Pouchkino, « la capitale forestière de Russie »

« La petite colline de Pouchkino poussait la bosse du mont Akoulov et en bas de la colline il y avait un village qui penchait l’écorce de ses toits », a écrit le poète Vladimir Maïakovski à propos de cette ville située à une quinzaine de kilomètres de Moscou, où il aimait passer ses étés dans sa datcha. De nos jours, la tendance n’a pas changé, nombreux sont les Moscovites en quête d’un peu d’air frais à prendre encore la direction de la commune chaque week-end. Reportage du Courrier de Russie dans le nord de Moscou.

« Welcome to Pushkino », ai-je envie de dire à mon arrivée dans la gare de la ville qui affiche étonnamment toutes les informations en russe et en anglais. Sachant que même le métro de Moscou n’est pas encore bilingue, on s’attend à ce que la commune regarde vers l’avenir. Mais la statue de Lénine sur laquelle débouche le visiteur rappelle, tout en douceur qu’ici, ce n’est pas la capitale.

En effet, à Pouchkino les centres commerciaux n’ont pas encore envahi l’espace urbain et le marché devant la gare est encore un lieu de vie où tout le nécessaire est à portée de main : fruits, légumes, vélos ou même tronçonneuses. L’unique chose qui manque est peut-être la foule dans une ville qui abrite pourtant près de 120 000 habitants. En effet, il n’est pas nécessaire ici d’user du coude pour se faufiler dans la masse et les commerçants guettent votre moindre faiblesse pour vous attirer vers leur étalage.

« Ils sont tous à Moscou ! », m’explique Tiotia Raya, une vendeuse de fleurs sur le marché. « Et vous, vous n’êtes pas d’ici ? », demandais-je. « Bien sûr que non, je viens d’un village d’à côté. Les Pouchkintsy [habitants de Pouchkino, ndlr] vont travailler à Moscou et nous venons à Pouchkino. Les seuls vrais habitants de la ville que vous pourrez rencontrer sont les fonctionnaires ! … [rires] … Vous les trouverez un peu plus loin en face de l’unique cinéma de la ville », me lance-t-elle.

C’est justement avec le maire de la ville que j’ai rendez-vous. Coup d’œil rapide sur la carte, il semble que le camarade Lénine me montre le chemin, je suis son regard : direction l’hôtel de ville.

En vélo tout le monde

« Bienvenue dans la capitale forestière de Russie », s’exclame le maire Victor Lissine. Sur ce point là, il n’a pas tort. La ville est littéralement encerclée par la forêt – rempart naturel contre la progression de Moscou, qui semble s’être arrêtée à seulement quelques kilomètres d’ici. Mais ce n’est pas l’origine du surnom de Pouchkino qui le doit plutôt aux nombreux centres de recherche forestière, parcs et réserves naturelles que la commune compte sur son territoire. « On est à la campagne en quelque sorte », avoue l’élu en rigolant.

Un actif que les autorités tiennent à mettre en valeur. « Nous faisons de notre mieux pour protéger nos forêts, notre air et nos rivières. Nous souhaitons également dynamiser l’utilisation du vélo », poursuit Victor Lissine. Mais côté infrastructures, l’encouragement à passer aux deux roues est encore faible, enfin, pas pour le maire. « Venez, je vais vous montrer notre récent aménagement du lac et sa piste cyclable », lance-t-il. Coincée entre quatre bâtiments de l’ère brejnévienne, la modeste retenue d’eau n’attire pas grand monde pour l’instant. Quant à la piste cyclable, elle pourrait se résumer à « trois petits tours et puis s’en vont » : courte, circulaire et recouverte de pavés.

« Ce n’est qu’un début, il fallait voir à quoi ressemblait cet endroit par le passé », se défend le maire, avant de concéder que, malgré ses efforts, la commune n’était pour l’instant pas encore parvenue à attirer de grandes entreprises.

