Diriger son entreprise depuis la plage ? Mode d’emploi !

Travailler à distance est la nouvelle tendance sur le marché du travail. Diriger une entreprise depuis une plage ou le club house d’un golf est désormais chose possible.


0
 

Travailler à distance est la nouvelle tendance sur le marché du travail. D’abord réservée aux employés, elle s’observe également, depuis peu, parmi les patrons. Diriger une entreprise depuis une plage ou le club house d’un golf est désormais chose possible.

« Mon domicile : boeing Aeroflot, siège 1D », plaisante Vladimir Sabline, directeur du groupe Sava. Impossible de le surprendre dans son bureau et, lorsqu’il répond à un appel, son interlocuteur n’a pas la moindre idée d’où l’entrepreneur peut se trouver. Le groupe Sava opère en Sibérie orientale, à Kiev, à Moscou ou encore en Chine et au Mexique. En moins de deux ans, Vladimir Sabline s’est déplacé dans plus de vingt pays. Et, contre toute attente, son absence au bureau n’est pas un facteur négatif pour l’entreprise, loin de là – le chiffre d’affaires de la société a progressé de plus de 30% en un an, avoisinant aujourd’hui les deux milliards de roubles (environ 50 millions d’euros).

De la haine à l’amour

L’entreprise, qui existe depuis 19 ans, est spécialisée dans la vente en gros et au détail de pièces de moteur et de matériel agricole ainsi que dans la production de constructions modulaires pour les exploitants de gaz et de pétrole. Dans la seule région d’Irkoutsk, la compagnie possède dix magasins.

Il y a deux ans, l’entrepreneur a créé la marque SWATT, sous laquelle il vend des mini-tracteurs destinés aux exploitations personnelles sur le marché chinois. « Je suis favorable à la renaissance des koulaks  1 », aime à répéter Vladimir Sabline. Le prix d’un tracteur oscille entre 150 et 200 000 roubles (3 750 et 5 000 euros) et près de 1 000 véhicules ont déjà été vendus. La marque propose également sur catalogue des groupes électrogènes, des souffleuses à neige et de nombreux autres articles.

Durant les premières années d’existence de son entreprise, Vladimir Sabline passait le plus clair de son temps au bureau et même ses managers très efficaces ne pouvaient le détourner de cette obligation. Mais tout a changé quand l’entrepreneur, lors d’une formation à l’Institut moscovite de business et de gestion administrative, a rencontré le professeur Vladimir Moryjenkov. Ce dernier a initié Vladimir Sabline à Green Line, un logiciel permettant de gérer son entreprise à distance.

À l’époque, le professeur Moryjenkov avait élaboré ce logiciel afin de contrôler les travaux des étudiants. Ces derniers devaient se créer une position dans une entreprise virtuelle et effectuer toute sorte d’activités pour en accélérer le développement. Pour rendre compte de leur travail, les étudiants devaient rédiger des rapports hebdomadaires et les insérer dans le système Green Line.

La deuxième étape du projet a consisté à adapter la technique au fonctionnement des entreprises dont Moryjenkov était co-propriétaire. Green Line a démontré son efficacité : aujourd’hui, Moryjenkov vient au bureau trois fois par mois et se consacre à l’élaboration de la stratégie de développement de ses entreprises plutôt qu’à la gestion des tâches quotidiennes. « Au départ, vos employés vous détesteront, assure le professeur. C’est pourquoi le succès du projet dépend de la persévérance du patron et de la masse critique des employés impliqués. » Décidé à suivre l’exemple de son professeur, Sabline a introduit le système Green Line au sein de sa propre entreprise en septembre 2010.

Période d’essai de longue durée

Sur l’écran d’une tablette numérique, plusieurs rectangles de différentes couleurs. « La couleur verte, c’est un rapport non lu, indique Sabline. En bleu, ce sont les rapports qui ont été vérifiés et approuvés par un manager. En rouge, ce sont les travaux à refaire. Trois marques rouges peuvent constituer un motif de licenciement. »

La compagnie Sava compte près de 500 employés, parmi lesquels 150 – managers et responsables des ventes – doivent rédiger de courts rapports hebdomadaires sur l’avancement de leur travail et leur agenda de la semaine. Le directeur n’étant évidemment pas en mesure de vérifier l’ensemble des rapports, les managers contrôlent ceux de leurs subordonnés et le patron, ceux de ses managers. Autre spécificité, le directeur peut décider de vérifier au hasard dix rapports d’employés sans en informer leurs supérieurs directs. « Les managers n’apprécient guère que le directeur puisse vérifier le travail de leurs soldats », explique Moryjenkov. En revanche, quand un employé demande une augmentation, le patron n’a qu’à contrôler les rapports pour juger dans quelle mesure la demande est justifiée.

Les employés ne sont-ils pas tentés de gonfler les chiffres dans leurs rendus, d’autant que les bonus dépendent des résultats ? Selon les concepteurs du logiciel, toute irrégularité est détectable. Moryjenkov se souvient d’une anecdote lorsque son programme était encore à l’essai. Il avait proposé à son ami, le maire de Serpoukhov, petite ville dans la région de Moscou, de tester Green Line au sein de son administration. Les fonctionnaires, fous de joie, on s’en doute, à l’idée d’utiliser ce système, ont tenté de le saboter. L’un d’eux avait notamment assuré avoir offert un appartement à un vétéran. Agréablement surpris, le maire a téléphoné au retraité pour le féliciter. Seulement, le vieil homme n’avait aucune idée de ce dont on lui parlait !

La créativité des employés est également sollicitée afin de participer au développement de l’entreprise. Chaque semaine, les collaborateurs doivent proposer des idées pour améliorer leurs résultats personnels et ceux de leurs collègues. « Si un employé n’est pas en mesure de trouver des idées de lui-même, rien ne l’empêche de s’informer sur internet ou d’ouvrir des livres. Le principal, c’est qu’il propose des choses », souligne le chercheur. L’absence de proposition est un autre motif de licenciement.

A Bratsk, par exemple, les collaborateurs ont proposé d’ouvrir un club d’amateurs de quad. Une fois présentées, les propositions sont d’abord notées dans un rapport de synthèse. Ce n’est qu’après tri et validation par des experts qu’elles peuvent être inscrites au calendrier des initiatives stratégiques. L’auteur d’une idée validée se voit offrir une prime de plusieurs milliers de roubles ainsi qu’un bonus de 10% de l’effet économique de l’innovation.

Plus le temps passe et plus Vladimir Sabline constate l’augmentation de la prise de risque quant aux propositions exigeant un certain investissement financier. Mieux, même les travailleurs qui n’y sont pas contraints ont commencé à faire part de leurs idées. Le personnel des entrepôts a notamment demandé l’accès à Green Line pour pouvoir informer la direction de ses propositions.
Résultat, les collaborateurs de Sava sont impliqués dans leur entreprise et Vladimir Sabline vit mieux avec son affaire. Il n’est plus coincé dans son bureau et dispose de plus de temps pour tracer des perspectives d’avenir et chercher de nouvelles niches – le tout en parcourant le globe.

1 Moujiks aisés d’avant la Révolution

Laisser un commentaire