Le Ministère des Finances russe souhaite réformer le calcul du revenu minimum vital afin de diminuer le nombre de personnes défavorisées et ce, sans pour autant augmenter leurs revenus. Cette approche permettrait notamment à la Russie de diminuer ses dépenses sociales.

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La nouvelle approche du Ministère des Finances russe concernant le calcul du montant du revenu minimum vital (somme des moyens nécessaires à une personne afin qu’elle soit en mesure de disposer des biens et services vitaux) consisterait, entre autres, à introduire un « niveau social de pauvreté », qui, selon le Ministère, se basera sur la conception de « pauvreté totale », définie par l’incapacité réelle de satisfaire les besoins élémentaires en nourriture, vêtements et logement.
Le seuil de pauvreté serait ainsi fatalement modifié puisqu’il est défini par l’agence fédérale russe de statistique Rosstat sur la base du revenu minimum vital. En Russie, une personne qui gagne moins que le montant de ce revenu mensuel est qualifiée de « défavorisée ou pauvre ». En 2011, ce seuil était évalué à 7084 roubles (177 euros) pour la population adulte, 5182 rur (130 euros) pour les retraités et 6342 rur (158 euros) pour les mineurs.
Conséquence directe : le niveau social de pauvreté pourrait être inférieur au revenu minimum vital (diminution estimée à 20%, selon Igor Poliakov, expert au Centre d’analyse macroéconomique et de pronostics à court terme) car le Ministère envisage de prendre en compte « l’effet d’économie » découlant du partage de certains biens qui profitent à toute la famille.
Par exemple, une télévision ou un réfrigérateur profite à tous les membres d’un ménage. Ainsi, il ne serait pas nécessaire de les comptabiliser dans le calcul des biens nécessaires et vitaux de chaque membre de la famille. Donc, plus une famille serait grande, plus les membres de celle-ci seraient considérés comme « riches ».
Les critiques concernant cette nouvelle réforme se sont faites entendre rapidement. Igor Nikolaev, analyste pour la société d’audit FBK, s’amuse de la définition « d’effet d’économie » : « Si l’on suit l’idée du Ministère, il faudrait qu’une famille ne possède qu’un seul chapeau ou savon pour tous et que l’on cuisine systématiquement pour l’ensemble du ménage même si l’on est seul à manger, puisque la gazinière est un bien commun à tous ».
Elena Khromova, analyste pour BDO, société spécialisée dans l’audit et le conseil, relève les limites actuelles du revenu minimum : « Le revenu minimum est un moyen de survie et ne permet en aucun cas d’actionner un mécanisme de croissance pour la personne qui n’est pas en mesure d’épargner. Un parfait exemple est la situation en Sibérie, où les charges liées à l’énergies sont plus élevées que le revenu minimum vital ». De nombreux experts suivent ce raisonnement et considèrent que le résultat de cette réforme pourrait causer un réel accroissement de la pauvreté en Russie puisqu’à l’heure actuelle, le revenu minimum vital est déjà loin d’être suffisant.
La volonté de diminuer la pauvreté en Russie avait été évoquée par Vladimir Poutine dès 2003. En 2011, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 17 à 18 millions. Cette augmentation a inquiété les autorités qui cherchent à faire baisser le nombre de personnes en difficulté d’ici 2014. Ce projet d’introduction d’un « niveau social de pauvreté » est une idée du vice-Premier ministre, Vladislav Sourkov, évoquée dans une lettre adressée au gouvernement par la vice- ministre des Finances, Natalia Nestrenenko.


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