Le Lokomotiv Moscou a offert 14 millions d’euros d’indemnité de transfert et un salaire de 4,5 millions d’euros par an pour s’attacher les services de l’attaquant croate Mario Mandzudic. Finalement, la révélation de l’Euro 2012 ne rejoindra pas le championnat russe, qui préfère s’engager avec le Bayern de Munich pour un salaire de 4 millions d’euros par an et une indemnité de transfert de 13 millions pour Wolfsburg.
L’offre du Lokomotiv Moscou était la plus intéressante financièrement de toutes les offres reçues par Wolfsburg pour le recrutement de son joueur croate. Mais le club de la capitale russe a souffert d’un déficit d’image par rapport aux meilleures équipes européennes, comme le concède Svetkovic, l’agent de Mario Mandzukic : « Quand en 2010, je l’ai aidé à passer du Dinamo Zagreb à Wolfsburg, je lui avais promis qu’en l’espace de deux ans, il serait au Bayern Munich. Comme vous le voyez, j’ai tenu ma promesse. Nous avions également une proposition du Lokomotiv Moscou. Il n’était pas important de savoir quelle offre était la plus avantageuse financièrement, Mario voulait se retrouver dans une équipe aussi prestigieuse que le Bayern. Il voulait aussi rester en Allemagne car il parle couramment l’allemand ».
Un intérêt sportif limité
Malgré l’image qu’ils peuvent renvoyer, l’aspect financier n’est pas toujours le seul pris en compte par les joueurs de football quand ils décident de rejoindre un nouveau club. Les meilleurs footballeurs mondiaux veulent jouer dans des équipes compétitives sur la scène européenne et en particulier en Ligue des Champions. L’agent allemand Robert Wittman le rappelle : « Les meilleurs joueurs mondiaux ne veulent pas seulement jouer la Ligue des Champions, ils veulent la gagner ».
« Quand la Russie aura des infrastructures semblables aux grands championnats européens, des joueurs comme Arjen Robben ou Wesley Sneijder [respectivement milieux offensifs du Bayern Munich et de l'Inter de Milan, ndlr] n’auront plus de problèmes pour venir jouer dans la première ligue russe » ajoute Robert Wittman.
Le manque d’infrastructures, de stades modernes et la garantie de sécurité sont souvent mis en avant pour expliquer le désintérêt des joueurs étrangers pour le championnat russe. La Coupe du Monde 2018 organisée par la Russie devrait cependant être bénéfique pour le développement des différentes installations footballistiques.
Un pays méconnu
Pour l’expert russe, Arsène Minasov, agent de joueurs, la réticence de ces derniers à s’engager avec des clubs russes vient davantage d’une méconnaissance du pays bien plus que de l’absence d’infrastructures de haut niveau : « Beaucoup de joueurs occidentaux ne connaissent pas la Russie. Ils réfléchissent jusqu’au dernier moment avant de signer un contrat. Ils continuent à hésiter après avoir dit « oui ». Ils font des recherches sur internet et trouvent des informations telles que l’absence de président à la tête de la Fédération russe de football, une situation financière instable dans plusieurs clubs, des retards de paiement sur les salaires, des stades vides et des supporters violents ».
L’agent russe s’interroge même sur les raisons qui pourraient pousser un bon joueur à venir en Russie : « Avec tout mon respect, je dois avouer que seul l’argent peut attirer les meilleurs joueurs en Russie. Il est difficile de motiver un joueur pour aller jouer un match à Perm sur un terrain artificiel en plein milieu de l’hiver avec des températures extrêmement basses ».
Selon la presse néerlandaise, le club du FC Anzhi Makhachkala aurait proposé 25 millions d’euros à l’Inter de Milan pour recruter Wesley Sneijder et 15 millions d’euros de salaire annuel au joueur.
Pour le journal néerlandais De Telegraaf, bien que Guus Hiddink, l’entraîneur de l’équipe, aimerait le recruter, Sneijder ne veut pas jouer au FC Anzhi. Peu de footballeurs des Pays-Bas ont une vision positive du Daghestan et ne veulent pas jouer là-bas.
Pour Arsène Minasov, les raisons de l’échec de ce transfert sont évidentes : « Sneijder a encore envie de jouer au plus haut niveau dans un grand championnat européen. Le transfert de Samuel Eto’o vers le FC Anzhi était compréhensible car il avait déjà tout gagné. Sneijder est encore motivé. Il n’a pas réussi à s’imposer au Real de Madrid et il a joué une seule bonne saison à l’Inter de Milan. Son objectif est d’acquérir une certaine régularité au plus haut niveau ».
Un championnat peu exposé médiatiquement
Il est aussi à noter que le manque d’exposition médiatique du championnat russe en Europe occidentale pénalise la première ligue de la Fédération. Ainsi, le Lokomotiv Moscou voulait recruter le Brésilien de Wolfsburg, Diego. Le club russe a proposé 10 millions d’euros au club allemand et un salaire de 9,5 millions d’euros au joueur. Malheureusement, la perspective de jouer en Russie n’intéressait pas le sportif.
Selon Andreas Palman, journaliste de WAZ et ami du joueur, « Diego veut retourner au Brésil. Actuellement, le but de sa vie est de participer à la prochaine Coupe du Monde qui aura lieu en 2014 dans son pays natal. Au Brésil, il jouira d’une meilleure exposition auprès du sélectionneur. De plus, il reçoit de nombreuses propositions émanant du Brésil. Santos et Flamengo négocient actuellement avec Wolsburg ».
Une opportunité pour faire pression sur son employeur
Enfin, les joueurs considèrent parfois les offres des clubs russes comme une opportunité de faire pression sur leur employeur ou sur les clubs qui souhaitent les recruter pour gagner plus d’argent. A ce titre, l’exemple de l’italien David Astori est frappant. Les clubs de Cagliari et du Spartak Moscou s’étaient entendus autour d’un transfert de 15 millions d’euros. Le Spartak avait proposé un contrat de 4 ans avec un salaire de 2 millions d’euros par an au joueur italien. Au dernier moment, David Astori s’est rétracté et est resté à Cagliari après avoir fait une déclaration d’amour au club et à ses supporters et avoir obtenu la garantie d’une revalorisation salariale.
La stratégie semble similaire pour le milieu de terrain du Real de Madrid, Lassana Diarra, qui a reçu une proposition de contrat du Spartak de Moscou avec un salaire de 5 millions d’euros par an à la clé. Ce salaire correspond à une augmentation de 1,5 millions d’euros par rapport à ce qu’il perçoit dans la capitale espagnole. Pourtant, la probabilité de voir Diarra rejoindre la Russie est très faible.
Selon le journaliste du quotidien espagnol As, Dani Hidalgo, « un intérêt manifesté par un club russe est une opportunité pour obtenir un meilleur contrat dans un autre club. Diarra est une personne complexe. Il veut jouer constamment et gagner toujours plus d’argent ».
Actuellement, Diarra continue de chercher une opportunité pour quitter le Real de Madrid. Selon Valery Karpine, directeur sportif du Spartak, l’offre du club moscovite court toujours mais le club russe n’attendra pas indéfiniment le bon vouloir du Français. Pour le directeur sportif moscovite, Diarra cherche surtout à recevoir un maximum d’offres afin de faire monter les enchères.

