France – Russie, ce n’est pas de la géopolitique. C’est une romance. Et ceux qui en parlent le mieux ce sont évidemment les gens normaux – pas les journalistes et les politiques. Le Courrier de Russie a donc choisi de donner la parole aux Russes qui aiment la France et aux Français qui aiment la Russie, tout simplement.
Ces Russes qui aiment la France

Paris
Je me souviendrai toujours de l’été 1966 et d’une journée passée, étudiant que j’étais, sous une pluie battante, parmi une foule de milliers de gens, sous le balcon du Conseil municipal de Moscou dans la rue qui s’appelle aujourd’hui de nouveau Tverskaïa. Nous écoutions l’intervention du président de Gaulle. Il l’a terminée en russe : « Vivent la Russie éternelle et la France éternelle ! »
Piotr Tcherkassov, chercheur, spécialiste des relations diplomatiques franco-russes
Je vais apprendre le français et j’ai mis ma fille dans une école française. J’aime la France. Beaucoup de Russes vivant en France ont critiqué les Français en disant qu’ils étaient froids, moi au contraire, je m’entends bien avec eux. Évidemment, ce sont des révolutionnaires, un peuple particulier. Les Français protestent et guillotinent, ce serait utile que les Russes protestent plus et guillotinent plus. »
Renata Litvinova, actrice
Quand je vais en France, ça commence souvent par une conversation sur Moscou, des questions touristiques, et puis, après cette conversation un peu obligée, il y a parfois un miracle. Quand le miracle se produit, et ce n’est pas toujours le cas, nous ne sommes plus des Russes ni des Français mais juste des gens… normaux, et on voit alors qu’on a les mêmes problèmes dans les universités, les études culturelles, le gouvernement, personne pour qui voter… ce ne sont le plus souvent que des éclairs, mais j’adore ces moments. Peut- être que le passé culturel de nos deux pays y aide. Quand je vois que ma collègue française connaît notre matériel russe mieux que beaucoup de Russes, quand je me mets à parler de la Monarchie de Juillet à mes collègues français… il y a là une utopie culturelle qui me plaît beaucoup ; elle ne se réalise pas toujours, mais cela arrive. C’est ça mon rêve et mon plaisir. »
Vera Milchina, traductrice des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand
La France m’aide à comprendre et à ressentir le monde de façon plus immédiate. Et c’est un pansement pour les blessures et les cicatrices que j’ai héritées de l’époque soviétique. Ne me comprenez pas mal : les Français sont loin d’être parfaits. Il est extrêmement difficile de devenir leur ami et ils laissent rarement les gens entrer plus loin que l’antichambre de leur âme… Les Russes, bien sûr, ont l’âme slave : les relations d’amitié proche, la profondeur… C’est très bien. Mais ce qui nous manque, ce sont les sourires, la politesse superficielle et la démocratie dans les rapports entre les gens. »
Mikhaïl German, historien, critique d’art, spécialiste de la peinture française
Au XVIIIème siècle, l’écrivain russe Denis Fonvizine a dit que le Français n’avait pas d’âme et que s’il en avait eu une, il l’aurait pris comme le plus grand malheur de sa vie ! C’est superficiel et absurde et l’âme française existe, elle est très délicate, très susceptible. Dans l’âme russe, il y a quelque chose d’indécent, le pétrole et l’âme russes, on vend l’un et l’autre. En France, la vie est très organisée, ordonnée, tu ne vas pas voir un ami quand tu veux, il y a ce système où même un clochard te dit qu’il pourra te rencontrer vendredi après cinq heures. Ce système d’organisation et de réglementation des rapports humains m’a paru étrange au début et après, j’ai compris qu’en réalité c’était plus compliqué que ça. Il y a une vraie amitié en France. »
Pavel Lounguine, réalisateur
J’ai visité Berlin, Rome, Madrid. Et partout j’étais heureux. Mais – idiot russe que je suis – je n’ai véritablement aimé qu’une seule ville, et vous savez bien laquelle, Paris, le meilleur endroit sur terre. J’y suis allé quelques fois et toujours j’ai été émerveillé par mon Paris. Tous les Russes disent ça : « Mon Paris ». Imaginez un peu Paris qui dirait : « Mon Russe ». Paris n’a pas aimé un Russe. Il se laisse pourtant facilement embrasser par des Russes sur ses joues de pavé. Je voudrais le croire, au moins, que c’était sa joue, au moment où je l’ai embrassée. Blasé que tu es, Paris, hurlais-je, en traversant la ville dans un état d’ivresse absolue. »
