Le 17 septembre, le président russe a pris part aux exercices stratégiques « Kavkaz 2012 ». Andreï Kolesnikov, envoyé spécial de Kommersant, précise : pourquoi les exercices sont nécessaires ? Comment les parachutistes ne sont pas mort ? Comment les Américains ont perdu ?
L’état-major de commandement des manoeuvres Kavkaz 2012 s’est établi près de Novorossisk. Les exercices ont réuni polygones Proudboï, Kapoustine Iar, Achoulik, Raevskoe, 8 000 personnes, 200 chars de combat, 100 pièces d’artillerie, 10 navires de guerre et Vladimir Poutine.
L’état-major vit en démocratie. Les officiers supérieurs conversent avec les soldats en toute simplicité ou, au moins, ne les évitent pas. Sous mes yeux, un général s’est approché d’un soldat et lui a demandé : « Et où fait-on ses besoins ici ? »
— Partout !, a répondu le soldat avec assurance.
— Partout ?, a répété le général dubitatif.
— Précisément !
L’officier est parti vers les buissons (et peut-être s’est-il réellement appliqué à faire ses besoins partout), et un autre soldat s’est approché du premier, lui demandant doucement :
— Mais il y a des toilettes là-bas, pas loin… tu l’as envoyé où ?!
— Je ne sais pas !, a répondu le soldat avec un arrière-goût de défi. C’est pour qui, ça ? Nous n’avons pas été prévenus !
Les participants aux exercices ne cachaient pas leur fierté quant au niveau de leur préparation. L’ancien ministre des communications M. Reïman tenait dans ses mains une station radio munie d’une antenne d’un demi-mètre et expliquait à ses collègues :
— On peut même appeler par téléphone ! Écouter la radio FM !
Au bout de quelques minutes, à en juger par l’air rayonnant avec lequel il a approché son oreille de la station radio, il écoutait plutôt une radio pour enfants que Kommersant FM.
J’ai demandé au chef du premier groupe de gestion opérationnelle de l’état-major, Aleksandr Vetchtanov, qui était l’adversaire probable de ces exercices.
— À l’heure actuelle il n’y a pas d’adversaire probable !, a-t-il déclaré.
— Comment cela ?, me suis-je étonné.
— J’ai l’intention de me soustraire à cette réponse !, a répondu aussi nettement M. Vetchtanov.
Rien n’est dit, notons-le, sur les intérêts des pays limitrophes ou de ceux qui sont situés près du lieu où se déroulent les manoeuvres, la Géorgie par exemple.
Mais les principaux événements de cette journée se déroulaient à un kilomètre environ, de l’endroit où le commandeur suprême devait observer les exercices en même temps que les représentants des pays tiers ou limitrophes. Ici se tenaient, sur cinq cents mètres de chaque côté, des obusiers. En avant – plusieurs abris et fortins blindés et beaucoup de choses encore, invisibles à l’œil non armé (et il n’y en avait presque pas ici).
Les observateurs militaires étrangers, français, américains, se préparaient aussi au combat. Ils n’étaient déjà, selon moi, pas très à l’aise.
— C’est rien, enjoy !, se réconfortaient-ils les uns les autres.
Les observateurs étrangers demandaient aux généraux russes : « Si l’aube, le matin, c’est zarya, alors le soir, c’est quoi ? » Nos généraux conservaient pieusement le secret militaire.
— Je connais même une chanson, révolutionnaire, a prononcé un colonel américain dans un russe étonnamment correct. Seulement, j’ai oublié les paroles. Mais je peux chanter.
Les nôtres l’ont accompagné – selon moi, eux-mêmes ne s’y attendaient pas, mais au moins avec les paroles qu’il avait attendu si longtemps.
— Eh bien voilà !, s’est-il exclamé avec satisfaction. Je le savais : le crépuscule, c’est zakat !
Un hélicoptère a fini par apparaître au-dessus de la colline.
— C’est parti, a dit un de nos généraux.
— Ou c’est juste un hélicoptère, ai-je supposé.
— Ou juste un hélicoptère, a-t-il acquiescé. Mais ici, ça n’arrive pas… Le soleil se couche, les viseurs sont embués – c’est l’horreur pour un soldat !
Le général m’a proposé des jumelles. Je voulais refuser :
— Vous en avez plus besoin…
— Mais qu’est-ce que vous racontez, combien d’années de travail… m’a-t-il répondu dans un haussement d’épaules. Qu’est-ce que je ferai avec des jumelles ? Je vois très bien comme ça.
Le colonel américain s’est saisi avec satisfaction des jumelles libres.
