François Hollande, le président de la République française, se rend à Moscou le 27 et 28 février pour sa première visite officielle en Russie. Quelques heures avant son arrivée, Le Courrier de Russie a recueilli les avis d’experts français et russes sur les enjeux de cette deuxième rencontre entre François Hollande et Vladimir Poutine.
Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Rossiïa v globalnoï politike (Russia in Global Affairs)
Ce qu’on peut attendre de la rencontre
Je n’ai pas d’attentes particulières puisque la visite de François Hollande à Moscou ne durera qu’une journée. Les deux chefs d’État se connaissent déjà, ils se sont rencontrés lors d’une visite de Vladimir Poutine à Paris le 1er juin 2012. Au cours de la rencontre à venir, je pense que François Hollande et Vladimir Poutine vont s’entretenir principalement sur des questions économiques : le président français souhaitera renforcer les positions des entreprises françaises en Russie. La France est en train d’élargir son expansion économique. Son ambition en Russie est de dépasser l’Allemagne, son concurrent principal. François Hollande y a d’autant plus intérêt qu’il avait promis lors de sa campagne électorale de combattre le chômage. Le sujet des navires Mistral sera aussi très probablement abordé lors de ces négociations. Le nouveau ministre russe de la défense est en train de revoir tous les contrats conclus par son prédécesseur avec des fabricants d’armes étrangers, et l’avenir du projet Mistral suscite des inquiétudes. Il est important pour la France de comprendre si l’acquisition des Mistral représente une transaction ponctuelle ou si elle peut s’inscrire dans une véritable coopération à long terme.
Les points sensibles des relations franco-russes
Le premier point, c’est la situation internationale, notamment les dossiers syrien, iranien et malien. Il serait erroné d’attendre une percée dans la résolution du conflit syrien ou un rapprochement immédiat entre les deux pays sur cette question. Les positions de la France et de la Russie quant à la Syrie sont opposées : les deux pays ont des visions très différentes sur la gestion de ce conflit.
Un autre point sensible pour la Russie et la France, c’est l’avenir de la zone Euro. Les deux chefs d’État vont certainement échanger des opinions sur la stratégie à choisir dans la gestion de la crise actuelle. Si la Russie n’a pas de rôle clé à jouer sur la question, l’avenir de l’euro représente tout de même un grand enjeu pour elle puisque l’économie russe dépend fortement de l’économie européenne. Sans doute Poutine demandera-t-il à Hollande des explications détaillées et des prévisions sur la situation économique en Union européenne.
Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS)
Ce qu’on peut attendre de la rencontre
François Hollande va bien évidemment promouvoir l’investissement français en Russie. Le thème est d’autant plus actuel que l’Europe est en crise. Le partenariat commercial est à mettre au premier plan, et il ne serait pas inutile d’inviter les investisseurs russes à venir en France. Sans pour autant prétendre que la visite du président Hollande revêt exclusivement un but commercial, il existe bel et bien des intérêts économiques derrière cette dernière. La France et la Russie ont tout intérêt pour le bien de leurs pays à coopérer sur les plans politique, économique, stratégique car la Russie est un partenaire, et même si les deux gouvernements ne sont pas d’accord sur tout, ce partenariat peut être amélioré.
Les points sensibles des relations franco-russes
La Syrie reste un dossier sensible car la France et la Russie ont des vues totalement opposées et inconciliables pour le moment. Moscou aborde une position traditionnelle de maintien de l’intégrité, de la souveraineté du pays et refuse toute ingérence extérieure dans les affaires d’un autre Etat, sans parler de ses intérêts personnels en Syrie. Mais la France et la Russie sont des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et sont donc bien obligées de travailler ensemble. Surtout que François Hollande sera au pouvoir jusqu’en 2017 et Vladimir Poutine – jusqu’en 2018. Il est nécessaire de savoir sur quels points leurs opinions convergent et divergent.
Il sera aussi question du Mali. Un autre dossier majeur mais sur lequel les deux pays affichent des positions plus conciliantes avec une entente politique et juridique manifeste, ainsi qu’une bonne coopération. Cette visite est donc une bonne occasion pour les deux chefs d’Etat d’échanger des informations sur deux grands dossiers internationaux.
Xavier Le Torrivellec, directeur adjoint du Centre d’études franco-russes de Moscou
Ce qu’on peut attendre de la rencontre
Les présidents devront discuter deux questions majeures. La première concerne l’économie – il serait essentiel pour la France et l’Union européenne de se tourner vers la Russie – qui est le premier pays du G8 en termes de croissance du PIB – pour sortir de la crise et augmenter les échanges bilatéraux sur le long terme. Et pas seulement sur les grandes villes mais, plus globalement, sur les régions russes où la croissance a de vraies perspectives. Ce que les entreprises françaises ont bien compris d’ailleurs.