Zakhar Prilepine, écrivain
Ces Français qui aiment la Russie

Crédits : Yann Quiniou
Les Russes m’ont appris à aimer. À tout aimer, y compris les choses simples. J’ai vécu cinq ans avec mes beaux-parents, ma femme, son petit frère et ma fille dans un trois pièces : avec le marcel, le caleçon, la belle-mère à la cuisine en train de faire du thé… et le beau-père qui ne rentre pas toujours très frais. En venant ici, tu apprends à vivre dans la merde, et à force d’y être, tu apprends aussi à l’aimer. En France, les gens sont déprimés : moi je leur dis, venez ici, vous allez adorer la vie ! Il n’y a qu’une seule espèce d’humains capables de profiter ainsi de la vie dans des conditions extrêmes. »
Bruno Mercier, en Russie depuis 17 ans, représentant pour Délifrance
Il n’y a pas de vérité, ici. La Russie est le pays du paradoxe, du tout et son contraire, où tout est possible et impossible, de l’extraordinairement beau et horrible. On pourrait dire l’inverse de ce que tout le monde dit tout le temps sur ce pays, avec cette assurance d’avoir toujours raison. L’âme russe, par exemple, dont on parle tant, celle qui va au fond des choses, s’oppose à la perfection, à la société en carton-pâte, au matérialisme… La place de la mort est ici plus juste aussi, bien que plus présente. Le fait d’accepter la mort est une des grandes richesses de ce pays. Et si l’on se demande lequel des deux pays, entre la France et la Russie, est le plus matérialiste, on penche spontanément pour le deuxième. Pourtant, le centre de gravité de cette consommation de masse est plutôt chez nous. Ici, le matérialisme est choquant, outrancier – et pourtant, si demain survient une crise économique, qu’il n’y a plus d’argent, ce ne sera pas grave.»
Christian Lafont, en Russie depuis 15 ans, ingénieur et acteur
Je suis partie de France pour vivre plus intensément. Je suis servie ! J’ai parfois l’impression d’être comme dans les années d’après-guerre en France, lorsque tout se reconstruisait, qu’il y avait un souffle nouveau, que petit à petit on s’achetait un réfrigérateur, une voiture, une machine à laver… J’ai vu mes amis russes changer de niveau de vie. Ce développement, on ne l’a pas vu en France si on est né après les années 60. Ici, je peux même y participer. »
Laurence Chardiny Kurchakov, en Russie depuis 13 ans, représentante en cosmétiques
En Russie, « la tête peut tout ». En Occident, on est libre dans un champ carré. Ici, il n’y a ni champ ni barrière : on est libre comme on pourrait l’être en France, voire même un peu plus car subsistent des vides législatifs. On parle sans cesse de la dictature Poutine. Il n’y a absolument pas de dictature Poutine – et c’est démontrable sans aucun problème. Simplement, je pense que la population russe ne sait pas qu’elle est libre – elle ne peut pas le savoir, elle ne l’a jamais vécu. Tu es libre seulement si tu en as conscience. »
Bertrand Hedouin, en Russie depuis quinze ans, formateur et metteur en scène
Les Russes sont courageux, il leur faut deux ans pour assimiler ce que des Français mettraient vingt ans à comprendre. La perestroïka, c’était une casserole d’eau bouillante dans laquelle on a placé les gens, comme des pelmenis. Certains sont remontés à la surface, les autres sont tombés au fond. Je doute que les Français, dans de telles conditions, auraient été nombreux à s’en sortir : ils n’ont pas cet instinct de survie. Ici, des docteurs en religion dirigent de grandes entreprises, des ingénieurs possèdent des salons de beauté… Des spécialistes de physique atomique font de la politique : parce que personne n’a rien à faire de ton diplôme. Il y a une mobilité qu’il n’y a pas en France, ici c’est ta vie, et tu en fais ce que tu veux. »
Cécile Rogue, en Russie depuis 18 ans, spécialiste dans le tourisme
Textes préparés par Inna Doulkina et Nina Fasciaux


merci pour ces belles descriptions de la Russie, leur justesse est sans égal, et chaque jour de plus au bord de la Volga m’éloigne sans tristesse de mon pays, déjà 6 ans, on peut y faire sa vie, y élever des enfants s’y cultiver à outrance ( enfin pour cela le “trop” n’existe pas) y être libre et le ressentir!
