Un incident diplomatique entre la Russie et l’Arabie saoudite a éclaté à la suite d’une déclaration du ministère des Affaires étrangères russes, jeudi 12 juillet, critiquant la répression d’une manifestation chiite par la monarchie saoudienne. Alors que Riyad dénonce une ingérence dans ses affaires internes, les experts y voient quant à eux une tentative des Russes de détourner l’attention de la crise syrienne.

Photo : Gianluigi Guercia
Le scandale a vu le jour après la déclaration de Konstantin Dolgov, délégué du ministère des affaires étrangères en charge des questions des droits de l’homme et de la démocratie, dans laquelle il commentait « des incidents qui ont éclaté entre les forces de l’ordre et des manifestants qui protestaient contre les atteintes aux droits de la communauté chiite ».
Dans son communiqué, le haut-fonctionnaire russe fait référence aux altercations qui se sont produites entre des manifestants chiites et la police, en marge d’une manifestation organisée dans la ville d’Al-Qatif, à l’Est du pays, et qui ont fait deux morts et vingt blessés, selon les médias.
Mais c’est la fin de la déclaration de Dolgov qui a par la suite fait déborder le vase : « Nous attendons que le gouvernement du Royaume prenne toutes les mesures nécessaires afin de calmer les tensions dans l’Est du pays et d’éviter la naissance d’un mouvement de protestation interconfessionnel, tout en garantissant et respectant les droits de l’homme ».
Selon une source anonyme du ministère des Affaires étrangères d’Arabie saoudite, citée par l’agence de presse SPA, le gouvernement saoudien a répondu à l’annonce de Moscou le samedi suivant, exprimant « son grand étonnement face à la déclaration du délégué qui a fait preuve d’une ingérence scandaleuse et injustifiée dans les affaires internes du royaume d’Arabie saoudite. L’informateur a ajouté qu’il « espérait qu’il ne s’agissait pas ici d’une tentative des autorités russes de détourner l’attention de la crise syrienne ».
Konstantin Dolgov a très rapidement réagi aux critiques de l’Etat saoudien. « Nous sommes très préoccupés par la situation dans cette province d’Arabie saoudite et nous considérons qu’elle représente un danger pour la stabilité de la région », a déclaré le délégué.
Pour ce dernier, il n’y a eu aucune violation de la règle de non-ingérence dans les affaires d’un autre pays : « Nous surveillons simplement avec attention le respect des droits de l’homme dans le monde et les récents événements à Al-Qatif sont très préoccupants sur ce point-là. Cependant, nous ne dictons jamais sa conduite à un Etat, raison pour laquelle ces accusations d’ingérence sont infondées ».
Afin de justifier la position de Moscou, le délégué n’épargne pas non plus les Etats-Unis. « Il y a une énorme différence entre la déclaration de notre ministère et les critiques du Congrès américain à propos du vote de la loi sur les organisations à but non-lucratif par la Douma russe. Dans ce cas précis, il y a eu ingérence d’un pays dans les affaires d’un autre Etat. Pour l’Arabie saoudite, des gens sont morts, nous le relevons et ne dictons aucune politique à suivre au parlement saoudien », a expliqué Dolgov.
Moscou et Riyad s’opposent également sur l’issue du conflit syrien. Alors que la Russie appelle à une sortie de crise pacifique, l’Arabie saoudite est en faveur d’une intervention armée aux côtés des insurgés.
« Cela fait deux à trois mois que les médias saoudiens tiennent des propos anti-russes lorsqu’ils traitent de la situation syrienne. Leur thèse est que les Russes, en soutenant le régime de Bachar Al Assad, apportent leur soutien à la communauté chiite au détriment des Sunnites », a confié un diplomate russe.
Il semblerait ainsi que le conflit éternel opposant les deux branches de l’Islam soit au centre des tensions. « Cela fait plusieurs années déjà que l’Arabie saoudite applique une politique tendant à soutenir les mouvements sunnites désireux de prendre le pouvoir. Et cette dernière est tellement visible à l’heure actuelle, qu’elle a provoqué une réponse des plus vives de la part de Moscou », estime Evgueniï Satanovskiï, président de l’Institut du Moyen-Orient.
Ce n’est cependant pas la première fois que la Russie rencontre des problèmes avec un pays à majorité sunnite. Le 29 novembre 2011, une altercation entre l’ambassadeur russe au Quatar, Vladimir Titorenko, et des douaniers à l’aéroport de Doha, s’était conclue par une dégradation des relations entre les deux pays.

l’Arabie Saoudite ne s’ingère t-elle pas dans les affaires internes de l’Etat Syrien? pire encore; le pays arme la rébellion Syrienne en vue de déstabilisation du régime d’Alassad. je vois le cas Syrien comme un conflit religieux entre les chites et les sunites. Mais la situation devient plus grave
Il serait totalement naïf de croire que la dynastie Saoud oeuvre pour le bien de l’humanité et de la démocratie (blabla) en ne soutenant que les insurgés de confession sunnite à travers le monde… Il faut garder en mémoire que ce sont des cheiks qui ont fondé leur pouvoir sur une alliance militaro-religieuse avec les intégristes de la pire espèce. Des considérations pour le triomphe de l’islam sunnite et l’islamisation des pays environnants et au-delà ne serait guère surprenant. D’autant plus que le cheikh doit donner le change à des religieux extrêmement frustrés par le pouvoir ces 20 dernières années…
A l’évidence l’Arabie-saoudite croit qu’elle dispose du droit unique à armer des fanatiques pour alimenter des guerres en Syrie et ailleurs(Tarstan???)…
Mais quand il s’agit de regarder du côté de chez eux,…,on voit bien qu’ils n’aiment pas la liberté des chiites et les répriment.
Et le Monde fait semblant d’ignorer cela.