La deuxième question est bien évidemment d’ordre géopolitique. On observe clairement un rapprochement actuel entre les positions française et russe sur plusieurs sujets, tels le nucléaire iranien ou l’opposition au bouclier anti-missile américain. Des positions communes qui se renforcent sur fond d’intervention militaire au Mali. Il est certain que dans ce contexte délicat, la Russie peut faire profiter la France de son expertise. Une expertise qu’elle a acquise lors de la guerre en Tchétchénie, conflit possédant de nombreuses similitudes avec le Mali en termes de réseaux claniques, de revendications d’autonomie régionales, d’instrumentalisation des frontières et de radicalisation de l’Islam. La France peut bénéficier des conseils de la Russie.
Les points sensibles des relations franco-russes
La Syrie en sera un si la France n’évolue pas en n’exigeant plus la démission de Bachar Al-Assad. La Russie n’est pas foncièrement anti-occidentale : elle ne veut simplement pas d’expansion du radicalisme sur son territoire ni d’une reproduction du scénario libyen.
Même s’il relèverait du rôle de François Hollande de parler des droits de l’homme, les enjeux de la rencontre avec Vladimir Poutine se situent bien au-delà. La Russie est un marché important aux portes de l’Europe, et il serait ridicule de passer à côté notamment à cause de toutes ces questions au sujet de Vladimir Poutine, du régime, des droits de l’homme, de l’affaire Magnitsky, etc. Le régime poutinien perd du terrain et disparaîtra de lui-même.
Igor Korotchenko, directeur du Centre russe d’analyse du commerce international des armes
Ce qu’on peut attendre de la rencontre
La France est un des pays européens avec lesquels la Russie entretient de bonnes relations, autant dans le domaine politique qu’au niveau de la coopération militaire et technique. Nous sommes ainsi toujours prêts à entrer en dialogue avec la France. J’espère que lors de la visite de François Hollande en Russie, les deux chefs d’Etat confirmeront leur volonté de poursuivre les partenariats existants et d’en créer de nouveaux. Le complexe militaro-industriel russe est intéressé par les hautes technologies françaises en matière de défense : nous souhaitons échanger nos technologies afin de pouvoir moderniser nos armements et augmenter ainsi nos exportations à l’étranger.
De manière générale, la coopération militaire entre la Russie et la France se développe avec succès. Il s’agit en premier lieu de RS Alliance, la société mixte de Rostekhnologuii et Sagem, qui produit notamment des anneaux laser pour les avions de chasse.
Nous avons également un contrat avec la France sur la construction de deux navires Mistral, qui est d’une grande importance pour la flotte russe.
Nous sommes aussi intéressés par le projet français FELIN (Fantassin à Équipements et Liaisons Intégrés). Nous pensons intégrer des éléments à l’équipement des fantassins russes.
Au niveau international, n’oublions pas que la Russie a soutenu la France dans sa lutte contre les islamistes au Mali en lui fournissant des armes. Nous aimerions donc que la France prenne en considération les propositions russes pour la résolution du conflit en Syrie. La situation actuelle en Syrie rappelle fortement celle du Mali : les islamistes attaquent le gouvernement légitime. Cependant, personne ne remet en question cette analyse au Mali alors que la communauté internationale considère ces islamistes, en Syrie, comme de « gentils rebelles ». Il n’y a pas de gentils rebelles. Mon deuxième espoir est que la France, en tant que membre de l’OTAN, exprime son avis sur le bouclier antimissile en Europe. Il est évident que le déploiement de bases de missiles intercepteurs à proximité des frontières russes peut conduire à une nouvelle confrontation Russie-Occident. Ce ne serait avantageux pour personne, et j’espère que la France sera capable d’influencer la politique de Washington et de faire en sorte que la position russe soit davantage respectée.
Les points sensibles des relations franco-russes
François Hollande et Vladimir Poutine devraient porter une attention particulière à la lutte contre le terrorisme international. Le point extrêmement important des négociations entre les deux leaders est la situation en Afghanistan. En 2014, les États-Unis et leurs alliés vont se retirer de la région, ce qui aggravera considérablement les risques d’instabilité dans le monde. Les talibans vont très probablement étendre leur activité sur le territoire de l’ex-URSS, ce qui pourrait entraîner des problèmes sécuritaires graves dans le sud de la Russie.
