« La vie est donnée pour le plaisir »
L’auteur de l’extrait, issu de l’émigration blanche, raconte dans son roman – rédigé en 1941 – ses nuits de chauffeur de taxi à Paris pendant l’entre-deux-guerres.
L’auteur de l’extrait, issu de l’émigration blanche, raconte dans son roman – rédigé en 1941 – ses nuits de chauffeur de taxi à Paris pendant l’entre-deux-guerres.
A Sallanches, on quitte sa voiture. De ce bourg au prieuré de Chamonix, le trajet se fait dans des chars à bancs, attelés de mulets, et formés d’une seule banquette transversale où l’on est assis de côté sous une façon de petit dais en cuir, dont les quatre pans peuvent se baisser en cas d’orage.
Orlovski Racontez-nous quelque chose, Egor Petrovitch. Que se passe-t-il chez vous ? Voïnitski Rien du tout. Orlovski Quoi de neuf ? Voïnitski
La journée du Samedi saint déclinait. Brisée par l’indifférence des gens et des amis, par le vide de la maison et celui de mon coeur, je dis à Alia : - Alia, quand les gens sont aussi abandonnés que toi et moi, cela ne sert à rien d’aller quémander auprès de Dieu comme des mendiants. Il en a assez, des mendiants. Pas d’église aujourd’hui, pas de « Christ ressuscité ». Nous n’irons nulle part, nous. On se couche et on dort, comme des chiens.
J'étais à Paris tout le temps de l'affreux choléra de 1849. La maladie sévissait terriblement. Les chaleurs de juin l'aidaient, les pauvres gens tombaient comme des mouches; les bourgeois fuyaient Paris, les autres restaient enfermés.
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- Je vous prie de vous asseoir, dit-elle, et de m'écouter tranquillement. Je veux que vous me compreniez. Elle se laissa tomber sur le canapé, si près de moi que nos épaules se touchaient.
Je suis monté dans le premier trolley. Il est passé en chuintant devant mon immeuble. Les fenêtres de mon appartement étaient paisibles, il n’y avait personne devant, les vitres ne reflétaient aucun visage.
C’était Moscou, la gare de Riazan1, la plus neuve et la plus fraîche de toutes les gares de la capitale, celle où l’on trouvait les passagers les plus pittoresques.
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Des milliers de cafés et de restaurants. Chacun de ces lieux, même de l’extérieur, est décoré de homards et de bananes. Chaque jour, les multiples parfumeries sont prises d’assaut par des acheteuses de parfums distinguées. Autour des fontaines de la place de la Concorde valsent des automobiles innombrables (il paraît qu’il ne reste à Paris qu’un cheval – que l’on expose au zoo).
Et si je vivais aux États-Unis, quelque part dans le Sud ?.. Au milieu de leurs grandes femmes noires qui roulent en jeeps gigantesques. Quelque part où tout le monde sourit et où l’on peut marcher pieds nus. Je me vois bien marcher pieds nus. Et je vois bien un policier me saluer avec un air bienveillant. Pouvez-vous vous imaginer une telle scène en Russie ?
« Il n’est pas naïf au point d’imaginer que le poète russe l’aimait. Peut-être pensait-il qu’il l’aimait bien, et en effet, il l’aimait bien, ne le trouvait ni stupide ni odieux. Il n’avait rien, personnellement, contre lui. Mais il se tenait devant lui, comme le moujik qui, tout en servant le barine, attend son heure, et quand cette heure sera venue, entrera par la grande porte dans la belle demeure pleine d’objets d’art du barine, saccagera ses objets d’art, violera sa femme, jettera le barine à terre et le rouera de coups de pied en riant de triomphe.
«Au fait, où sommes nous ?… Kouskovo ! On grille Kouskovo ! Pour l’occasion il faudrait que je marque le coup… Mais je vais plutôt commencer par vous conter mon histoire Kouskovo – Novoguireievo et après seulement, j’irai boire.
«Pourquoi me poursuis-tu destin ?! Pourquoi ne suis-je pas né cent ans plus tôt ? Ou mieux encore : cent ans plus tard. Le mieux étant encore que je ne fusse pas né du tout. Aujourd’hui un type m’a dit : « Au moins vous aurez de quoi raconter à vos petis-enfants ! » Crétin ! Comme si mon unique rêve était, sur mes vieux jours, de narrer à mes petits-enfants je ne sais quelle ineptie sur la manière dont je me suis retrouvé en haut d’une palissade !