Les énergies alternatives en Russie : où souffle le vent ?

Près d’un quart de toute l’énergie nécessaire à la Russie peut être obtenu à partie de sources renouvelables.


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Depuis dix ans, les énergies alternatives sont sur le devant de la scène en Europe, alors qu’elles sont loin d’être au cœur des préoccupations de la Russie. Ainsi, la première usine russe de panneaux solaires n’y a été ouverte qu’en 2014. À quoi ce manque d’enthousiasme est-il dû et à quel point est-il pertinent de développer les énergies renouvelables en Russie ?

Les énergies alternatives en Russie : où souffl e le vent ?
Parc éolien. Crédits : Tony Alter, flickr.com

Un secteur sous-estimé

Une énergie alternative est une énergie obtenue à partir de sources non traditionnelles telles que le biocarburant, le vent, le soleil et les marées. Ces sources d’énergie sont également qualifiées de « renouvelables » étant donné qu’elles sont inépuisables à l’échelle de temps humaine. En outre, leur utilisation n’aurait qu’un faible impact négatif sur l’environnement.

En Europe, cela fait déjà 20 ans qu’on recourt activement aux énergies renouvelables (EnR). En Russie pourtant, celles-ci restent impopulaires. Aujourd’hui, les principales sources d’énergie en Russie sont les centrales thermiques et nucléaires ainsi que les grandes centrales hydroélectriques. Selon Greenpeace Russie, un maximum de 3,2 % de toute l’énergie produite dans le pays provient des EnR, notamment des centrales thermiques fonctionnant à la biomasse et des centrales hydroélectriques.

Néanmoins, il y a quelques années, le gouvernement russe a décidé d’accroître l’utilisation des énergies alternatives dans le pays. Ainsi, selon un décret gouvernemental adopté en 2009, la part des EnR dans la balance totale et la consommation en électricité du pays doit augmenter jusqu’à 4,5 % à l’horizon 2020. À titre de comparaison, en vertu d’un plan confirmé par l’Union européenne en 2007, la part des EnR dans la consommation énergétique totale de l’UE doit représenter 20 % d’ici 2020.

« La lenteur avec laquelle se développe le secteur des EnR en Russie s’explique par la proportion traditionnellement élevée des hydrocarbures dans la structure de l’économie russe », explique Anton Oussatchev, directeur de l’Association russe des entreprises d’énergie solaire. « Cette situation est due au fait que la Russie est un pays très riche en ressources minérales », souligne Alex de Valukhoff, directeur général du bureau de représentation russe du fournisseur d’équipements énergétiques Agrekko.

Potentiel de développement

Greenpeace évalue le potentiel économique des EnR en Russie à 25 %. Cela signifie que près d’un quart de toute l’énergie nécessaire dans le pays peut être obtenu à partie de sources renouvelables. Selon Gueorgui Ermolenko, directeur du centre de développement des sources d’énergie renouvelables à l’Institut d’énergétique de l’École des hautes études en sciences économiques, la Russie dispose d’un potentiel de développement pour toutes les énergies alternatives, y compris les énergies éolienne et solaire.

En ce qui concerne la construction de parcs éoliens, les régions russes les plus prometteuses sont, d’après M. Ermolenko, le Nord-Caucase, Krasnodar, le nord de la Russie ainsi que l’Extrême-Orient. Contrairement à l’opinion reçue, les centrales solaires ne doivent quant à elles pas nécessairement être construites dans les régions du sud. Selon Anton Oussatchev, il est plus avantageux d’ériger ces centrales dans les régions au niveau d’ensoleillement le plus élevé. En plus du Nord-Caucase et du Kouban, M. Oussatchev cite également ici le sud de la Sibérie et l’Extrême-Orient.

En outre, il existe désormais des technologies permettant de transformer efficacement l’énergie solaire en électricité dans des conditions de lumière diffuse. « Celles-ci s’appliquent tout à fait aux régions situées au nord du pays », insiste M. Oussatchev.

Le champ d’application des EnR est extrêmement large. À en croire les experts, celles-ci peuvent être utilisées aussi bien pour le chauffage des habitations que dans l’industrie lourde.