Isabelle Facon, Maître de recherche à la Fondation pour la Recherche stratégique, spécialiste des politiques de sécurité et de défense russes
Ce qu’on peut attendre de la rencontre
On pourrait attendre un dégel des relations bilatérales qui ces derniers temps ont été mises légèrement à rude épreuve avec des affaires à la fois anecdotiques comme Depardieu et plus sérieuses comme les désaccords sur la Syrie. Sans oublier la transition politique en France qui, comme à chaque fois, crée une tension supplémentaire, où les deux camps s’observent mutuellement. Cette deuxième prise de contact sera particulièrement utile pour, je l’espère, mettre les choses sur la table et repartir d’un bon pied.
La priorité sera certainement mise sur la continuation du renforcement de la présence économique et commerciale française débuté par Nicolas Sarkozy afin de favoriser les investissements en Russie et d’accueillir toujours plus d’investisseurs russes en France – une mission certes compliquée mais loin d’être insoluble.
Sur le plan international, il sera question bien sûr du Mali puisque Paris apprécie le soutien de la Russie sur cette question. L’Afghanistan et l’Iran, où les deux pays partagent des positions proches, seront également à l’ordre du jour.
Les points sensibles des relations franco-russes
La Syrie en fera partie et ce, malgré l’évolution progressive de la position russe, puisque la volonté française de reconnaître l’opposition syrienne comme un acteur principal ne plaît guère à Moscou, opposée à l’idée d’un changement de régime.
Sur le plan économique, l’achat des navires militaires Mistral sera très certainement à l’agenda même si la question ne relève pas totalement de l’intervention des chefs d’Etat français et russe mais des relations entre le ministère de la Défense russe et les industriels du secteur de l’armement en Russie. Un point relativement sensible mais qui ne sera pas une question prioritaire dans les discussions.
Finalement, les droits de l’homme et le processus de démocratisation de la Russie que le président français abordera sûrement de manière très souple : les sujets les plus sensibles ne seront certainement pas abordés.
Olivier Védrine, rédacteur en chef de la version russe de la revue Défense Nationale, directeur de l’université Continental à Kiev
Ce qu’on peut attendre de la rencontre
J’attends de la venue de François Hollande en Russie la promotion des intérêts économiques de la France dans une période qui est difficile pour elle. On peut également espérer de cette visite que les dossiers internationaux, tels la Syrie et le Mali, soient abordés. Je pense aussi qu’au cours de sa visite, le président français rappellera l’importance des valeurs que sont les droits de l’homme et la démocratie et l’attachement à ces valeurs de la République française et de l’Union européenne. Il me semble que le président va enfin s’intéresser aux préoccupations de la communauté française en Russie, notamment dans le domaine de la sécurité et de l’éducation.
Les points sensibles des relations franco-russes
Les points sensibles seront les questions internationales, et notamment le cas de la Syrie, qui reste un dossier sensible. Le rôle de la République française et de la politique des affaires étrangères européennes est de promouvoir la démocratie et, à ce sujet, certains points méritent discussion – nous connaissons la réaction de la presse française sur différentes affaires, notamment la liste Magnitsky, un sujet brûlant, ou les Pussy Riot. Concernant l’affaire Magnitsky, les États-Unis ont pris certaines dispositions, la Russie a donné sa réponse mais l’Union européenne, elle, n’a pas émis de position pour l’instant.
J’aimerais enfin ajouter que je suis très optimiste, car la Russie et la France sont réellement attachées l’une à l’autre. Je pense que nos dirigeants se parleront de manière très franche, et ce dialogue est important pour l’Europe.
Evguenia Obitchkina, professeur à l’Institut d’État de Moscou des relations internationales (MGIMO)
Ce qu’on peut attendre de la rencontre
J’espère que sa venue sera un point de départ positif aux relations entre les deux chefs d’État. Bien qu’Hollande soit au pouvoir depuis peu, il a déjà su établir des priorités en politique étrangère. Dans ce contexte, cette visite est très opportune. C’est en se basant sur ces priorités que Hollande va construire ses relations avec Moscou.
Les points sensibles des relations franco-russes
On ne peut pas citer, en ce moment, de divergences majeures. Il y avait des désaccords sous Sarkozy concernant la Libye et la Syrie, l’intervention internationale dans des pays souverains sans accord de l’ONU et sous la bannière des droits de l’homme. Mais il n’y a plus aujourd’hui de désaccord aussi aigu. François Hollande, qui était au départ assez favorable à l’opposition syrienne, est devenu plus prudent quant aux forces à soutenir dans ce pays. La situation s’est nuancée, car la France ne veut pas que l’opposition syrienne soit dominée par des islamistes extrémistes. La crise au Mali a notamment révélé le problème de la prolifération du terrorisme islamiste. C’est pourquoi je pense que les consultations sur cette question seront intéressantes, bien qu’inaccessibles au grand public.
