Ces géorgiens qui vivent « quand même » à Moscou

Il y a bientôt quatre ans, en août 2008, la question des régions séparatistes d’Ossétie du sud et d’Abkhazie provoquait un conflit armé entre la Russie et la Géorgie. Le Courrier de Russie a rencontré trois Russes d’origine géorgienne nés à Moscou, pour tenter de comprendre leur ressenti face à cette guerre qui a mis face à face leurs deux pays.

Comment ont-ils vécu le déclenchement de la guerre ?

Mikhaïl, 23 ans, réalisateur : « L’opinion des Russes sur les Géorgiens a radicalement changé avec le conflit. On est passé de l’amour à la haine et, aujourd’hui encore, la Géorgie est dans le top cinq des ennemis du gouvernement russe ».

Nino, 25 ans, traductrice : « Pendant la guerre j’étais en Géorgie. C’était un choc de voir cette guerre incompréhensible éclater et d’entendre ce qu’en disaient les télévisions russes, que l’on capte en Géorgie. Je ne pouvais pas rentrer à Moscou, ni ma famille me rejoindre en Géorgie car les liaisons aériennes étaient coupées. Le fait de ne pas pouvoir rentrer en Russie malgré ma citoyenneté russe, ça m’a fait un choc ».

Irakli, 27 ans, travaille dans le cinéma : « Il y a eu une campagne anti-géorgienne, qui a pris une véritable ampleur à l’approche de la guerre. La désinformation a biaisé l’opinion des Russes sur la Géorgie, même parmi les plus progressistes. En Russie on y pensait comme à un pays primitif, alors que la Géorgie a beaucoup évolué depuis une dizaine d’années. Cette propagande a choqué beaucoup de Géorgiens. J’étais alors journaliste et j’ai couvert la guerre à Tbilissi. Mon arrivée en Géorgie a radicalement changé ma vision du conflit, la situation était très différente de ce qu’en disait la télévision russe ! Ça m’agace que ce conflit au départ politique ait été instrumentalisé par les médias en une guerre ethnique entre les peuples russe et géorgien ».

Être Géorgien à Moscou, Russe à Tbilissi

Mikhaïl : « Les Géorgiens qui avaient de l’argent ont subi une véritable chasse à l’homme, les restaurants et les entreprises surtout ont souffert. Il y a toujours eu un double standard en Russie, quand on est originaire de certains endroits, c’est plus dur d’accéder à des postes importants. Avec la guerre, le phénomène s’est renforcé. »

Nino : « Un jour, pendant la guerre, je pleurais dans la rue. Un soldat géorgien est venu me voir et m’a proposé son aide, bien qu’il ait vu que j’étais russe. Il n’y avait aucune hostilité, les gens s’aidaient sans tenir compte de la nationalité de celui qu’ils avaient en face d’eux. J’ai vu des Ossètes être accueillis tout naturellement par les Géorgiens. La seule différence de toutes façons, c’est qu’en géorgien on dit khinkali [ravioli régional, ndlr], alors qu’en ossète on dit khinkal ! ».

Irakli : « J’ai un passeport russe, donc je ne pensais pas avoir de problème. Mais un jour, alors que j’attendais ma cousine en compagnie de mon cousin dans le Staryi Arbat [quartier de Moscou, ndlr], des miliciens sont arrivés et nous ont demandé nos documents. Quand ils ont vu que j’avais un nom de famille géorgien et que mon cousin était Ossète, ils nous ont emmenés au commissariat – officiellement, parce qu’un escroc tchétchène avait été tué dans le quartier et que l’on soupçonnait les Géorgiens d’avoir fait le coup. Ça nous a compliqué la vie, cette guerre ».

Aujourd’hui, la relation entre Russes et Géorgiens a-t-elle changé ?

Mikhaïl : « Avant la guerre, l’amour des Russes pour les Géorgiens était un héritage historique, une tradition, aussi irréfléchis que la haine qui lui a succédé pendant le conflit. Mais celle-ci n’a pas duré longtemps, car les gens ont tout simplement réalisé que les Géorgiens sont des gens sympathiques, avec qui il est facile de communiquer. Maintenant c’est un vrai amour, plus réfléchi et plus personnel, qui lie les Russes aux Géorgiens ».