Qu’à cela ne tienne, forte de son écrin de verdure et de sa réputation de ville de détente pour Moscovites en mal de tranquilité, Pouchkino se concentre aussi sur l’augmentation de la qualité de vie. « Nous avons des dizaines de lieux de détente à Pouchkino avec tout le confort moderne ! », se félicite l’intéressé.

Il suffit de voir les dizaines de pancartes publicitaires colorées m’invitant à prendre un bania (bain russe) qui égayent les rues de la ville pour s’en convaincre, à défaut de pouvoir se laisser tenter.

Mais cette évolution ne réjouit pas tout le monde. C’est le cas de Lakhan, 24 ans, qui aime sa ville mais ne voit pas comment il pourrait continuer à y vivre. « Pouchkino est très agréable mais il n’y a pas de travail. Les hommes politiques répètent qu’ils veulent se différencier de Moscou mais dans la vie réelle, notre commune devient une simple cité dortoir, de plus en plus grande », regrette t-il.

« Une double cité dortoir »

« Nous sommes en quelque sorte une double cité dortoir », explique Viatcheslav Alekseevitch, directeur de l’administration de la municipalité de Pouchkino. Si la moitié des habitants vont en effet travailler tous les jours à Moscou durant la semaine, le week end, le phénomène s’inverse : la ville fait le plein de Moscovites qui cherchent à décompresser.

« Et qui dit Moscovites, dit obligatoirement datchas », renchérit Viatcheslav Alekseevitch. Elles poussent ici presque plus vite que des champignons. Il suffit de traverser quelques rues du centre-ville et en trois minutes de voiture, les voilà. Elles se succèdent, presque à perte de vue. Neuves, moins neuves, décaties, rénovées ou en construction. « En effet, ici, on construit, construit et construit », me lance en plaisantant mon interlocuteur.

Le hasard fait parfois bien les choses puisque ce jour-là, la Russie fêtait ses constructeurs. Tout un symbole pour cette ville qui doit faire face à l’arrivée massive des Moscovites en quête d’un peu d’air frais et pour moi, l’occasion d’en apprendre un peu plus sur les développements de la ville.

Journée des constructeurs

Direction le restaurant Smirnov qui célèbre le travail de tous ces entrepreneurs locaux. A la différence de Moscou, le parking n’est pas rempli de voitures de luxe allemandes mais ressemble plutôt à une concession de voitures japonaises. De plus, on n’y distingue aucun chauffeur assoupi derrière le volant de ces grosses berlines, en attendant le retour du patron.

En pénétrant dans le restaurant, on a l’impression de se retrouver à l’intérieur d’une forêt. Au milieu de ces reproductions végétales, plusieurs générations d’entrepreneurs sont attablées. Même si la plupart ont oublié les paroles de l’« hymne des constructeurs », entonné lors du début de la cérémonie, ils n’ont pas manqué de ponctuer tous les toasts et discours de vibrants « Hourra ! ». Lâché de colombes, remise de prix et spécialités locales achèvent de rapprocher tous les participants. Igor, un habitant de la ville assis à mes côtés se lance : « Regardez un peu tous ces produits frais, montre ce dernier fièrement. Vous ne trouverez pas une telle qualité à Moscou ! »… [rires]

Pour certains, la fête revêt un caractère plus concret. «  Je vais construire un hôtel panoramique d’une dizaine d’étages, un peu comme à Moscou. Les travaux vont bientôt commencer », me confie Vladimir Smirnov. Un restaurateur qui entend bien profiter de l’appétit des Moscovites pour Pouchkino.

Plus qu’avec l’implantation hypothétique de grandes sociétés, c’est peut-être là, dans le tourisme, que réside l’avenir de cette petite ville tranquille de la proche banlieue moscovite. Pouchkino a déjà une gare bilingue, une statue de Lénine pour les nostalgiques, des banias, des forêts et un nom qui fait vibrer nombre de Russes puisqu’il leur rappelle l’une des plus grande figure de la poésie russe.

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