— L’artillerie travaille…, a souligné un général près de moi. Le tir de barrage travaille… La force principale est déjà partie travailler… Traversée…
J’entendais moi en tout et pour tout des rafales à quelques kilomètres. Mais je savais en revanche que la force principale arrivait en réalité de l’arrière : le cortège de Vladimir Poutine s’approchait du point de commandement.
— Cinq minutes – et ça y est, a dit un autre général. Le soleil est couché. Et alors c’est une tout autre histoire. Vanne, sémaphore… et tu flingues, tu flingues, tu flingues !, a grommelé le général.
Le président est monté sur le point de commandement 30 secondes avant le coucher du soleil. Son point de commandement était du côté de « ceux du Nord ». « Ceux du Sud » contre-attaquaient activement. La guerre a commencé à 19h30 précises.
— Ici « Katok-37 », allo, s’est présenté honnêtement un homme « du Nord ».
— Ici « Sila-15 », je confirme la décision d’attaquer.
— … Autorisez à frapper l’aviation militaire…
— Les avions d’assaut sont sur le décollage ?
— Ici « Goalkeeper », j’autorise le travail !
— Les « Crocodiles » sont partis travailler !, a crié un général à ma droite.
Et j’ai effectivement vu, dans le ciel, six hélicoptères.
— Le train d’atterrissage de celui de droite ne s’est pas fermé… a murmuré un général avec désolation.
— Frappes sur les deux colonnes blindées exécutées !
— Directions – « La maison du garde forestier » et « Le Moulin » ! J’observe jusqu’à un bataillon et demi dans chaque direction. J’ai décidé : les forcer à avancer dans une direction avantageuse pour nous à l’aide du feu des batteries de mortier!
— Ici « Sila-15 » ! Je confirme la décision !
Là, j’ai vu que le colonel américain cachait un appareil photo. Quel intérêt, semblait-il, à photographier ces explosions et trajectoires de feu à deux kilomètres de distance ? Mais j’ai compris qu’il tentait de prendre en photo notre commandeur suprême ! Et voilà pourquoi il était là.
Entre temps, de nouveaux repères sont apparus – « Croix » et « Statue ». Ça aussi, ça disait quelque chose.
Même la radio râlait déjà, s’efforçant vainement de crier plus fort que les explosions. Le commandant de « ceux du Nord » a décidé de réattaquer.
— Bravo, commandant !, a murmuré un général.
« Goalkeeper » a vu un nouvel objectif. Mais il fallait encore tomber dans les buts.
— Flingue-les, p… !, entendais-je autour de moi.
— Ici « Povtor-22 », je demande de frapper sur « La Maison du garde forestier » !
Quelqu’un, semble-t-il, a pris la responsabilité de la frappe.
— Six avions ennemis anéantis, pas de perte !, ai-je entendu le commandant de « ceux du Nord » rapporter des nouvelles optimistes.
À deux endroits, à 500 mètres d’où nous étions, la forêt brûlait déjà. C’était la mauvaise nouvelle.
Là, l’adversaire a brusquement débarqué ses troupes parachutées.
— Il faut anéantir !, a crié un des militaires.
— Ce sont quand même des gens vivants !, a grommelé un civil dans mon dos.
— Mais ce sont des sacs avec du sable dans les parachutes, l’ont rassuré les militaires.
Le commandeur suprême était, entre temps, assis silencieusement. Il levait de temps à autre ses jumelles et regardait le ciel qui s’obscurcissait rapidement et les collines. Du reste, il pouvait se le permettre : on lui expliquait déjà tout en détails.
— Les troupes parachutées ne meurent pas, m’a crié un général. Tu as compris ?! Et pas un parachute qui brûle !
Les troupes parachutées étaient déjà autour de la Maison du garde forestier. Ensuite, elles ont été longtemps canardées par l’aviation à terre.
Vladimir Poutine, semble-t-il, ne voulait pas voir ça.
La guerre s’est terminée. À notre avantage, évidemment.
Mais pas à l’avantage du colonel américain qui ne voulait pas voir ça non plus et était assis sur une marche, se préparant à une capitulation totale et sans condition.




Ca c’est le syndrome soviétique qui demeure. Poutine qui joue les gros bras. Et le fantasme américain, alors que la menace n’est plus là. Elle est plutôt islamiste (au sens intégriste du terme) comme partout, et donc d’abord intérieure, et puis elle est d’ordre sociologique, économique et culturelle. La Russie doit se renouveler, accéder à plus de libertés, de démocratie, permettre un renouvellement des élites, une diminution de la bureaucratie, de la paperasserie inutile…
C’est triste. Y en a-t-il donc tant que ça qui veulent encore la guerre ?
Même l ambassadeur Mc faul?