Le Comité d’enquête de la Fédération de Russie a annoncé, mardi 18 décembre, que l’avocat et opposant Alexeï Navalny allait être entendu pour sa participation présumée à la vente de la distillerie Ourjoumski, dans la région de Kirov, à un prix nettement sous-évalué.
Alexeï Navalny, ancien conseiller du gouverneur de la région de Kirov (900 km à l’est de Moscou), a expliqué à la presse que la vente de la distillerie d’Ourjoumski avait initialement été planifiée en 2009 par le précédent gouvernement, puis annulée grâce à l’intervention même de l’opposant. Ainsi, selon lui, il n’a pas pu participer à la privatisation de la distillerie puisqu’il avait quitté son poste en février alors que la vente date d’automne 2010. Nikita Belykh, le gouverneur de la région en question, va également être entendu par le Comité d’enquête dans le cadre de cette affaire.
L’enquête avait été initialement ouverte contre l’ancien directeur du département des biens publics de la région de Kirov, Constantin Arzamastsev, pour abus de pouvoir. En 2010, Arzamastsev aurait signé la privatisation de 25,5% des actions de la distillerie Ourjoumski pour un montant de 95,37 millions de roubles (2,34 millions d’euros) alors que leur valeur marchande était estimée à au moins 197 millions de roubles (4,85 millions de roubles).
Fraude à grande échelle et blanchiment
Vendredi 14 décembre, le Comité d’enquête a également ouvert une autre procédure contre le célèbre blogueur et son frère, Oleg Navalny. Dans cette affaire, les deux hommes sont accusés de fraude à grande échelle et de blanchiment d’argent. S’ils sont reconnus coupables, les frères Navalny encourent une peine allant jusqu’à 10 ans de prison.
Il y a quelques années, Alexeï Navalny avait créé une société de transport appelée l’Agence principale de Souscription. Selon le communiqué du Comité d’enquête, Oleg Navalny, alors chef du département de tri du courrier de la Poste russe, aurait usé de son influence pour persuader une société de négoce de signer un contrat de fret avec l’entreprise de son frère.
Les enquêteurs ont découvert que la société de négoce en question avait transféré plus de 55 millions de roubles (1,37 millions d’euros) à l’Agence principale de Souscription pour les services fournis entre août 2008 et mai 2011, alors que le coût réel de l’expédition du fret était inférieur à 31 millions de roubles (750 000 euros).
Selon le communiqué du Comité d’enquête, les frères Navalny sont en outre suspectés d’avoir transféré 19 millions de roubles (472 000 euros) sur le compte d’une société écran qu’ils ont cofondée, l’usine de tissage Kobakovski, pour blanchir les fonds qu’ils se sont procurés illégalement. Aujourd’hui, l’usine appartient à parts égales à Oleg Navalny, son père Anatoly et sa mère Ludmila.
Pression judiciaire sur la famille Navalny
Dans la journée de vendredi, Alexeï Navalny a indiqué avoir appris en même temps que les journalistes qu’il était visé par cette affaire. « Je ne suis au courant de rien. Mon téléphone ne cesse de sonner. D’après ce que je comprends, ils ne se contentent plus de moi seul et s’en prennent à ma famille », a-t-il écrit sur son compte Twitter.
L’opposant a précisé plus tard dans la journée du 14 décembre que des perquisitions avaient été effectuées chez son frère et sa mère.
Alexeï Navalny avait déjà été inculpé fin juillet pour détournements à grande échelle dans le cadre d’un autre dossier, l’affaire dite de Kirovles, une entreprise de production de bois située à Kirov, remontant à 2009. Navalny était à l’époque des faits conseiller du gouverneur de la région. L’opposant avait dénoncé des accusations relevant selon lui de la fable et un acharnement des autorités russes contre lui.
Cette affaire avait été classée par le parquet régional avant d’être relancée par la suite sur intervention du chef du comité d’enquête russe, Alexandre Bastrykine, un proche de Vladimir Poutine.


