Qui peut être derrière l’assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie ?

Andreï Karlov a été assassiné par un policier turc, qui a affirmé agir pour venger le drame de la ville d’Alep


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L’ambassadeur russe en Turquie, Andreï Karlov, a été abattu dans le dos alors qu’il prononçait un discours lundi 19 décembre dans une galerie d’art d’Ankara. Maxime Ioussine, journaliste politique de Kommersant, réfléchit aux motifs de ce meurtre.

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Le tireur est Mevlüt Mert Altintas, un policier de 22 ans. Une perquisition a été menée à son domicile. Ses parents et sa soeur ont été arrêtés. Crédits : capture

L’attentat qui a coûté la vie à l’ambassadeur russe Andreï Karlov peut viser un double objectif. D’une part, cet acte d’une arrogance aussi démonstrative peut servir à punir Moscou pour son intervention dans le conflit syrien aux côtés de Bachar el-Assad, que les sunnites radicaux considèrent comme leur pire ennemi.

Cette lecture permet d’expliquer aisément pourquoi le terroriste a crié Allahu akbar ! : cet attentat s’inscrivait, pour ses organisateurs, dans une guerre religieuse – le djihad international.

D’autre part, le fait que cet attentat ait été perpétré en Turquie tient peu probablement du hasard. Le rapprochement d’Ankara et de Moscou a été un facteur décisif pour les changements survenus dans le cours de la guerre syrienne ces derniers mois. Ce sont précisément les accords entre les présidents russe et turc (pas toujours affichés) qui ont déterminé le destin de la ville d’Alep, où l’opposition a subi son plus sérieux échec en quatre ans de conflit.

Et cela n’est manifestement pas du goût des sunnites radicaux de Syrie ni des autres pays du Golfe persique (ni, ce n’est pas exclu, de Turquie). On ne peut donc pas exclure que cet attentat démonstratif contre l’ambassadeur de Russie vise à saborder la normalisation des relations russo-turques en général, et, en particulier, la visite du ministre turc des affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu à Moscou, où il doit rencontrer mardi 20 décembre ses homologues russe et iranien, Sergueï Lavrov et Mohammad Djavad Zarif, pour débattre du destin de la Syrie.