Pluie de météorites : témoignages des rescapés

Les deux bâtiments du collège de mécanique industrielle de Tcheliabinsk se dressent l’un près de l’autre et ne se ressemblent pas : l’un semble neuf, le second a l’air abandonné. Suite à la pluie de météorites qui s’est abattue dans le sud de la Russie vendredi 15 février, les Ouraliens se mobilisent pour redonner belle allure à Tcheliabinsk, la ville la plus endommagée. Témoignages.

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Photo : Constantin Salomatine

Les habitants de Tcheliabinsk ont presque tous cru, au départ, à des attentats terroristes, des bombardements militaires ou un crash d’avion. Le chef du ministère régional des situations d’urgence de la région confie avoir également pensé à une attaque armée. Certaines personnes, pourtant, n’ont pas paniqué. Sergueï Zamozdra, astrophysicien, a observé l’explosion depuis son bureau. Il a immédiatement compris qu’il s’agissait d’un de ces phénomènes naturels rares dont il parle à ses étudiants. « Il ne faisait aucun doute que c’était un bolide. La dimension, la vitesse et l’étendue du nuage parlaient d’eux-mêmes : cette météorite était beaucoup plus grande qu’un avion », précise le scientifique. Au lieu de prendre peur, il a couru vers les fenêtres de son bureau pour mieux voir. « J’ai dit à tout le monde qu’un bolide avait probablement plongé quelque part dans le lac Tchebarkoul. J’étais terriblement excité à l’idée d’être témoin d’un phénomène aussi exceptionnel », poursuit-il.

Samedi matin, au lendemain de l’événement, des publicités vantant les mérites des fenêtres en plastique étaient placardées sur tous les perrons de la ville et les maisons scintillaient de leurs nouvelles vitres impeccables. « Petrovitch, on recherche les gens dont les fenêtres ont éclaté – toi, tu n’as même pas de vitres ! », s’exclame une résidente de la rue Komarov en se dirigeant vers un groupe d’hommes éméchés. Comme la plupart des habitants, la voisine de Petrovitch, Valentina Dorodina, a vu en premier lieu l’éclair. Mais quand les fenêtres de son appartement ont explosé, deux minutes plus tard, elle n’a pas fait le lien. Elle a téléphoné à l’agence qui lui loue son logement pour savoir quoi faire et leur assurer qu’elle n’y était pour rien. C’est une autre voisine qui a fini par lui expliquer, pour la météorite.

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Valentina Dorodina Photo : Constantin Salomatine

Le théâtre

Pour tout dire, on ne parle plus que des mérites du plastique, à Tcheliabinsk. « Les nouvelles fenêtres ont résisté au choc, les vieilles se sont brisées. Une des façades de notre théâtre était en verre », explique Vladimir Karpov, nouvel ingénieur du théâtre dramatique. En face de la place de la Révolution, les trottoirs cernant le théâtre sont couverts de bris de verre. Les représentations programmées pour vendredi et samedi ont dû être annulées. Vendredi, à 9h20 heure locale, lorsque la météorite s’est écrasée sur l’Oural, le théâtre était vide : les répétitions ne commencent qu’à 11 heures. En arrivant au théâtre, les employés n’ont trouvé que débris à la place des grandes fenêtres. « Nous avons de quoi les remplacer, avec les décors. Il nous restait quelques panneaux de contreplaqué, nous en avons acheté d’autres et les avons placés en attendant les vitres de rechange », a ajouté Karpov. Le théâtre a été déblayé samedi. Et dès dimanche, les comédiens sont remontés sur scène – même avec des vitrages de coulisses en contreplaqué.

« Le ministère des situations d’urgence a fait du bon travail », s’est félicité vendredi soir le ministre fédéral, lors d’une réunion avec les autorités de la région. Il s’était rendu sur place afin de constater en personne l’ampleur des dégâts causés par la météorite, devenue le principal sujet de conversation de toute la Russie. Vladimir Poutchkov s’est déclaré satisfait dans l’ensemble : les ministres régionaux n’ont fait état d’aucun décès, les blessés ont été pris en charge, les écoles et les crèches rouvriront dès lundi sans avoir à grouper des classes et les conduites d’eau et de gaz fonctionnent normalement.

Le palais des glaces

Le ministre s’est entretenu avec le maire de la région de Tcheliabinsk près de la patinoire couverte « Éclair de l’Oural ». Le complexe sportif avait abrité, en 2005, le championnat de patinage de Russie. Les autorités locales assurent que c’est le bâtiment qui a le plus souffert. Une des poutres du toit est tombée au beau milieu de la patinoire, une autre est fortement endommagée. Des enfants étaient en leçon de patinage ce matin-là mais, par miracle, personne n’a été blessé. Du côté sud, qui ne date que de 2004, l’onde de choc a emporté une partie du mur et fait plier les panneaux latéraux blancs en préfabriqué. Le site est actuellement fermé pour une durée indéterminée. « Les plafonds se sont partiellement effondrés, ça a sectionné des fils électriques. Mais les habitants des environs prennent les choses en main », a déclaré le gouverneur. Des vitriers de Tioumen et d’Ekaterinbourg sont venus apporter leur aide. Le ministre a demandé aux hauts fonctionnaires locaux quels étaient les secteurs nécessitant une aide financière de l’État, mais tous ont gardé le silence.