Nino : « J’ai emmené certains de mes amis en Géorgie, même si leurs parents voulaient le leur interdire car ils pensaient que c’était un pays dangereux. Ils ont changé d’opinion après l’avoir visité. Il faut réhabiliter l’image de la Géorgie auprès des Russes ».

Irakli : « Il y a un lien fort entre les deux pays, depuis longtemps. Je crois que la Russie a davantage souffert de la séparation due au conflit que l’inverse, elle a beaucoup à perdre en voyant la Géorgie s’éloigner d’elle. »

Comment conçoivent-ils leur double identité, russe et géorgienne ?

Mikhaïl : « D’un point de vue ethnique, je suis, bien sûr, géorgien. Mais je pense qu’il est réducteur de s’arrêter à ces considérations : les valeurs sont plus importantes. En Géorgie, de nombreuses communautés cohabitent depuis toujours, donc les relations entre les gens dépendent plus de leurs qualités humaines que de l’origine ethnique. »

Nino : « Je ne me sens pas plus géorgienne que russe. C’est du 50/50 : je suis une Géorgienne en Russie, une Russe en Géorgie. Je suis fière de mon sang géorgien, mais aussi de mon pays, la Russie. Comme dit Valeriï Meladze [chanteur Russe d'origine géorgienne, ndlr] dans l’une de ses chansons, je me sens étrangère partout, et partout parmi les miens. Mais mon petit-ami est arménien et vit à Tbilissi, donc j’imagine que je finirais par aller vivre là-bas! »

Irakli : « Je suis un Géorgien qui vit en Russie. Mes petits frères vivent à Moscou et ne parlent pas géorgien mais ils portent en eux la culture et les valeurs géorgiennes. J’aimerais pouvoir vieillir en Géorgie mais mes racines sont à Moscou ».

Chronologie7-8 août 2008 : Dans la nuit, la Géorgie lance une attaque armée dans la région séparatiste d’Ossétie du Sud.8-9 août : Se basant sur le fait que la grande majorité des Ossètes du Sud ont un passeport russe, le président Medvedev demande à ses troupes d’intervenir afin de contraindre la Géorgie à cesser les hostilités. Après 4 jours de bombardements violents sur plusieurs villes géorgiennes, Medvedev déclare que les objectifs sont atteints mais les troupes russes restent sur place.

16 août : Un cessez-le-feu est signé.

26 août : La Fédération de Russie reconnaît officiellement l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Elle se dit prête à assurer la sécurité de ces deux États.

 

3 réflexions au sujet de « Ces géorgiens qui vivent « quand même » à Moscou »

  1. roselin

    Je pense a tous ces Georgiens qui ont du quitter l abkhazie des 1990
    ils etaient 43% selon le dictionnaire de snationalites et minorites de
    Roger Caratini.Malgre tout Sakhachvili a manque de sagesse car il aurait
    du rester en bons termes avec la Russie tout comme l a fait l Armenie.
    Ces deux pays ont ete liberes des Turcs et places dans le giron russe des le debut
    du 19es.

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  2. Надежда

    ЗАПОЗДАЛОЕ ПРИЗНАНИЕ
    9 августа, 21:51
    Признательные факты, о которых говорят В Путин и Д Медведев 080812, я знала, и о этих фактах писала в августе 2008г.
    А сейчас могу заявить:
    - В сказанном ИМИ 080812 много лжи и недосказанного. Провокации против Грузии начались в 2002 году. Например, выдача российских паспортов всем желающим Осетии, таким образом в Ю. Осетии появились «наши граждане», о чем козыряет В Путин и вторит Д Медведев.
    Нашли оправдание бомбить территорию Грузии.

    Кому как? А мне стыдно за события 080808!

    Запоздалое признание не имеет срока исковой давности к ответственности за содеянное.

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