
Ce n’est pas parce que le monde moderne n’incite plus aux aventures de chevalerie que les hommes y renoncent. Certains trouvent encore le courage de se lancer dans des voyages véritables, faits aussi d’imprévu et de difficultés. Nicolas Ducret est de ceux-là. Aujourd’hui directeur adjoint de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe à Moscou, il a traversé à cheval, en 2007, quatre pays d’Asie centrale : le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et l’Afghanistan. Lors de ce voyage de six mois, Nicolas a parcouru, avec pour seuls compagnons ses deux chevaux, 3 300 kilomètres de steppes, de déserts et de montagnes.
Vivre ses rêves
De son périple, il ressort avec la conviction de devoir toujours mener ses rêves à bon port et de ne jamais se laisser décourager. « Tout au long de mon voyage, j’ai croisé des gens qui m’assuraient que je tentais l’impossible », se souvient Nicolas. Impossible, disaient-ils, pour un Français, d’aller à cheval jusqu’à Kaboul sans être attaqué par un ours, dévoré par un loup, égorgé par un bandit de grand chemin ou, au mieux, dépouillé par des ivrognes désespérés. Des représentants de la dernière espèce ont effectivement assailli Nicolas, un jour, quelque part entre le Kirghizstan et le Tadjikistan, tentant de lui voler montures et bagages. Mais quelques coups de cravache ont suffi à les décourager. Et les heureuses rencontres ont été autrement plus nombreuses.
Plus d’une fois, Nicolas se découvrait assis dans une yourte, une tête de mouton fumant dans son assiette : les hôtes avaient considéré de leur devoir, à l’arrivée du voyageur, d’abattre l’animal et de lui en offrir la partie la plus prestigieuse. Un autre jour, Nicolas frappait à la porte d’une cabane, au sommet d’un rocher. Le maître des lieux, autrefois chauffeur de taxi à Almaty, s’était refugié dans la montagne une vingtaine d’années plus tôt – et ne voulait plus la quitter. « Kaïnola, c’était son prénom, était persuadé que le monde extérieur était plein de dangers et que le seul moyen de les éviter était de ne pas s’en approcher du tout », explique Nicolas.
Le cavalier a pourtant trouvé un accueil chaleureux chez l’ermite et, une semaine plus tard, a même réussi à lui faire faire le voyage jusqu’à une ville voisine – « extrêmement dangereuse, où même les femmes boivent », à en croire Kaïnola. Il y allait à reculons, armé d’une carabine pour accueillir les ours. Pourtant, une fois au milieu de ce monde de restaurants et de supermarchés, il a redécouvert en lui le Kaïnola qu’il avait toujours fui : celui qui brisait les cadres, dépassait les limites et cherchait le sens de la vie au fond d’une bouteille. « Un soir, il a bu plus que de coutume, puis a disparu. Je ne l’ai jamais revu », regrette Nicolas.
Les ravages de la vodka, Nicolas les a observés – et éprouvés – plus d’une fois au cours de son périple. Ses hôtes lui en offraient en grande quantité, pour pouvoir, en l’espace des quelques heures que durait sa visite, apprendre l’essentiel sur leur invité de hasard… « Les plus belles histoires se font jour et les confidences viennent mieux sous l’effet de la vodka », admet Nicolas. Même s’il confie avoir été soulagé de « remplacer peu à peu l’alcool par le thé en allant vers le Sud ». Au Tadjikistan, en effet, la population, musulmane, ne boit pas d’alcool. « Au Kazakhstan, ils sont aussi musulmans – mais j’en ai vu quelques-uns trinquer à la santé du prophète ! », sourit Nicolas.
Un pacte avec ses chevaux
Si des rencontres ponctuent son voyage, Nicolas avance, la plupart du temps, seul – sur le dos d’un cheval, en menant un autre à ses côtés, chargé des bagages. Ondulant sur sa selle, il tourne les pages d’un roman de Dostoïevski. « J’ai lu Les Frères Karamazov lors de ma chevauchée, confie Nicolas. On a, en voyage, beaucoup de temps pour réfléchir – et Dostoïevski y offre mille occasions. » Ses chevaux vont au pas, parcourant en moyenne 35 km par jour. « Nous avions un accord, moi et mes chevaux, précise Nicolas. Le jour, ils avançaient sagement sans se laisser tenter par l’un ou l’autre buisson à dix mètres du chemin, et le soir, je leur trouvais une clairière pour brouter à discrétion. »
Monté pour la première fois sur un cheval à six ans, Nicolas, à trente ans, sait à merveille établir une relation de confiance avec la bête. « Il n’y a pas de chevaux incapables. Ce que l’on ne pourrait pas dire des cavaliers », estime-t-il. « Il appartient au cavalier de sentir la nature d’un cheval et de lui expliquer correctement ce qu’il veut, poursuit Nicolas.
Pour se faire obéir sans contrainte, l’homme doit avant tout penser à rendre sa bête heureuse. » Un but qui s’atteint aisément quand le cavalier ne se contente pas d’imposer ses désirs au cheval mais sait également rester à son écoute. « À l’hippodrome de Moscou où je m’entraîne actuellement, quand je monte à cheval, je le laisse pendant un moment faire ce que bon lui semble – brouter, galoper, s’amuser. Le travail ne commence qu’après », explique Nicolas. Avec cette même méthode, il avait apprivoisé ses deux compagnons de voyage, Musicien et Tsigane – qui, ayant parcouru les steppes kazakhes, l’emportent sur les terres arides du Kirghizstan « où les gens sont pauvres et malheureux », puis sur les monts tadjiks « où l’on peut laisser ses affaires au milieu d’un village pendant quelques heures en étant certain que personne n’y touchera », et enfin sur les routes pierreuses de l’Afghanistan, où Nicolas est contraint de prendre un guide qui s’en ira une nuit en emportant toutes les vivres. Peu importe. Car Kaboul, cette « ville douce » qui a nourri les rêves de Nicolas le long de son périple lui ouvre enfin ses portes. L’arrivée était « merveilleuse et terrible » : l’impossible avait été rendu possible mais le voyage touchait à sa fin.
À Kaboul, Nicolas vend ses chevaux, s’installe chez un ami et dort pendant toute une semaine avant de repartir en France. Bilan : une série de photos remarquables, le livre Cavalier des steppes que Nicolas rédige une fois de retour et une connaissance de soi plus profonde, acquise au prix d’épreuves successives – but véritable de tous les voyages entrepris par les hommes depuis la nuit des temps, Ulysse le premier.

Haha! Mais il me semble que Nicolas Ducret chasse aussi la baleine! Esperons que le theme inspire de nouveau Inna…
Excellent article d’Inna Doulkina, mais je trouve le sujet totalement ininteressant.Ce n’est qu’une publicite pour Nicolas Ducret qui au lieu de faire son periple incognito, a besoin des journalistes et des cameras pour faire son Vladimir Poutine (Poutine a cheval dans les steppes de l’Oural, Poutine pilote de course, Poutine chasseur de baleines)