Depuis les inondations qui ont frappé la région de Krasnodar vendredi 6 juillet 2012, un élan de générosité exceptionnel a touché la population russe. Des camps de collecte d’aide humanitaire ont ainsi vu le jour dans de nombreuses villes de Russie et des tonnes de denrées ont été envoyées dans la zone sinistrée. Des convois de bénévoles partent de Moscou pour Krymsk, la ville la plus touchée de la région. Qui sont-ils ? Pourquoi ont-ils choisi de partir ? Rencontres.

Sergueï Ponomarev
« Tout a commencé grâce à la communauté de journalistes qui s’était réunie au Klub Zavtra à Moscou, dimanche dernier [8 juillet, NdT]. Le mouvement consiste à venir en aide aux sinistrés du Sud de la Russie. Cela demande énormément de travail mais le résultat est incroyable. Beaucoup pensent qu’il suffit d’envoyer des affaires sur place et que le reste suivra. En réalité, il faut les trier, les emballer, etc. Plein de choses inutiles, comme des affaires sales ou encore des albums photos sont à enlever. Ce n’est pas sérieux ! D’un autre côté, on vient juste de recevoir deux ordinateurs portables, 6 téléphones et un fauteuil roulant. Ce sont des dons très utiles. »
Mitia Alechkovskiï, coordinateur des volontaires, célèbre blogueur et photographe russe.
« Je suis chauffeur routier de profession et c’est précisément ce dont les coordinateurs pour l’aide humanitaire ont le plus besoin. Mon employeur m’a instantanément autorisé à rejoindre le mouvement, il soutient lui-même cette initiative. C’est avec mon propre véhicule que je fais tous les trajets et j’y consacre tout mon temps. J’ai vécu à Krasnodar en 2002 et ma famille y vit encore. Grâce à Dieu, ils habitent dans le Nord de la région et n’ont donc pas été touchés par les inondations. Bref, je charge et je prends la route ! »
Sergueï Vladimirovitch, chauffeur routier.
« Je n’avais jamais fait de bénévolat aussi activement avant cela. La première fois, c’était dans la ville de Riazan lors des grands incendies de 2010. Je suis tombé sur un appel à volontaires sur Internet et, ému par ce qu’il se passe dans la région de Krasnodar, j’ai décidé de rejoindre le mouvement sur le champ. Dans le camp, la cohésion règne, comme si l’on faisait tous partie d’une grande famille. Même si aucun de mes amis ne participe à l’initiative, cela ne m’empêche pas d’être très heureux d’aider des inconnus. Bien sûr, le ministère des situations d’urgence fait le plus gros de la tâche mais notre travail la complète et les raisons de notre présence sur place sont parfois différentes. Les volontaires sont plus libres et en même temps plus consciencieux car nous ne sommes pas là par obligation mais par choix. En pratique, le résultat est plutôt concluant. »
Sergueï Filonovitch, 23 ans, sans emploi.
« Alors que je venais à peine de rentrer d’un camp d’été, l’annonce des inondations dans le Sud de Russie faisait la une de tous les médias. J’ai ensuite appris qu’un camp de volontaires avait vu le jour à Moscou et j’ai de suite rejoint le mouvement. Il m’est venu alors l’idée de faire plus que du simple tri sur place. J’ai fait mon sac et me voilà partie pour Krymsk ! Je pense y rester au minimum une semaine. La rumeur dit que la situation est difficile là-bas et que le travail que font les filles est très rude. Mais tant pis. Rien ne me retient à Moscou. Quant à ma mère, elle ne sait pas encore que je vais là-bas. Maman, ne t’inquiète pas, je ferai attention ! »
Katia, 20 ans.