Dans les relations franco-russes il y a une valeur fixe, c’est l’intérêt mutuel à une coopération qui va croissant dans les domaines les plus importants. Il s’agit de la coopération des sociétés civiles, des entrepreneurs. La coopération économique est aujourd’hui à tel point développée et étroite qu’elle est moins conditionnée aux affinités politiques des leaders. Et les relations franco-russes restent guidées par la lutte conjointe contre les conséquences de la crise mondiale.
Depuis les années 2000, la situation sur les droits de l’homme en Russie sert de fond au développement des relations avec l’Occident : parfois, cela influe sur l’attitude des hommes politiques français et réduit leur marge de manœuvre. Cependant, on ne peut pas dire que ces questions pèsent sur les intérêts géopolitiques. Les autorités françaises prennent en considération l’opinion publique, mais ne sont pas pour autant guidées par elle.
Jean-Pierre Chevènement, représentant spécial de la France pour la Russie
Ce qu’on peut attendre de la rencontre
Nous attendons que cette rencontre permette à la France et la Russie de mieux se comprendre, de définir clairement les orientations de nos politiques extérieures. Je pense qu’il y a beaucoup plus de convergences que de divergences entre nos deux pays. C’est une occasion de remettre les relations entre la France et la Russie à un haut niveau – comme tous les présidents de la République française l’ont fait depuis le Général de Gaulle. La Russie est un grand pays européen qui a des choses à montrer à l’Europe, par sa culture et son histoire. Nous allons commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale où nous avons été alliés et nous n’oublions évidemment pas le soixante-dixième anniversaire de la bataille de Stalingrad qui a eu lieu cette année. L’histoire entre nous est extrêmement puissante, et demeure dans l’esprit du peuple français.
Les points sensibles des relations franco-russes
En premier, ce sont nos analyses du monde musulman. La Russie et la France le connaissent bien : pour la Russie, avec la Turquie et la Perse, pour la France, avec le monde arabe. Nous avons intérêt à approfondir ensemble nos observations face à des problèmes nouveaux : je pense à la révolution arabe et au développement du djihad en Afghanistan ou au Mali, voire en Russie même.
Un deuxième point sensible est celui de l’équilibre géostratégique. La Russie et la France ne sont pas des puissances de même taille, mais nous avons un regard qui nous est propre et des sujets qui nous rapprochent.
Troisièmement, nous sommes intéressés dans le développement des relations entre la Russie et l’Europe occidentale. Par exemple, il y a la question des visas, la question des investissements russes en France, et naturellement, la coopération économique entre les deux pays. La Russie, selon le président Poutine, veut être un grand pays du XXIème siècle et je suis persuadé qu’elle en a les capacités. Je crois que c’est dans l’intérêt de la France de contribuer à ce que la Russie réussisse cette grande transformation. Et je note avec plaisir le développement des échanges : les exportations françaises ont été multipliées par cinq en dix ans. Cela montre qu’il y a des possibilités de coopération dans de très nombreux secteurs, pas seulement la construction automobile, le ferroviaire, l’énergie, et l’industrie agroalimentaire, mais aussi dans les secteurs de la haute technologie. Et beaucoup de complémentarités sont encore à trouver.
Patrice Gélard, Sénateur de Seine-Maritime, membre de l’UMP, maire de Sainte-Adresse et président du groupe d’amitié France-Russie au Sénat
Ce qu’on peut attendre de la rencontre
Une rencontre entre deux dirigeants permet toujours de relancer les problèmes qui sont en suspens, et qui ont d’ailleurs été étudiés lors de l’assemblée commune Douma-Assemblée nationale. Pour le Sénat, plusieurs thèmes doivent être traités avec la Russie – notamment le régime des visas, la convention sur les droits de la famille, le problème de l’enseignement de la langue française, le déblocage du lycée français de Moscou et, par voie de conséquence, du centre culturel et religieux russe à Paris.











Améliorer et sécuriser les investissements français
Les relations franco-russes malgré quelques refroidissements périodiques et sans véritables conséquences durables sont une constante géopolitique depuis plusieurs siècles et cela grâce aux multiples relations sincères et amicales entre les citoyens des deux pays ou des collectivités.
c est un devoir de chef d etat que de fair remarquer a certaine personne qu elle ne respecte pas les droits de l homme c est meme une prioritee tout n est pas commerce et finance c est ce que l on attend de notre president mais bien evidament a nous aussi de fair en sorte que chez nous en france ils soit respecter ne soyons pas indifferent au malheur des autres !!!