Apprentis sorciers

En Russie, tout va bien ou presque. Le baril de pétrole étant au plus bas, on serre les fesses. Les difficultés en Europe pèsent et chacun comprend que la Russie continuera sa route vers la modernisation pour peu que l’activité économique ne faiblisse pas. On regarde le reste du monde sans trop le comprendre. On s’accroche à son job. L’été aidant, on modère sa consommation et on se recentre sur des valeurs classiques : la famille, les petits travaux, la culture. Dans l’adversité, on a une gestion de bon père de famille et ce, jusqu’au plus haut niveau de l’État. Toujours étranger même après 18 ans, je ne suis pas choqué et je me sens même plutôt bien en Russie. La réduction de la folie consumériste me rapproche même des Russes et je suis presque enclin à croire que nous ne sommes pas différents. Reste à vérifier que la France que j’ai toujours en tête existe encore.

J’étais justement dans le Berry samedi dernier pour assister au mariage d’un ami d’enfance. Bo-nheur et tradition, la vraie France, pouvait-on présumer. Loin de là. D’abord, parti le matin même de Moscou, ce fut la course. L’avion de 7 heures 15 et la joie de tomber sur le siège « E » aux issues de secours. À la gare d’Austerlitz, un train tagué de toutes parts et, à l’arrivée à Châteauroux, on se serait cru à Bamako. Ensuite, il s’agissait d’un remariage et le curé qui faisait une simple bénédiction était bien embarrassé avec les mots fidélité et fécondité. Il faut dire que cinq enfants de divers lits, y compris le dernier, âgés de 2 à 21 ans assistaient à la cérémonie. Je ne pouvais m’empêcher d’avoir l’impression que le curé, à l’image de nos pauvres préfets, procédait à une régularisation de « croyants » sans-papiers et entérinait du même coup un futur regroupement familial dans les cieux. Le plus marquant, c’est que tous les invités présents, à deux exceptions près dont moi-même et ma tendre épouse, étaient dans la même situation. Une flopée de gamins un peu perdus, entourés de frénétiques géniteurs toujours en recherche d’absolu. Me gardant de mesurer les âmes et les cœurs, je mesure chaque jour un peu plus combien les voies du Seigneur sont impénétrables.

Mai 68 et la libération sexuelle n’expliquent pas tout. D’autant que vingt ans après, tous ces copains ou copines ressemblent plus à des éclopés de l’amour qu’à des bêtes de sexe. Mais comment avoir une vie « normale » quand plus rien ne permet de trouver sa voie. Le comble, c’est que ce mariage était à l’image de la société française d’aujourd’hui : une grande « famille » composée de travailleurs terrorisés par le chômage entourés d’hommes politiques jurant leurs grands dieux qu’ils entrevoient un modèle sociétal parfait. Comment la société française a-t-elle pu à ce point s’éloigner de ses valeurs ? Et si Châteauroux ressemble à Bamako, demandons-nous quand la commune de Marmagne en Côte-d’Or qui n’est pas si loin de Châteauroux et qui abrite l’abbaye de Fontenay, la plus vielle abbaye cistercienne encore debout, subira un affront pareil à l’autodafé architectural et religieux des voyous d’Ansar Dine (défenseurs de l’Islam) à Tombouctou.

Plus que jamais notre culture, nos valeurs doivent être défendues mais quelles sont-elles ? La croissance ? La solidarité ? Des incantations théoriques et creuses justifiant plus de privations de liberté. Et le spectre est large. Cela va des impôts confiscatoires à l’obligation pour les agriculteurs d’avoir un éthylotest dans leur tracteur. À trop façonner l’homme moderne, notre société produit au mieux des Monsieur Muscle et des Barbies, au pire des obèses et des Mères Denis, tous plus désinnervés les uns que les autres, hébétés devant des hommes politiques en panne d’idées. Autrefois, les socialistes promettaient la lune. À présent, ils se piquent d’être bons gestionnaires. On ne leur demande pas tant. Juste qu’ils se contentent d’un peu de bon sens et d’accepter la réalité.

La France a des dettes, qu’elle les paye ! La charge est trop lourde. OK ! Mais refuser l’obstacle ne fait pas mieux sauter. Pourquoi quand il s’agit de l’État, se contente-t-on, comme hier Jean-Marc Ayrault, de pérorer au perchoir ? Et pas de danger que cela s’arrête. Alors qu’on interdit aux Français de travailler plus de trente-cinq heures par semaine, le ministre du Travail veut une loi interdisant aux entrepreneurs de gérer les entreprises (loi sur l’interdiction des licenciements). Le ministre porte bien son nom. Tout cela sent le sapin.

