La rencontre Hollande-Poutine vue par les Russes

Les présidents russe et français se sont rencontrés vendredi 1er juin à Paris. Au menu : situation en Syrie, bouclier anti-missile et question palestinienne. Comment est perçue cette rencontre en Russie ? Doit-on parler de franc succès ou d’échec ? Le Courrier de Russie a sélectionné les meilleurs extraits parus dans la presse russe à ce sujet.

 

« La situation entre la Russie et la France s’est très largement apaisée. Les déclarations de François Hollande sur la situation en Syrie lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine ont été beaucoup plus modérées, autant en public qu’en privé, que celles faites auparavant, comme lors de sa campagne présidentielle. Par exemple, rien n’a été dit concernant une possible action militaire sans un aval préalable de Moscou et de Pékin. La question syrienne a tout de même constitué le thème majeur de la rencontre, qui a duré près d’une heure et demie au lieu des 20 à 25 minutes prévues initialement. Le président russe a répété qu’une intervention internationale en Syrie serait inadmissible. Enfin, Vladmir Poutine se félicite d’avoir été le premier chef d’Etat à avoir rendu visite au nouveau président français avec qui le dialogue est essentiel pour le développement du partenariat franco-russe. »

Iouri Ouchakov, conseiller de Vladimir Poutine sur les questions internationales.

« Je suis certain que les relations entre la France et la Russie seront très bonnes à l’avenir car je me suis senti très à l’aise lors de la longue discussion que j’ai entretenue avec François Hollande, y compris sur certains sujets épineux. C’est un point essentiel car la France, comme l’Allemagne, est un partenaire primordial de la Russie. »

Vladimir Poutine, Ria Novosti, lors de la conférence de presse donnée à son retour de France.

« En France, la rencontre entre Vladimir Poutine et François Hollande ne s’est pas aussi bien passée qu’en Allemagne [V. Poutine a rendu visite à Angela Merkel avant sa rencontre à l’Elysée, ndlr]. Tout d’abord, le contexte était plus tendu qu’outre-Rhin. François Hollande avait, peu avant la visite du président russe, déclaré à la télévision qu’il convaincrait Vladimir Poutine sur la question syrienne et sur le départ de Bachar al Assad. Ainsi, lors de leur rencontre, le président français a joué la carte des sentiments, ce à quoi Vladimir Poutine a répondu en rappelant que « Bachar al Assad avait été accueilli en France plus fréquemment qu’à Moscou », invitant le président français à se justifier sur ces questions avant de donner des leçons. Chose qu’il a faite en rejetant la faute sur son prédecesseur.

Quant au réglement du conflit, le président français n’exclut pas une intervention militaire en Syrie. Idée surprenante : plonger la France dans un conflit armé serait facile mais les Français sont-ils réellement prêts à mener une deuxième guerre d’Afghanistan ? De plus, François Hollande n’est pas en position de faire pression sur Vladimir Poutine. Premièrement, c’est inutile. Deuxièmement, il n’a aucun moyen de le faire et troisièmement, le nouveau président n’a aucun poids politique au niveau international, à la différence de Nicolas Sarkozy qui avait tenu tête à Dimitri Medvedev sur le question du conflit russo-géorgien en 2008 ».

Lioubov Lioulko, Pravda.

« Outre la question syrienne, Vladimir Poutine et François Hollande ont également traité du bouclier anti-missile européen. Le président russe s’est réjoui que la France, en sa qualité de puissance nucléaire, se soit montrée « à l’écoute » de la Russie au sujet de son opposition au projet de l’OTAN. La situation en Palestine a aussi été traitée. Les discussions se sont orientées autour d’une future collaboration économique et sur la mise en place d’une aide humanitaire conjointe dans cette région. Quant à l’inquiétude du Kremlin au sujet l’opposante ukrainienne Ioulia Timochenko, la France s’aligne sur la vision russe, considérant que sa place n’est pas en prison ».

Rossiïskaïa gazeta.

 

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