Petit traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes Moscovites

Je suis bien navrée que mes lecteurs aient à souffrir de mon emploi du temps mais je reviens juste de vacances dans le Caucase et l’hostilité moscovite m’agace plus que d’ordinaire. Je pense que les Russes – citadins de surcroît – auraient beaucoup à apprendre des gens du Caucase.

J’ai conscience de m’attirer potentiellement les foudres de bon nombre de patriotes mais au diable la flatterie. Si je ne compte pas jouer les Amélie Poulain de bas-étage et changer du jour au lendemain le rapport entre les gens de la capitale, je me contenterai au moins de donner quelques conseils de savoir-vivre à l’usage des jeunes Russes, pour reprendre le titre d’un roman de l’écrivain juif russo-américain, Gary Steynghart.

J’ai en tête les habitants du Grand Caucase, qui s’étend du sud de Rostov-sur-le Don à l’Arménie : un monde où les gens se parlent encore sans avoir eu besoin d’élever les cochons ensemble. Dans le Caucase, le pompiste vous propose un café après vous avoir fait le plein et les chauffeurs de taxi n’hésitent pas à interpeller tout le quartier pour se faire préciser l’adresse indiquée. Un monde où l’on n’a jamais l’impression de déranger et où demander un service est compris comme une preuve de confiance.

A Moscou, je passe sur les voisins qui ne disent pas bonjour et les vendeuses qui vous fusillent du regard lorsque vous demandez à essayer la robe d’une taille au-dessus. J’ai décidé que je ne me sentirais plus coupable d’oser réserver une table pour dîner un samedi soir alors que je ne suis même pas une VIP. D’autant que je sais les Russes capables de courtoisie – dans le métro, par exemple, ils vous demandent bien si vous descendez à la prochaine station plutôt que de jouer agressivement des coudes, à la parisienne. Et c’est très positif.

Être avenant n’est donc pas chose insurmontable. Et voici quelques conseils que j’applique moi-même depuis déjà quelques années (depuis le jour, en fait, où l’on m’a retiré mon appareil dentaire) :

  1. Souriez. Sourire ne demande qu’un faible effort physique, on n’y attrape pas de crampe et ça rend toujours plus beau. Tirer la tronche n’est, en revanche, décidément pas esthétique. Ainsi, pensez-y – il y a là chance à saisir d’améliorer un peu le sort des plus moches.
  2. La triade « bonjour-merci-au revoir » n’est pas compliquée à retenir, votre chère maman vous l’a sans doute apprise, les mots existent depuis la nuit des temps et servent beaucoup en temps de paix. Les plus téméraires peuvent même tenter un « comment ça va ? », à l’image des Québécois. D’autant que personne, dans un premier temps, n’exige que vous vous intéressiez réellement à la réponse.
  3. Parlez aux inconnus. Dans la rue, le métro, au restaurant : sans aller jusqu’à confier vos déboires sentimentaux au premier venu, on peut évoquer quelques banalités du type temps qu’il fait, dernières actualités, victoire des armées russes sur Napoléon en 1812.
  4. Si vous en avez assez de lutter chaque jour contre les trois tonnes de la porte d’entrée du métro, tenez-là aux gens qui viennent après vous. J’ai bon espoir, d’ici quelques générations, que tout le monde s’y soit mis.
  5. Si vous êtes automobiliste, cessez de considérer le piéton comme une proie à abattre. La chasse à courre est, jusqu’à preuve du contraire, réservée aux animaux sauvages.

Si l’exercice vous plaît, recommencez jusqu’à ce que cela contamine tout votre entourage. Moscou a au moins besoin d’une épidémie de bonne humeur pour guérir ses propres maux : vivre dans une telle ville n’est pas tâche facile – mettons-y donc un peu du nôtre.

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