Tous ces hommes politiques, pour beaucoup issus de l’Éducation nationale, ont-ils jamais gagné un seul euro de leurs propres mains ? Assez de ces ayatollahs

Yakafokon ! Ces technocrates confondent tout. Le pouvoir et l’autorité ne sont pas synonymes de compétence et de puissance. D’ailleurs, ce n’est pas ce qu’on leur demande. Alors qu’on attend de la bienveillance, ceux-ci se croient investis d’une mission divine et finissent en pères fouettards. Obnubilés par l’argent, qu’ils taxent qui bon leur semble (les riches, Total et les autres… c’est-à-dire vous et moi), ils ne feront que détruire un peu plus notre société millénaire construite sur des principes simples de travail et de culture. La culture au propre et au figuré. Cultiver son champ ; savoir d’où l’on vient. Travailler, produire et reproduire. Assurer la descendance. Des choses simples mais on en est loin. Et ce n’est pas le vote des étrangers ou le mariage ni l’adoption par les homosexuels qui aideront à retrouver la route.

Heureusement, quand on construit de travers, tout s’effondre. La crise d’abord, cette grande fièvre qui a touché le monde libéral pour qu’il comprenne que la richesse est plutôt faite d’hommes que de rendements. La politique ensuite, navrante, quasi-totalitaire avec des élus qui, croyant détenir les clés du pouvoir et donc du paradis, critiquent le monde financier mais gèrent la France comme un fonds de pension. Le monde religieux enfin, trop silencieux sur beaucoup de sujets de société, qui s’effondre de lui-même.

Le mieux est l’ennemi du bien. C’était vrai pour Sarkozy, ça vaut pour Hollande aussi. Vu de Russie, l’Europe et la France, c’est la boîte de Pandore. Sans doute la société est si belle et le soleil si haut que le travail ne sert à rien. Mais à se mêler de tout et de rien, à nier les évidences, personne ne trouve plus sa place et perd toute espérance. En Russie, c’est plus simple. Il faut être et rester soi-même envers et contre tout, même quand tout va bien, du moujik jusqu’au président. On est ainsi prêt à tous les combats sans besoin d’un quelconque préavis. Que faut-il espérer d’autre, sinon rester maître de son destin ? En Russie je m’épanouis. En Europe, mes amis dépérissent. En France, « l’homo democraticus » est, comme autrefois les juifs, étiqueté. Minorité voilée, minorité écolo, minorité féminine, minorité gay etc… Tous protégés mais interdits de pouvoir être eux-mêmes. Une société, une assemblée tient à beaucoup et peu de choses. En religion, c’est pareil. On prie bras ouverts pour chanter le Notre-Père, il faut se serrer la pogne à l’Offertoire en signe de paix, les jeunes enfants doivent se croiser les bras sur la poitrine en attendant de pouvoir communier ; les plus avant-gardistes, les groupes « charismatiques », chantent, éructent ou tombent en transe. Beaucoup de gestuelle, de signes et de codes. Tant et si bien que le dimanche à l’église, tout le monde est perdu et plus personne ne chante, ni ne prie.

A réinventer la roue, on perd la force des choses simples. La semaine prochaine, j’irai fêter la saint Benoit chez les Bénédictins. Là, pas de surprise. L’Ordo missae et les cantiques ont près de sept siècles et ont eu tout le temps d’être épurés. Contre toute attente, ils livrent plus que jamais toute leur quintessence. Si seulement les hommes politiques pouvaient faire de même. Plutôt que de jouer les apprentis-sorciers, nous baratiner ou rêver d’un charisme qu’ils n’auront jamais, qu’ils remboursent la dette et qu’ils nous présentent l’addition, nous la paierons pour peu qu’ils nous laissent la liberté de rester nous-mêmes et de travailler.

3 réflexions au sujet de « Apprentis sorciers »

  1. Baba Yaga

    Merci de nous dire que c’est bien un français qui écrit l’article : ca pue le racisme plein nez. Que ce monsieur n’aimes pas la France et qu’il parte ou il veux nous on y est bien et on est pas tous comme lui. Il ne sait pas apprécier les choses en France et donne en Russie une mauvaise image en cassant son pays d’origine. Qu’il sache que les russes de bases n’aiment pas plus les “arrogants français” qui se comportent dans leurs colonies comme des Maitres avec les indigènes ! La France a envahis pas mal de pays maintenant elle a des français originaires de ces pays. ON ASSUME Jean-Luc ou alors partez sur Mars !

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