Zemfira, l’une des chanteuses les mieux payées et les plus prisées de Russie, a accepté d’accorder l’une de ses rares interviews au site internet colta.ru. Cette entrevue était l’occasion de connaître son point de vue sur l’actualité politique russe et de découvrir sa passion surprenante pour le sport. Le Courrier de Russie en a sélectionné des extraits. 
Colta.ru : Quelle est votre position politique ? Êtes-vous allée aux manifestations « Occupy Abay » ?
Zemfira : Tu parles des meetings ? Je n’y vais pas. J’ai tellement de choses à faire, de soucis à régler. Je suis occupée. Je n’ai ni la force, ni le droit de me distraire. J’observe le mouvement. J’ai un studio dans le quartier d’Octobre rouge et au dessus de chez moi, il y a la chaîne de télévision Dojd. Ils ont l’air déchaîné, on se croirait en 1917. Ils veulent être des « révolutionnaires ».
Colta.ru : Ne faut-il pas se battre pour sa liberté ?
Zemfira : Cette idée est difficile à contester, bien sûr. Mais d’un autre côté, je pense que peu de gens se trouvent eux-mêmes. Moi, je me suis trouvée il y a longtemps et de façon très précise. Ce n’est pas à moi d’aller aux meetings. Évidemment, j’ai une opinion sur ce qu’il se passe : je n’aime pas les fraudes électorales, surtout lorsqu’elles sont réalisées de façon aussi provocante. Les gens semblent en colère autant à cause des fraudes elles-mêmes que de la manière de procéder : et il ne faut pas s’en étonner. Moi je n’ai été voter qu’une seule fois dans ma vie : c’était lorsque j’ai eu le droit de le faire, à la majorité.
Colta.ru : Beaucoup de leaders politiques de l’opposition sont outrés que les artistes ne les soutiennent pas. Qu’en pensez-vous ?
Zemfira : C’est une affaire personnelle. Qu’est ce que ça veut dire « outré » ? Il y a des hommes politiques et des activistes sociaux, dont la responsabilité professionnelle est de participer aux manifestations. Mon métier est de me produire sur scène. Est-ce que je m’offusque qu’ils ne viennent pas à mes concerts ? Il y a aussi des artistes dont les créations ont un message social. Ce n’est pas mon cas, je suis une chanteuse lyrique. On m’a écrit beaucoup de lettres sur mon manque d’engagement. Je réponds à chaque fois la même chose : « s’il vous plaît, laissez-moi tranquille ».
Colta.ru : Je comprends pourquoi on vous écrivait. Tout le monde pense que vous êtes une révolutionnaire.
Zemfira : En effet, je proteste. Mais je me révolte plutôt contre les règles de la majorité médiocre qui fait « tout comme il faut ». J’aime penser non pas à la société mais à l’individu en lui-même. Je n’aime pas quand les gens se rassemblent dans une foule ou en groupe. Je crois que le dialogue est la forme la plus parfaite de communication. L’envie de faire partie d’une foule vient d’un manque de réflexion sur soi-même.
Bien sûr, je suis l’actualité et je regarde les informations mais je suis davantage intéressée par le sport. J’aime beaucoup le sport et je suis incollable sur le sujet. Si vous me posez la question, je pourrais vous citer une dizaine de champions pour chaque discipline. Je trouve que les Jeux olympiques sont une fête universelle.
Il y a tellement d’événements sportifs que je n’ai pas assez de temps pour les suivre tous ! D’un côté, il y a Wimbledon et de l’autre le Championnat d’Europe de natation ou les compétitions d’athlétisme. Je connais la plupart des athlètes et j’en soutiens toujours un. Je trouve dans le sport ce qu’il n’y a pas dans le show-business : le combat et la lutte. En plus, le sport est esthétique. Par exemple en natation, les nageurs sont debouts sur le bord de la piscine et ils sont beaux comme des prédateurs. Le sprint est aussi une belle discipline. Huit finalistes qui se préparent pour un 100 mètres et ce pendant quatre ans. C’est un niveau de concentration extrême. Cela demande un véritable travail sur soi. C’est une victoire de l’esprit.
Colta.ru : Mais c’est également une absence totale de réflexion et de travail de la pensée ?
Zemfira : Tu ne sais pas de quoi tu parles. Il y a au contraire énormément de réflexion. Et quelle dramaturgie ! Prenons l’exemple d’un athlète qui se prépare pendant quatre ans pour un unique 100 mètres en finale des Jeux olympiques. Il fait un faux départ : il est éliminé et il part les larmes aux yeux. Je commence chaque journée en consultant les sites internet d’Eurosport et de Sport Express. Le sport me repose, ça me calme.
Colta.ru : Je n’ai jamais compris comment une personne très sprituelle, qui écrit des textes et compose de la musique peut être passionnée par le sport.
Zemfira : Simplement parce que tu ne comprends pas le sport et que tu ne l’aimes pas, petit oiseau insouciant ! Le sport est une question de travail, de patience et d’esprit. Je me sens proche de ces valeurs.

