
C’est bien connu, les Russes imaginent les Français affublés d’un horrible couvre-chef sur la tête dévorant un jambon beurre. Mais il n’y a guère qu’au facteur de Jacques Tati que cela allait bien. Et ironie du sort, le personnage était joué par Tati qui était lui-même à moitié russe. Il était le fils naturel du comte Dmitri Tatischeff, général de l’armée russe, attaché militaire à Paris.
En ce qui concerne le jambon beurre, que dire sinon que l’art de la gastronomie française a été classé au patrimoine mondial de l’Unesco en 2010. A qui la faute ? Au pays lui-même dont le climat tempéré autorise toutes les cultures ? A Henri IV et à sa « poule au pot » ? A Parmentier et à son long combat pour la pomme de terre ? A Chirac et à son engouement pour le « museau vinaigrette » ? A Sarkozy et au Fouquet’s (Mitterrand y avait table ouverte bien avant lui) ?
Avec Hollande, on pouvait craindre que les étrangers usent de la Corrèze pour ironiser sur le foie gras, voire les noix ou la truffe. Mais non. Voilà Barack Obama, le Président des Etats-Unis en personne, qui s’y met et qui déclare tout de go que la frite accompagne bien le burger. J’imagine Vladimir Vladimirovitch s’entendre dire que le pelmen n’est jamais meilleur qu’avec un milkshake à la fraise tagada. Si c’est le prix à payer pour être un homme normal, je ne suis pas pressé que la France devienne « normale ».
Mais tout cela n’a pas effleuré les journalistes qui ont suivi le nouveau président français au G8 à Chicago.
Trop pressés de tourner le dos à la France « bling-bling » , ils se sont vite affublés d’un costume Elle ou Jours de France quand ce n’est pas de celui des auteurs des Martine pour mieux faire du people à tout va. Valérie Trierweiler, la première concubine, ressemblerait à Lauren Bacall, « Martine » (Trierweiler) va à la Maison Blanche, etc. Si les journalistes se prennent sans vergogne pour Mireille Dumas, se sont-ils demandés où était la frontière entre vie publique et vie privée ?
En fait, ils s’en fichent et ont décidé de se satisfaire d’un concubinage
« officiel ». Il faut dire que c’est aussi le moyen de justifier billet d’avion, chambre d’hôtel et taxi pour aller à Washington ou Chicago qui à n’en pas douter sont aujourd’hui aux frais de la princesse.
Pour nous qui aimons l’histoire, on notera plutôt que François Hollande met un terme à dix siècles d’histoire française et renoue avec le mariage « more danico » ou « danesche manere » des Vikings qui cessa avec le traité de Saint-Clair sur Epte conclu avec Rollon en 911.
La politique est le premier des arts et le dernier des métiers
Voltaire
Et la politique ?
En Russie tout va. Ici comme ailleurs, le gouvernement vient de changer. Soixante-quinze pour cent de nouvelles têtes, mais souvent les « zams »1 des anciens ministres. Chouvalov d’un côté, Dvorkovich de l’autre ; Medvedev au « G8 », Poutine bientôt au « G20 ». Une dualité bien orchestrée. La Russie ne connaît pas de crise politique.
Et si les marchés financiers se cassent la figure ici plus qu’ailleurs, la Russie reste imperturbable. Il faut dire qu’ici ce sont les oligarques qui ont pour l’instant la monnaie de leur pièce. S’étant endettés sans compter pour bâtir des empires, ils ont aujourd’hui bien du mal à faire face et vendent tout ce qu’ils peuvent.
En France, c’est maintenant le changement. Mais, pour l’instant, rien d’autre qu’un changement de ton.
Hollande, l’homme « normal » prend un malin plaisir à faire tout le contraire de Sarkozy. Salaire, entrée à l’Elysée, stop au feu rouge, tout y passe ! Un peu comme si Sarkozy était toujours « l’homme de base ». Ceux qui sont assez âgés pour avoir fait leur service militaire, se souviendront des séances « d’ordre serré », ces fameuses séances où, prenant le pas sur celui de « l’homme de base »,
l’on défile en chantant d’un air martial pour mieux se convaincre que la discipline est la première force des armées.
La politique française d’aujourd’hui, c’est un peu pareil.
Finis les fioritures, les extravagances et autres chamboulements, la troupe a dit non à ce Français d’origine hongroise qui s’est plu pendant cinq ans à jouer l’homme « de base ». Un comble pour un homme qualifié de nain par le Kazakh Borat (voir sur Internet sa vidéo sur l’élection de Hollande).
Retrouver de la rigueur, redonner son lustre à l’uniforme (à la nation ?), voilà ce qui attend les Français. En un mot, la lettre avant l’esprit. Plus ou moins consciemment, les Français viennent de donner la victoire aux technocrates de la Promotion Voltaire contre Sarkozy le révolutionnaire. Avocat, il a cru que pour gagner il lui fallait plaider sa cause alors qu’il eut mieux fait, comme Mitterand, d’user deux ou trois premiers ministres. Après tout la France n’est pas une gazelle. A quoi donc lui servirait un lion ?
Je n’ai pourtant rien contre les technocrates, ces aristocrates d’aujourd’hui, diplomates, inspecteurs des finances et autres grands commis de l’Etat qui consacrent leur vie à l’intérêt général. Mais est-ce le cas de ces énarques qui usent de leur statut tant qu’ils échouent devant les urnes et excipent les idées politiques les plus folles pour mieux jouer au Monopoly quand ils sont victorieux.
Mieux vaut être énarque, socialiste et conservateur qu’avocat, UMP et bousculer les habitudes.
Fallait-il changer « l’homme de base » ? Je n’en sais rien, mais je sais qu’il faut plus que des mots et quelques séances d’ordre serré pour faire une armée.
Les socialistes objecteront qu’en toutes choses, il faut d’abord avoir l’art et la manière. De concertations en synthèses, les Français vont devoir réapprendre à laisser du temps au temps. Mais dans quelques jours, Angela risque d’apostropher François en lui montrant que l’Allemagne est déjà bien au-delà de ses rêves de croissance en ayant augmenté de 4,3% les salaires des métallurgistes allemands.
Sauf à faire de même en France, et « burger frites » ou pas, c’est bientôt de la « saucisse de Francfort », qui accompagne tout aussi bien les frites, dont les Français risquent de devoir se passer tant elle sera chère.
1 Adjoint en russe

Article vraiment pro-sarkoziste. Pour vous, les gens ont elu Hollande simplement parce qu’il etait moins “bling-bling” que son predecesseur. C’est ce que j’appelle “prendre les gens pour des cons”. Je pense qu’il y avait d’autre chose a reprocher a Nicolas Sarkozy que sa tenue.
Et je vois que ce denier representait pour l’auteur le changement, le dynamisme. Mon avis est que ceci etait du cinema.
Les intimes de “Vladimir Vladimirovitch” (en français dans le texte) ont des idées de plus en plus bizarres, je trouve. Est-ce l’effet de la vodka locale ?