François Hollande (Moscou) : “La Russie a toujours regardé la France comme un allié en Europe”

Dans le cadre de sa première visite officielle en Russie, François Hollande a accordé une interview à la première radio d’opposition russe, Echo de Moscou, jeudi 28 février, à 9 heures. En voici les meilleurs extraits.

Photo : Elysée

Echo de Moscou : Ce sera votre deuxième rencontre avec Vladimir Poutine. Le président russe est-il un interlocuteur facile ou difficile ?

Francois Hollande : Vladimir Poutine est le président d’un grand pays. Un pays avec lequel la France veut entretenir des relations non seulement dans le domaine de l’entente entre nos deux peuples mais également sur les questions de sécurité au niveau international. Il est certain que Poutine a son caractère – mais nous devons faire notre possible pour que nos relations soient les meilleures possibles, et il me semble que ça se passe ainsi. Je compte lui demander de l’aide pour le retrait des troupes françaises d’Afghanistan et du matériel. Discuter autour du Mali et du soutien de la Russie. C’est une opération française réalisée avec une collaboration à l’échelle internationale. Nous avons de quoi discuter, malgré nos points de discorde nous essayons toujours de trouver des solutions communes.

EM: Il est dificile ?

F. H: Je pense juste que quand il dit quelque chose, il le fait. Il est franc.

EM: Vous restez sur vos positions selon lesquelles Bachar el Assad doit quitter le gouvernement en Syrie ?

F. H: Oui, c’est la position de mon pays – mais pas seulement. De nombreux pays soutiennent également cette idée. Face à lui se dresse une opposition syrienne qui s’affirme toujours plus et qui n’arrive pas à communiquer avec Assad. J’espère qu’on trouvera un terrain d’entente avec le président Poutine et qu’il pourra faire quelque chose pour que l’opposition syrienne puisse entamer des négociations avec Assad.

EM: Nous ne dirons pas qu’Assad doit partir ?

F. H: C’est la position de Poutine. Mais il faut que la situation change concernant l’opposition syrienne. Il faut entrer en dialogue avec elle. Nous ne resterons pas sur une position. Elle doit évoluer et nous devons nous mettre d’accord.

EM: Vous avez confiance en ce dossier et allez en discuter avec Poutine ?

F. H: Oui, c’est de notre devoir d’en discuter. Nous le pouvons, puisque nous sommes des présidents de grands pays, également membres du Conseil de sécurité de l’ONU.

EM: Vous n’êtes pas trop optimiste.

F. H: Je constate un certain progrès sur la question mais chacun de nos mouvements peut générer des dizaines de morts. Beaucoup dépend de la position de Poutine et de la nôtre également.  Nous devons entamer un dialogue politique et je pense que dans les prochaines semaines nous pourrons trouver une solution politique qui permettra de mettre fin à l’escalade du conflit en Syrie

EM: Vous savez que le président Obama a proposé à Vladimir Poutine de diminuer l’arsenal nucléaire. Ce à quoi Poutine a répondu que cela donnait matière à discussion et qu’il fallait également inclure la France et la Grande-Bretagne sur ce dossier. La France est-elle prête ?

F. H: Premièrement, la France est un pays indépendant, malgré nos accords et obligations internationales. Nous devons garantir la sécurité et l’intégrité de notre territoire. Nous ne voulons donc pas prendre part à de telles discussions. Nous prévoyons déjà, sur plusieurs années, de diminuer l’arsenal nucléaire.

EM: Allez-vous parler des droits de l’homme avec Poutine ? On m’a dit que ce thème était passé de mode et que désormais on ne parlait plus que de marché, finances et commerce.

F. H: Vous êtes en train de parler avec le président de la République française. Nous pensons qu’il est possible d’en parler partout et de le faire amicalement. Et nous en parlerons avec Vladimir Poutine sans faire aucune provocation. Dans notre relation, les questions de la démocratie et des droits de l’homme sont également importantes.

EM: Quelle est votre position sur la construction du centre culturel russe orthodoxe sur le quai Branly à Paris ?

F. H: Nous voulons que cela soit réalisé. Mais les documents qui nous ont été présentés ne sont pas conformes à la législation en France. Nous ne doutons pas de sa réalisation. Seulement aujourd’hui, elle n’est pas encore envisageable concrètement.

EM: Que pensez-vous de Gérard Depardieu ?

F. H: Je connais bien Gérard Depardieu. Vous savez, chacun a son rôle. Moi je suis président, Gérard Depardieu est un acteur, une personnalité très célèbre. Son style de vie ne correspond ni à celui d’un Français moyen ni aux règles du président de la France. Je suis certain que le président russe a fait un choix qui n’aura pas d’impact sur nos intérêts communs. Si Gérard a décidé de quitter le pays ; qu’il le quitte ! S’il aime la Russie et que la Russie l’aime, c’est parfait. Mais Gérard aime aussi la France. Et ce pays aime ce grand acteur.

EM: D’après les derniers sondages russes sur « Est-ce que la France est un ami ou un ennemi de la Russie », 13% disent que c’est un ami, 13% un ennemi. Il reste 74%. Que pensez-vous, comment considèrent-ils la France ?

F. H: Pour dire si on est ami ou ennemi il faut bien se connaître. La France doit apprendre à mieux connaître la Russie, même si elle a déjà beaucoup d’estime et apprécie ses qualités, son rôle historique, et suit de près son développement économique. Nous sommes très proches sur le plan historique et je ne pense pas que l’on puisse devenir des ennemis. Nous nous souvenons des pertes russes de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui la Russie est un pays qui se développe très vite. Une Russie qui a d’ailleurs toujours regardé la France comme un allié en Europe.  De Gaulle l’avait bien compris.

EM: On m’a dit que le symbole de notre amitié était le Mistral ?

F. H: Oui, oui, oui… Il y a depuis toujours des gens qui estiment que l’amitié entre deux pays se résume à l’armement. Mais c’est faux. Si les livraisons à ce niveau sont importantes, il y a bien d’autres aspects culturels.

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