Qu’est-ce qui pousse les jeunes Russes à rester avec leurs parents bien qu’ils aient déjà dépassé 20 ans bien sonnés ? Le Courrier de Russie a interrogé trois « Tanguy ».

Ces jeunes adultes qui peinent à quitter leurs parents
Anna, 27 ans, est spécialiste de communication dans une compagnie pétrolière. Elle gagne 50 000 roubles par mois [1250 euros, ndlr] mais vit avec ses parents et son copain dans un trois pièces au centre de Moscou.
Pouquoi vivre avec ses parents ? Cela fait 2 ans que l’on vit avec mes parents : malgré le fait que mon copain possède un appartement, on en a décidé ainsi. D’abord, parce que nous sommes plus proches de nos bureaux respectifs : nous avons 20 minutes de trajet seulement même lorsqu’il y a des embouteillages. De l’appartement de mon compagnon, il nous fallait deux heures pour nous rendre au travail. Evidemment, il y a également une raison financière à cela. Nous avons bien cherché un appartement à louer mais les prix sont exhorbitants : la moitié de nos revenus suffiraient à peine pour un logement excentré et assez banal. Et puis après ? Nous n’aurions plus d’argent ni pour voyager, ni pour les loisirs. Ce n’est pas une vie !
Comment se passe la cohabitation ? Mon père est très content que l’on vive tous ensemble, cela correspond à sa vision de la famille, alors que ma mère se sent un peu mal à l’aise. Nous avons tous des horaires différents et nous ne nous croisons pas souvent, il n’y a pas de « dîners en famille » tous les soirs ! Nous cohabitons bien et les problèmes que nous rencontrons ne sont pas insurmontables, sinon nous serions déjà partis. En même temps, ce n’est pas facile tous les jours. Les relations de couple ne sont déjà pas évidentes à la base, alors quand la famille s’en mêle c’est encore plus compliqué. Je ne veux pas me chamailler avec mon copain devant mes parents… mais il faut bien extérioriser ses sentiments, non ?
A quand le départ ? Je ne vois pas vraiment de solution à notre problème. Surtout que cette situation convient parfaitement à mon compagnon et que personne ne nous demande de partir pour l’instant… Bien sûr, lorsque nous aurons des enfants, ils faudra bien déménager. Je ne pourrais pas les élever ici, avec ma mère à côté en permanence !
Marina, 27 ans, est chef de projet dans une organisation caritative et gagne 60 000 roubles par mois. Elle vit avec sa gand-mère dans un trois pièces en banlieue de Moscou.
Pouquoi vivre avec ses parents ? Je suis arrivée dans la capitale en 2004 pour y faire mes études à l’Université d’Etat de Moscou. A 19 ans, trouver un boulot dont le salaire est suffisant pour payer un appartement, c’est quasiment impossible, alors je me suis installée d’abord chez ma grand-mère. Ensuite j’ai un peu tout essayé : j’ai vécu dans un appartement avec des collègues, des gens très sympathiques. Puis j’ai habité au Maroc pendant 6 mois dans des conditions assez précaires… Je ne me suis installée définitivement à Moscou qu’en 2010. Pour moi, vivre seule n’est plus un but en soi. A 18 ans, on a envie d’indépendance, mais ensuite on change de priorités : lorsqu’on devient adulte, on se rend compte qu’on est capable de prendre soin de quelqu’un d’autre.
Comment se passe la cohabitation ? Ça m’arrange de vivre avec ma grand-mère : j’ai une chambre pour moi toute seule, on habite près d’une forêt et malgré le fait que ce soit excentré, la liaison avec le centre est bien assurée : nous avons des électritchkas (train de banlieue), des marchroutkas, etc. Il se trouve qu’en plus, je n’ai pas besoin de me rendre au bureau tous les jours.
Le fait d’avoir vécu à l’étranger, loin de ma famille, m’a fait prendre conscience à quel point cette dernière compte pour moi. Je me sens responsable de ma grand-mère et je refuse de la laisser seule. A quoi cela sert-il de vivre avec des gens que l’on connaît à peine quand un membre de la famille a besoin de quelqu’un sur qui il puisse compter ? L’essentiel, c’est d’être adulte dans sa tête. Si tu te conduis comme un adolescent, eh bien on te traite comme tel.
A quand le départ ? Si je pars un jour de chez ma grand-mère, ce sera uniquement pour des raisons pratiques – si je change de boulot et dois me rendre au bureau tous les jours, par exemple. Mais il n’y a aucune pression sociale : les gens s’en foutent de l’’endroit où tu vis ! Tu peux très bien vivre seul et être immature… l’important, c’est ta carrière, qui tu es.
Vladislav, 24 ans, est traducteur free-lance et gagne 50 000 roubles par mois. Il vit avec sa mère et son père dans un trois pièces au sud de Moscou.
Pouquoi vivre avec ses parents ? J’ai grandi à Moscou et suivi mes études ici : je n’avais donc aucune raison de déménager. Il y a quelques années j’ai vécu avec mon amie dans un appartement, que nous avons loué pendant un an. Une fois que nous avons rompu, je suis retourné chez mes parents… Je m’y sens bien, même si je ne peux pas inviter d’amis. Ces derniers sont d’ailleurs bien souvent dans le même cas que moi, je n’y vois donc rien de stigmatisant. Je pense de toute façon qu’il vaut mieux vivre avec ses parents qu’avec des amis, parce ce qu’en amitié, il y a un grand risque que le quotidien de la colocation détruise les relations. Vivre avec des gens qui me sont inconnus ne m’attire pas vraiment non plus. Je ne suis pas séduit par l’idée de squatter dans une atmosphère trash, avec des garces et de la cocaïne !
Comment se passe la cohabitation ? Je ne vois aucun inconvénient à vivre avec mes parents. Parfois je ne les vois pas pendant des semaines, parce qu’on a des plannings différents. Nous ne nous disputons presque jamais. Il arrive que mon père se lève pour boire de l’eau à 4 heures du matin, il me regarde travailler devant l’ordinateur et me demande « Pourquoi tu ne dors pas ? » : je lui retourne la question et ça s’arrête là. Je pense que les membres de ma famille sont assez cultivés et intelligents pour éviter toutes sortes de querelles.
A quand le départ ? Il y a deux raisons qui pourraient m’inciter à déménager : un salaire énorme ou une femme avec qui je voudrais fonder une famille.


J’ai quitté mes parents à 23 ans, je crois qu’il faut apprendre à vivre indépendamment. Ils sont encore enfants à on avis.