefings fermés pour les journalistes – il pourrait désormais poursuivre toutes ces activités publiquement, souligne l’interlocuteur de RBC. D’autre part, estime une troisième source de RBC proche du Kremlin, une Douma présidée par Volodine pourrait jouer un rôle politique plus évident. Le Conseil de sécurité a vu ces derniers temps son rôle croître dans la prise de décisions – et il serait logique de contrebalancer ce pouvoir grandissant avec celui de la Douma, poursuit l’interlocuteur du quotidien.

Vladimir Poutine et Viatcheslav Volodine
Vladimir Poutine, Viatcheslav Volodine (à droite) et Anton Vaino (à gauche) lors d’une rencontre, le 13 septembre 2016, avec la présidente de la Commission électorale centrale, Ella Pamfilova. Crédits : kremlin.ru.

Une présidence de Volodine serait une bonne chose pour la Douma, étant donné que ce dernier renforcera la position de l’institution en consolidant la sienne propre, a analysé, pour RBC, la politologue Ekaterina Schulman. D’autant que pour Sergueï Narychkine, ajoute le politologue Abbas Gallyamov, le Service du renseignement extérieur est un milieu plus naturel que la politique publique : « Il est plus un gestionnaire que le visage du Parlement », pense l’expert.

Sous Volodine, la Douma cesserait en outre d’être une « imprimante détraquée » [surnom donné par l’opposition à la Douma fédérale depuis 2010 et l’adoption, les unes après les autres et très rapidement, de lois surprenantes, majoritairement répressives, ndt], suppose, de son côté, le politologue Igor Bounine. « Volodine est un homme rationnel et de système, un homme de négociation et de compromis. Donc on aura beaucoup moins de ces lois inattendues et folles, qui font tellement de bruit », conclut Bounine.

Mikhaïl Fradkov, quant à lui, va remplacer à la tête du conseil d’administration des Chemins de fer russes le vice-Premier ministre Arkadi Dvorkovitch. Fradkov n’a aucun lien direct avec le chemin de fer, et dans la branche, on se figure encore difficilement son potentiel à ce poste. Pourtant, on estime la largeur de son horizon professionnel et l’envergure globale du personnage, en espérant qu’il devienne un « nouveau pôle de force » au sein de la RJD, écrit Kommersant.