L’indice MICEX des principales valeurs de la Bourse russe a perdu près de 20% depuis le mois de mars. Début juin, le rouble frôle les 0,3 dollar, soit ses plus bas niveaux depuis 3 ans face au dollar. Des signaux qui traduisent les doutes des investisseurs quant à la façon dont la Russie pourrait surmonter une nouvelle crise mondiale.

Après la multiplication des manifestations hostiles à Vladimir Poutine, qui n’ont pour l’instant pas été suivies d’effets sur la politique globale menée par l’homme fort de la Russie, les marchés financiers sanctionneraient-ils la faiblesse des réformes structurelles engagées par Dmitri Medvedev au cours de 4 dernières années ? Eh bien non, tous les spécialistes s’accordent plutôt à dire qu’il s’agit là d’un problème lié à l’évolution de la conjoncture économique mondiale.
Le budget russe souffre
Le prix du baril de pétrole oscille autour des 100 dollars. Or, pour que le budget de l’Etat russe reste à l’équilibre, celui-ci devrait évoluer aux alentours des 120 dollars car à ce niveau de prix, les seuls revenus tirés de la vente de pétrole permettent de financer le budget de l’Etat.
Cette baisse du prix du pétrole découle principalement des risques qui planent sur la conjoncture mondiale, compte tenu des difficultés que connaît l’économie européenne. En plus des problèmes de la Grèce, qui pourrait sortir de l’Union économique et monétaire, il est aujourd’hui question d’un plan de recapitalisation des banques espagnoles qui pourrait coûter près de 100 milliards de dollars.
Des nouvelles qui inquiètent jusqu’au président de la Banque centrale américaine qui a concédé réfléchir à la mise en place prochaine de mesures de soutien à l’économie, d’autant plus que le pays fait face à une remontée du taux de chômage –8,2%, alors que ce dernier baissait régulièrement depuis l’automne 2011.
Dans un environnement économique mondial qui fait toujours face aux conséquences de la crise des dettes souveraines, l’optimisme n’est donc pas vraiment de mise et la probabilité d’assister à une nouvelle contraction de l’économie mondiale dans les mois qui viennent explique la baisse des cours du brut.
Le rouble sous pression
« Le rouble est très sensible à l’évolution des marchés mondiaux. Avec la baisse des cours du pétrole et les risques qui s’amoncèlent sur l’évolution de la conjoncture mondiale, la monnaie russe est soumise à une forte pression », explique Natalya Novikova, chef économiste de Citibank à Moscou.
Le véritable défi pour l’économie russe est de garder le contrôle de son déficit budgétaire face à la baisse des cours du brut. « Les dépenses de l’Etat russe, impossibles à stopper du jour au lendemain, sont trop élevées au vu des variations du prix du pétrole », estime en effet Natalya Novikova.
L’analyste avoue attendre avec impatience la publication du budget fédéral pour les trois ans à venir, qui devrait être publié d’ici quelques semaines. Il permettra de voir si l’Etat se lance dans un programme de réduction des dépenses publiques, ce qui constituerait un signal positif envoyé aux investisseurs : un tel programme signifierait effectivement que le gouvernement a pris la peine mesure du problème.
Les marchés veulent des actes concrets
Des signaux clairs et sans équivoque, telles sont les attentes de la communauté financière. Et pour l’instant, le nouveau gouvernement n’en a pas donné beaucoup. « Les investisseurs veulent de l’action mais pour le moment, aucun signal ne laisse penser que des réformes marquantes vont entrer en vigueur. Il ne suffit pas de faire des discours, l’important, c’est ce que le gouvernement fait concrètement pour convaincre les investisseurs de rester en Russie et d’acheter des actifs russes », souligne Vladimir Kolychev, analyste financier chez Rosbank à Moscou.
Même s’il est un peu tard, compte tenu de la dégringolade de la Bourse russe, Vladimir Kolychev estime que la poursuite du programme de privatisations – des banques comme Sberbank ou VTB, et des groupes énergétiques comme Rosneft ou Rushydro – serait de bon augure pour les marchés. Cela signifierait que, malgré les incertitudes et la volatilité qui animent les marchés financiers aujourd’hui, le gouvernement a confiance dans l’avenir et s’emploie à mener à bien des réformes structurelles indispensables.
Etant donnée la prédominance du secteur énergétique dans les exportations russes, les effets de la dépréciation du rouble ne sont que marginaux sur les autres secteurs russes d’exportation. Les seuls qui en profiteront à coup sûr sont la métallurgie et l’industrie automobile mais elles ne parviendront pas à elles seules à ramener le budget de l’Etat à l’équilibre.
Un an de crise… mais pas plus
Quant à l’entrée de la Russie dans l’OMC, qui devrait être effective en juillet prochain, ses effets resteront marginaux eux aussi. « Cela permettra d’accélérer certaines réformes sur le marché intérieur compte tenu de la pression internationale mais cela ne provoquera pas de forte reprise », assure Natalya Novikova.
Depuis la crise des subprimes en 2008, les Etats soutiennent la croissance mondiale à coup de centaines de milliards de dollars et la Russie n’est pas une exception, même si ses problèmes sont moins importants en comparaison des Etats-Unis ou de la plupart des pays d’Europe. Depuis 2008, elle a ainsi passablement puisé dans son fonds de stabilisation pour financer la relance et elle ne pourra pas continuer à le faire indéfiniment, ce qui fait dire à la chef économiste de Citibank que « si la crise actuelle dure plus d’un an, ce sera vraiment difficile ».
Le gouvernement russe sera ainsi contraint d’opérer des coupes drastiques dans ses dépenses – et en particulier dans le secteur social – pour conserver une orthodoxie budgétaire qui a fait jusqu’à présent la fierté de Vladimir Poutine.

