Anticipant la crise, la Russie réforme son marché des capitaux

A mesure que les signes avant-coureurs d’un durcissement de la crise économique apparaissent, la Russie prend des mesures pour en amortir l’impact, réformant son marché obligataire et son marché des capitaux. 

La semaine dernière, le ministre des finances, Anton Siluanov, a déclaré que le pays octroierait à deux des plus importantes maisons de clearing européennes, Euroclear Bank et Clearstream International, un accès direct au marché domestique des obligations d’entreprises dès qu’un dépositaire central sera opérationnel, ce qui sera le cas dans le courant de l’automne.

Euroclear Bank et Clearstream sont deux instituts « dépositaires centraux internationaux de titres ». En d’autres termes, ce sont des sociétés de règlement et de livraison pour les obligations, actions et fonds d’investissement. Elles facilitent la tâche des opérateurs sur les marchés financiers en jouant le rôle d’intermédiaire entre les parties à une transaction au cas où l’une d’elle ferait défaut : c’est ce que les spécialistes de la finance nomment le clearing. Elles offrent ainsi une garantie de dernier ressort entre le vendeur et l’acheteur d’obligations ou d’actions.

Cette évolution permettra aux étrangers d’acheter plus facilement des obligations d’Etat libellées en roubles, ou OFZs, qui sont utilisées par les autorités pour combler les trous qui apparaissent dans le budget de l’Etat.

« Nous attendons des retombées positives, a déclaré le ministre, il est important pour nous de faciliter l’accès et d’augmenter les possibilités pour les investisseurs étrangers d’acheter nos obligations d’Etat sans entraves ».

Les banques autoriseront d’abord la conclusion d’accords sur des obligations souveraines et d’entreprises, puis sur les actions « dans une année environ », a ajouté Anton Siluanov.

Cette orientation découle de la proposition lancée l’an dernier par le ministre des finances de libéraliser le marché obligataire du pays qui atteint 50 milliards de dollars. Mais ce plan s’est heurté à des barrière juridiques et à l’hostilité des acteurs locaux, soucieux de conserver leurs parts de marché face aux plate-formes de clearing internationales.

Investisseurs conservateurs

Dans un régime de marché libéralisé, le gouvernement sera en mesure d’attirer des investisseurs au profil conservateur qui ciblent des projets à long terme, comme les fonds de pension et d’assurances. Selon les analystes, cela devrait rendre l’économie moins sensible aux ralentissements économiques.

A l’heure actuelle, le rendement des obligations libellées en roubles est plus faible que celui des autres marchés émergents. Il ne rapporte cette année que 6,4% contre 16,3% pour les obligations brésiliennes. Comme incitation supplémentaire, les gouvernement supprimera la taxe de 15% appliquée aux détenteurs étrangers d’OFZs.

Les données fournies par la banque centrale russe démontrent qu’actuellement, 5,5% du marché des OFZs est détenu par des étrangers. Les analystes de la banque d’investissement VTB Capital estiment dans un rapport récent que ce chiffre pourrait passer à 15% dans les premiers mois de la libéralisation, puis de 20% à 30% dans les 18 mois.

Compte tenu du faible niveau d’endettement de la Russie et des perspectives de croissance élevée, les investisseurs étrangers pourraient bien se laisser séduire par le marché des OFZ au moment où ils rechignent à investir dans d’autres secteurs de l’économie russe en raison de la perception de risques élevés.

« Tout le monde s’attend à un afflux massif de capitaux parce que l’économie est en croissance et que le fardeau de la dette des autorités est très faible », confie une courtier d’une grande banque d’investissement européenne. « Le risque de crédit est plus élevé sur les dettes des économies développées que sur celles de la Russie », poursuit l’intéressé.

Dette faible

Pour la période 2012-2015, le ministère des finances russe prévoit une dette atteignant 10% à 14% du PIB alors qu’elle atteint presque 80% en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Cette réforme est l’une des composantes techniques d’un projet plus large qui vise à faire de Moscou un véritable centre financier international. Une autre composante fut de conférer au rouble un taux de change flottant, ce qui a été mis en oeuvre à mi-juillet 2012 lorsque la monnaie russe s’est nettement dépréciée par rapport au dollar en raison de la crise de l’euro.

« Ne pas libéraliser le marché aurait affaibli le projet de faire de Moscou un centre financier car il n’y a aucun intérêt à avoir un marché des capitaux de rang international sans être connecté au système de clearing global », relevait le mois dernier un analyste de la banque d’investissement Renaissance Capital.

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