Victor Shkulev dirige le plus grand groupe de presse russe, Hearst Shkulev Media. Retour sur son enfance, sa carrière, sa première joint-venture avec le groupe Hachette, le lancement du journal ELLE en Russie, le départ du groupe français…
Le Courrier de Russie : Avant d’en venir à votre carrière, parlez-nous de votre enfance…
Victor Shkulev : Je suis né dans une région à 6000 kilomètres à l’est de Moscou qui porte le beau nom de « région au delà du Baïkal », plus exactement dans la ville de Tchita. C’est la Sibérie profonde, la partie orientale, la vraie Sibérie, 40 degrés l’été et moins 40 l’hiver… un hiver qui dure d’octobre à avril.
LCDR : Quelle fut votre formation ?
V.S : J’ai une formation de juriste, j’ai étudié à Tchita et Irkoutsk.
En Union Soviétique, l’ambition d’une grande partie de la jeunesse était de devenir chef du Komsomol
LCDR : Comment la presse a-t-elle fait irruption dans votre vie ?
V.S : Je viens d’une génération soviétique, d’une société où l’ambition d’une grande partie de la jeunesse était de devenir chef du Komsomol, c’était une sorte de destinée écrite. Je suis devenu chef du Komsomol de la région puis, à vingt ans, chef du Komsomol de l’université qui comptait 20 000 étudiants. En 1986, j’avais 28 ans, j’ai commencé à chercher un moyen de sortir de la verticale dans laquelle je me trouvais. J’ai été invité par l’organe central des Komsomols à Moscou et ai suivi une formation à l’université en sciences sociales. En 1988, j’ai présenté ma thèse et très rapidement, j’ai commencé à faire des affaires dans le domaine de la presse.
LCDR : Quel genre d’affaires ?
V.S : En 1989, le gouvernement soviétique a accordé le droit de créer des joint-ventures avec des étrangers et, en tant que juriste, je travaillais sur ce type de dossiers. L’un de nos plus gros clients était la Komsomolskaya pravda, le plus grand journal soviétique de l’époque. Je suis devenu chef de son département juridique puis de son département commercial et, en 1993, j’ai été élu directeur général, ce qui était une première puisqu’il n’y avait pas de directeur général dans les journaux soviétiques ! En 1995, nous avons réalisé une joint-venture avec Hachette-Filipacchi et en 1996 nous avons lancé ELLE en Russie.
Il ne faut pas se comporter en envahisseur, en conquérant, quand on vient faire du business en Russie
LCDR : Avec qui étiez-vous en contact chez Hachette ?
V.S : Gérald de Roquemaurel, quelqu’un de très cultivé, très intéressant, il incarne pour moi une sorte de Français idéal, il réunit toutes les époques en lui, à la fois conservateur et très moderne, c’est aussi un stratège global, il comprend la position de la Russie dans le monde, le rapport Russie-États-Unis… Il a compris que la Russie a sa culture, qu’il ne faut pas se comporter en envahisseur, en conquérant, il faut avoir envie de partager, de s’adapter aux demandes des Russes et justement ELLE est l’exemple d’une marque française destinée au consommateur russe.
LCDR : Hachette n’est plus votre coactionnaire aujourd’hui ?
V.S : Non, en 2012, Lagardère a vendu sa part au groupe américain Hearst mais si nous sommes devenus russo-américains, nous continuons à travailler sur les bases du partenariat franco-russe.
Les Américains sont plus techniques, moins émotifs, plus structurés que les Français
LCDR : Quelles différences notez-vous entre le travail avec les Français et les Américains ?
V.S : Les Américains sont plus techniques, moins émotifs, plus structurés que les Français. Ils sont aussi bien meilleurs que les Européens dans le marketing.
LCDR : Quels sont les chiffres-clés de votre groupe aujourd’hui ?
V.S : C’est le premier groupe de presse en Russie, nos journaux sont soit leaders soit parmi les leaders dans leur segment : ELLE est leader, Marie-Claire troisième, MAXIM le plus grand magazine en Europe et pas seulement en Russie, Antenne Télé 7 qui est un magazine pour femmes et un guide télévisuel touche 11 millions de personnes. Nous éditons aussi ELLE DÉCO, Psychologies… Nous avons un réseau de journaux gratuits dans les régions comme Metro et beaucoup de programmes sur internet ; sites, chaînes, portails. Un sixième des Russes lit nos publications et 15 millions vont sur nos sites internet.
Nous avons 15 millions de lecteurs sur internet mais nous en aurons 25 millions dans un mois et demi
LCDR : Qu’est-ce qui vous semble caractériser le marché de l’internet ?
V.S : Sa rapidité de croissance, aujourd’hui nous avons 15 millions de visiteurs mais à la fin mars 2013 nous en aurons 25 millions.
LCDR : Dans un mois et demi ?
V.S : Oui… grâce à la réalisation de certains projets en cours sur lesquels je ne peux pas donner plus de détails pour le moment.
LCDR : Et en termes financiers, quels sont les chiffres clés de votre groupe ?
V.S : Nous ne sommes pas une entreprise publique donc nous n’avons pas à publier notre chiffre d’affaires ni nos recettes mais nous sommes une des rares entreprises comportant des capitaux étrangers qui possède plus de 150 000 filiales dans tout le pays, en Sibérie, dans l’Oural mais aussi en Ukraine et nous employons plus de 2500 personnes.
Poutine a peur des élections
LCDR : François Hollande vient rencontrer Vladimir Poutine dans quelques jours, quel regard portez-vous sur ces deux hommes ?
V.S : Poutine est un homme fort, un personnage important, il travaille beaucoup pour la Russie mais il est otage de la situation, il doit trouver une voie entre différentes forces et je ne partage pas toutes ses vues, il est trop orienté sur la majorité mais c’est la minorité qui amène le progrès, il a peur des gens qui ont de l’énergie, qui prennent des initiatives, il est entouré de gens qui sont d’hier, qui ne sont plus dans l’air du temps. Il doit faire des réformes dans le domaine politique, il a peur de donner libre cours à l’initiative populaire et toutes ces histoires sur les élections dans les régions montrent qu’il a peur des élections alors que s’il laissait s’organiser des élections honnêtes sur tout le territoire, il pourrait trouver une voie dans ce pluralisme, le pays serait moins corrompu et aurait plus de succès.
LCDR : Et François Hollande ?
V.S : Tout le monde parle de son idée d’augmenter les impôts et s’il le fait réellement, ce sera bizarre car faire des affaires n’aura plus de sens, Hollande étouffera l’initiative et les Français partiront en Belgique, en Russie…
LCDR : Vous préfériez Sarkozy ?
V.S : Je l’avais rencontré quand il était candidat et il m’avait fait une très bonne impression. Je l’aimais bien quand il était président parce que c’est un entrepreneur, un leader qui n’a pas peur des réformes qu’il faut à la France. Parfois la France se détend un peu trop, je ne partage pas l’idée que l’État doit toujours aider le peuple. L’État doit faire pour le peuple en fonction de ce que le peuple fait pour l’État. Je trouve que Sarkozy rendait la France plus intéressante, plus économique.



la petite chose que na pas comprise mrs victor shkulev c est que le peuple francais ne ce laisseras jamais imposer quoique ce soit par un gouvernement mrs sarkosy a essayer il a dus fair sa valise