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Photo : Constantin Salomatine

« Parmi les blessés, deux personnes sont en réanimation. L’une souffre d’une commotion cérébrale, l’autre a eu la colonne vertébrale brisée par un morceau de charpente », a précisé la ministre régionale de la santé, Marina Moskvitcheva. Leur état est stable ; les médecins ont soigné les blessures et traumatismes crâniens des autres blessés.

Les universités

Le bâtiment principal de l’université, construit sur le modèle de la MGU qui domine le mont des moineaux à Moscou, rappelle aujourd’hui un jeu d’échecs : à côté d’une fenêtre en vitre, celle d’à côté est en polyéthylène noir. Il ne reste rien des vitres du troisième bâtiment et les trottoirs alentours sont couverts de bris de verre. Des étudiants se sont portés volontaires pour dégager le passage dès vendredi. « Nous avions cours au premier étage du bâtiment principal. Le professeur était en train de parler quand nous avons vu un éclat de lumière. Au début, nous pensions que c’était une sorte de projecteur. Une minute plus tard, une première explosion a retenti, suivie d’une deuxième, d’une troisième et d’une quatrième. Toutes les vitres ont été soufflées dès la première explosion », raconte Ekaterina, étudiante de la faculté de technologie mécanique. Les châssis en bois ont volé à l’intérieur de l’auditoire et les étudiants se sont rués à l’extérieur. « Un seul gars a eu le nez égratigné. Nous avons eu de la chance. Certains gardiens avaient le visage ensanglanté. J’ai d’abord pensé à un attentat : il n’y avait plus aucune vitre aux deuxième et troisième étages », se souvient la jeune femme.

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Mobilisation dans les établissements scolaires. Photo : Constantin Salomatine

Quand le ministre Poutchkov a demandé au recteur si les cours pourraient reprendre dès lundi, ce dernier lui a ri au nez. Le ministre était très gêné. Il a conseillé au recteur d’« évaluer les dégâts et établir un plan d’action. Si des réparations sont vraiment nécessaires, tout devra se faire dans le respect des normes européennes. » Le recteur a acquiescé. Le lendemain, il attendait le gouverneur Iourevitch à l’entrée du campus principal pour lui faire faire un tour des dégradations. Le rectorat a estimé les dommages à 52 millions de roubles. « 1690 fenêtres et 8 000 m² de plafond ont été abîmés. Il faut aussi réparer le système d’alarme », a énuméré le recteur assis dans sa Volga blanche, en route pour la réunion avec le gouverneur.

La météorite a surpris Alexandre Korolev, directeur du département des relations publiques, en réunion avec le directeur de l’université. Il revient sur ses impressions : « C’était comme dans un film. Comme quand ils montrent une comète en vol. On a entendu une énorme explosion puis beaucoup, vraiment beaucoup, de toutes petites. Tout le monde s’est jeté à terre. Les filles hurlaient dans le couloir. Ensuite, il n’y a pas eu de réseau mobile pendant trois heures. Les fixes fonctionnaient. Je n’ai jamais autant utilisé mon fixe ! »

L’hôpital

Le président de l’hôpital, qui fonctionne sous la tutelle des chemins de fer russes, a déclaré : « Un seul de nos patients est tombé. Les fenêtres d’un de nos blocs ont éclaté. Mais nous ne dépendons pas de la mairie, notre situation est très différente. Et tout a été réparé en un clin d’œil. »

Tatyana Kouzmina, 25 ans, a été blessée à la main lors de la chute de la météorite. « Je travaille comme vendeuse et j’étais sortie du magasin pour jeter les poubelles. Au moment où je suis rentrée, ça a commencé. Les vitres se sont mises à trembler et la porte m’est tombée sur la main. Je me suis dit que c’était encore un coup des skinheads. Une fois ma main dégagée, j’ai réalisé que mon doigt était inerte », se souvient calmement la jeune femme. Elle a été conduite immédiatement aux urgences où son majeur a été recousu. Mais elle ne sait pas si elle en retrouvera l’usage un jour. Tatyana n’a compris plus tard que sa blessure n’était pas due à « un coup des skinheads ».

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Tatyana Kouzmina. Photo : Constantin Salomatine

Les magasins

Au lycée 133, rue Khoudyakov, les fenêtres, bien qu’en plastique, n’ont pas résisté. Le choc a également brisé la charpente du gymnase. Samedi, alors que les vitres n’avaient pas encore été changées, parents et secouristes ont ramassé les bris de verre qui jonchaient le sol. Dans le centre-ville, près de la place de la Révolution, les vitrines en verre des magasins Adidas et Mango se sont fracassées. Chez New Yorker, même les vitres des châssis en fer ont été brisées. Les barres métalliques se sont écrasées sur les mannequins. En ce moment, des panneaux de contreplaqué recouvrent les vitrines. Le directeur du magasin explique que l’assurance prendra en charge les dégâts, bien qu’il doive probablement racheter les mannequins lui-même.

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Vitrines brisées. Photo : Constantin Salomatine

Les pertes

Les autorités ont relevé fissures, casses, et fenêtres brisées dans un total de 3 724 habitations, 670 écoles, 235 centres de soin, 69 sites culturels et artistiques et des dizaines de crèches. Les données préalables indiquent, pour la région, des pertes s’élevant à un milliard de roubles.

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