Selon M. Ermolenko, il est plus judicieux de développer les énergies alternatives dans les régions déficitaires en énergie, qui doivent se faire livrer du combustible et des ressources minérales – par exemple, au sud ou à l’extrême nord de la Russie. « Développer les énergies alternatives dans ces régions entraînera non seulement des économies sur la livraison de combustible mais améliorera également la situation environnementale dans son ensemble », estime-t-il.

La centrale solaire de Kosh-Agatch, la première de Russie, ouverte à la république de l’Altaï par l'entreprise Hevel. Crédits : hsto.org
La centrale solaire de Kosh-Agatch, la première de Russie, ouverte dans la république de l’Altaï par l’entreprise Hevel. Crédits : Wikipedia

Bien que la Russie continue à miser sur les sources d’énergie traditionnelles, les premiers pas vers le développement des énergies alternatives ont déjà été faits. Ainsi, en septembre 2014, dans la république de l’Altaï, Hevel, coentreprise de Renova et Rosnano, a ouvert la centrale solaire de Kosh-Agatch – la première de Russie – d’une puissance de 5 MW. Fin octobre 2015, l’entreprise a également lancé au Bachkortostan le premier site de la centrale solaire de Bouribaï, dont la puissance s’élève à 10 MW.

Selon Oleg Choutkine, directeur général adjoint de Hevel, des entreprises étrangères ont également participé à la construction de ces centrales. Il s’agit d’ABB et de Schneider Electric, qui, conformément aux exigences de l’État sur la localisation, ont produit en Russie des composants pour les centrales solaires.

« Les projets de l’entreprise Hevel pour les trois années à venir représentent plus de 250 MW et pourraient atteindre les 500 MW. Des centrales solaires seront construites dans les régions d’Orenbourg, d’Omsk et de Saratov, dans le kraï de Transbaïkalie, dans la république de l’Altaï et au Bachkortostan », explique Oleg Choutkine.

Mesures d’encouragement

Pour encourager la diffusion des énergies alternatives à travers le pays, le gouvernement russe a adopté, en mai 2013, un décret prévoyant le soutien financier du développement des EnR. En vertu de celui-ci, une fois par an, le gouvernement sélectionne des parcs éoliens, des centrales solaires ainsi que de petites centrales hydroélectriques pour des contrats de livraison d’énergie. Ces contrats garantissent un retour sur investissement pendant 15 ans grâce à des factures plus élevées pour les clients.

En janvier 2015, le gouvernement a également adopté un décret « sur l’encouragement à l’utilisation des sources d’énergie renouvelables sur les marchés de détail de l’électricité ». En vertu du document, les chaînes et les sociétés offrant des services de transmission d’électricité ont l’obligation de se la procurer sur le marché de détail des EnR. Par ailleurs, le volume d’électricité achetée ne doit pas dépasser 5 % des pertes prévisionnelles en électricité des sociétés.

Le prix de détail des EnR est fixé par les organes locaux de réglementation selon une méthode d’indexation de longue durée. Pour les centrales électriques mises en exploitation à partir de 2017, les tarifs seront déterminés en fonction du respect de l’exigence de localisation de l’équipement.

Selon Anton Oussatchev, les mesures existantes de soutien des EnR sont attractives pour les investisseurs. Par exemple, la norme de rendement des centrales solaires représente 12 à 14 %, « ce qui est sensiblement plus élevé que dans les autres pays », souligne-t-il.

Toutefois, malgré les mesures adoptées, l’État ne s’intéresse pas au développement des énergies alternatives et les médias russes n’en parlent pas encore suffisamment, constate Gueorgui Ermolenko. « Il faut populariser ce thème et expliquer en des termes compréhensibles pourquoi il est si important et essentiel pour notre pays », estime-t-il.

« Le potentiel de développement des EnR en Russie est limité du fait que les élites ne reconnaissent pas l’importance de ce secteur. Après tout, pourquoi prêter attention aux énergies alternatives quand le développement des énergies traditionnelles permet d’exporter encore plus de pétrole, de gaz et de charbon ? », interroge Alex de Valukhoff.