« Je suis originaire de Volgograd et j’étais simplement venue à Moscou pour les vacances. Je n’avais absolument pas prévu de voyager jusqu’à ce qu’à cette tragédie et que cet élan de générosité commence. Comment pourrais-je rester ici, insensible à ce qu’il se passe ? J’ai du temps et de l’énergie à revendre. Les organisateurs ont planifié tout le voyage et un camp pour volontaires a même été monté à Krymsk. Je suis très excitée à l’idée de partir là-bas, en plus certains de mes amis y sont déjà. Hier, j’ai acheté tout l’équipement nécessaire et je compte y rester le temps qu’il faudra… ou bien jusqu’à que mes nerfs me lâchent. »
Ioulia Vlasenko, serveuse.
« Dans mon travail, j’ai la chance d’avoir un emploi du temps très flexible, c’est pourquoi j’ai pu me libérer pour trois ou quatre jours. Avant de prendre la décision de partir, je suivais de très près la situation dans la région de Krasnodar. Ces images me hantaient, je n’arrivais plus à dormir, il me fallait agir. Pour moi, ce que font les membres du ministère des situations d’urgence n’est pas suffisant. Les habitants des villes touchées crient à l’aide et le pouvoir est incapable de les aider. Si lui ne le peut pas, c’est donc à nous d’agir. »
Evgueniï.
« C’est la première fois de ma vie que je pars en mission humanitaire. C’est très important d’aider la population de cette région du sud. Même mes parents me soutiennent dans cette entreprise personnelle. J’ai la chance d’avoir pu me libérer de mon travail, mon père, lui, n’a pas pu, hélas. C’est néanmoins lui qui m’a poussée à partir. Je ne peux pas y aller mais toi, vas y. Je serais très déçu si tu ne partais pas, m’a t-il dit avant mon départ. »
Sarah, 20 ans, designer.
« Ma mère travaillait pour le ministère des situations d’urgence : je suis donc habitué à me déplacer dans de telles situations. Je veux aussi être secouriste quand je serai plus grand, c’est sûr. Nous resterons à Krymsk dix jours, ou peut-être plus, qui sait ? Nous allons aider des gens. Je suis au courant de tout, j’ai lu des articles sur les inondations et des rapports sur la situation. Même si je suis encore petit, je n’ai peur de rien et je sais très bien en quoi je pourrai me rendre utile et comment ne pas gêner les adultes. Et bien sûr, j’aiderai ma mère car je sais que cela risque de ne pas être une partie de plaisir une fois sur place. »
Jenia, 10 ans, écolier.
« Après avoir vu toutes les photos et les vidéos sur les inondations dans la région de Krasnodar, j’ai posté sur mon compte Twitter que si j’avais la possibilité de partir à Krymsk aider la population, je le ferais sur le champ. Je vis à Krasnoïarsk [en Sibérie, ndlr] et n’avais pas les moyens d’acheter un billet pour Moscou. A ma grande stupeur, plusieurs de mes amis et de parfaits inconnus ont relayé mon message. Et, un jour, je reçois un coup de téléphone d’un parfait étranger avec qui je bavarde et qui m’achète un billet d’avion pour la capitale. A peine arrivé ici, me voilà parti pour Krymsk ! Je resterai là-bas le temps nécessaire. D’après moi, le pouvoir actuel est totalement déconnecté de la réalité. Il sous-estime la situation et le besoin en bénévoles sur place. En clair, je pars à Krymsk pour aider les sinistrés et à la fois pour montrer au gouvernement comment faire le bien autour de soi. »
Roman, prolétaire.
« Toutes les activités qui ont actuellement lieu sur cette place constituent, selon la loi, un rassemblement illégal. En réalité, c’est une action auto-gérée. Jusqu’à présent, les autorités ne se sont pas manifestées et font preuve de calme et de compréhension à notre égard. Par exemple, hier des personnes ivres ont fait irruption sur la place, gênant le travail des volontaires. La police est arrivée et nous en a débarrassés. A l’heure actuelle, nous mettons en place un programme de vaccination pour les volontaires qui partent pour Krymsk car la situation sanitaire sur place est désastreuse. Les vaccins se feront soit avant le départ, soit à l’arrivée. »
Sergueï Pospelov, leader d’un mouvement de jeunesse.