merci à ce pays pour m’avoir ouvert les portes, m’avoir élargie l’horizon de vie et de coeur et pour avoir transformée une simple maman en globe-trotteuse et ses enfants et citoyens de monde.
jamais je n’oublierai les difficultés des premiers mois et pourtant je ne serai sans doute jamais aussi heureuse qu’ici. PAYS PARADOXAL, pays immense et grand village,
J’ai découvert la grande Russie l’année dernière lors de mon premier voyage à Saint-Petersbourg…Quelle magnifique surprise ! Une révélation pour moi ! Je suis tombé sous le charme de cette ville vivante, coloré,. Entre les innombrables palais, les églises à bulbes et les anciens bâtiments typiquement soviétique qui donnent un certain charme quelque peu exotique, pour le peu que l’on n’y sois pas habitués
C’est aussi intéressant de voir a quel point les Russes on un mode de vie plus saint qu’ici, ils apprécient plus le fait de se retrouvé entre mais dans un parc. Leurs mode de vie est plus simple, beaucoup moins sophistiqué qu’en France. En bref, un gros coup de coeur ! Я тебя люблю Россия !
C’est vrai que l’on se sent bien en Russie. Bien sûr, elle est grande et comme tout pays, les mentalités diverges d’une région à une autre, mais les gens sont d’un grand coeur. Il suffit de se rendre aux bains pour apprécier le caractère des personnes que l’on rencontre. Quel Français oserait me frotter le dos…
Depuis 3 ans, je me rends là bas et j’aime de plus en plus ce pays et les gens de ce pays.
Rien n’est comparable à la mode occidentale, et c’est un mélange de culture que l’on rencontre.
Il faut vivre chez les Russes et à la Russe pour comprendre ce qu’ils vivent et comment ils vivent.
Un très beau pays, doté d’une grande culture.
Les remarques de Cécile ROGUE sont très justes : si les français avaient vécu la pérestroïka, beaucoup d’entre eux seraient restés au fond de la casserole.
La « Une de Keg, des « Unes du 01/03/2013 (Mali quand tu nous tiens, tu ne nous lâche plus les baskets….. On y est jusqu’aux « vacances ) | «Aviseur international commenté sur Le Courrier de Russie:
[...] Que c’est beau l’amour « France Russie » et pas seulement en « Normandie-Niemen » – http://www.lecourrierderussie.com/2013/02/28/ces-russes-qui-aiment-la-france-et-ces-francais-qui-aim… [...]
Merci pour tous ces commentaires,je suis Marie a un MOldave et j’ai déjà un peu appris ce qu’était la vie a l’est.la rigueur de la vie mais la gentillesse et la gaieté des gens,nous envisageons de partir nous installer en Russie,et tout ces commentaires me donnent envie de partir la bas.je me sens un peu plus rassurée..