En Russie, une seule chose me manque. Enfin, s’entend – une fois énumérée la sempiternelle liste de saucisson d’Ardèche, morbier dégoulinant, côtes-du-rhône élevé en fût de chêne et autres victuailles aux plaisirs bien éphémères.

Non ce qui me manque, c’est qu’en Russie, personne ne passe chez moi à l’improviste. Ma casserole se morfond d’avoir toujours à supporter « l’assiette du pauvre », qui finit irrémédiablement à la poubelle ou dans le ventre de ma moitié.
Comprenez-moi bien. Fille de ch’tis, j’ai grandi en Provence. Si les gens du Nord sont connus pour être accueillants, dans le Sud on vit la porte ouverte – si ce n’est par convivialité, au moins parce qu’on a trop chaud.
Je suis arrivée à Moscou un hiver et, dès l’arrivée des beaux jours, j’ai optimisé mon espace vital pour qu’il soit irrésistible et agisse comme un aimant sur mes visiteurs potentiels : j’ai tellement décoré mon salon qu’on ne voit plus la tapisserie arrachée, j’ai couvert mon canapé de velours noir d’un plaid douillet aux tons chaleureux, j’ai mis une table basse pour encourager l’apéro et j’ai aménagé mes quatre mètres carrés de balcon avec des plantes, une table, deux chaises et le sacro-saint barbecue.
Je me suis débrouillée, malgré mes 50 heures de travail hebdomadaires, pour avoir toujours de quoi boire et manger en allant me ravitailler régulièrement. J’ai trois couvertures supplémentaires et des tapochki pour tout le monde, et j’ai même affiché sur le frigo la liste-des-choses-à-ne-pas-faire-en-Russie-parce-que-ça-porte-malheur. J’en veux pour preuve : plus personne ne siffle dans ma maison.
Mais rien n’y fait. Les gens s’entêtent à ne pas débarquer le dimanche matin en réclamant leur pastis ou leur café, comme c’était l’usage dans la maison paternelle. Pour expliquer ce constat, j’ai dressé la liste de quelques raisons possibles :
- J’habite trop loin. Prospekt Vernadskovo, ligne rouge, sud-ouest. Pourtant, montre en main, je suis à 25 minutes de la Place rouge, ce qui n’est donc pas pire que si je vivais à Tchystie Proudi, le fameux quartier français.
- Je n’ai pas d’amis. Je réfute cette thèse, je la balaie illico-presto d’un revers de main : mes week-ends sont réservés des mois à l’avance.
- Ça ne se fait pas. Commençant à bien connaître la convivialité des Russes pour avoir pris plusieurs belles cuites ou quatre kilos de gras en une soirée, je réfute également.
- Les gens se foutent de ma déco. Ça, c’est bien possible. M’enfin, j’ai du pastis quand même ?!
J’en suis arrivée à la conclusion que… je suis journaliste. Personne n’aime trop les journalistes et les Russes s’en méfient carrément comme de la peste. Je vais donc vous faire un aveu : moi aussi.
Retrouvez de nombreux témoignages de Français en Russie dans la rubrique: Des Grenouilles dans la vodka

Mais non, ta déco est magnifique et donc, c’est promis, on débarquera à l’improviste.
Bonjour,
Je sais d’où vient le problème ! Les russes n’aiment pas le Pastis. J’ai essayé plusieurs fois de les convertir. Pour eux, ça a le gout de médicament. Finalement, c’est eux qui m’ont convertis à la Vodka
Bonjour Nina, tout d’abord il ne faut pas désespérer car tu n’es pas seule dans ce cas! Je suis fils immigré de ch’tis et né en Provence..donc la culture de la porte ouverte, je connais aussi. Marie a une russe, j’ai vite compris que Moscou, comme dans d’autres mégalopoles , les relations se tissent + souvent à l’exterieur (resto, bar….) pour rencontrer (d)ses amis…et suis d’accord avec Philippe, il faut rester comme nous sommes!
Premierement, en reponse a Ivan: non en Russie il vaut mieux ne pas faire comme les russes. cela ne m’a pas apporte plus d’amis. Au contraire, plus vous etes etrangers et plus vous etes interessants.
Deuxiemement, inviter un russe pour quelque raison que ce soit, ne veut pas dire qu’il viendra, meme si c’est “arrange” entre vous. Meme mes etudiants, le fait d’avoir paye pour venir a la lecon, pour un mois de cours a l’avance ne les faisaient pas venir si ils ne voulaient pas.
Autre chose, les arrangements comme: “bien sur je viens demain, je te rappelle au matin” Vous pouvez etre sur qu’a 17h on vous rappelle (ou ne rappelle pas) pour vous dire que la meilleure amie vient just d’arriver a Moscou, ou que la grandmere est malade ou que le patron a organise une soiree au restaurant.
Ce n’est pas faute d’habiter trop loin, le probleme c’est que les russes n’habite jamais assez pres de chez vous ;) J’ai habite le centre (en plein), j’ai aussi habite a Chisti Prudi, a Sukharevskaya, Timiryazevskaya, rechnoi vokzal, svtenoi bulvar i medvedkogo, cela n’arrange rien, les russes ne sont spontanes qu’a la minute meme et a l’endroit meme ou ils sont.
J’ai vecu 3 ans et demi a Moscou (6 ans a Almaty avant cela) et le fait de parler russe couramment etait une tare. Ainsi, un americain ou un francais s’exprimant affreusement en russe ou ne s’exprimant pas du tout etait beaucoup plus interessant que moi, et donc, des la premiere phrase que je prononcais: zdravstvuite! etait suffisante pour rpouve que j’etais “trop russe” pour eux.
Ma fiancee (qui est russe) vient just de me dire, que le probleme en russie est le manque de responsabilite des russes par rapport a leurs engagements.
Donc, le seul moyen est d’aller dans les lieux pour etrangers, parler haut et fort dans votre langue maternelle (“OH! comme c’est joli!!”), s’exclamer de voir un ou une russe d’aussi pret, de les inviter a vous accompagner chez vous tout de suite et donc enfin faire profiter de votre interieur la visite improptue de visiteur “non invite”!
Et pour l’anniversaire, que Ivan mentionne, je peux vous dire, que les premieres fois que vous invitez quelqu’un, il vient. la deuxieme, il ne viendra pas dans un lieu commun (c’est-a-dire connu). Ainsi, par exemple, la derniere fois que j’ai “fete” mon anniversaire, sur 20 personnes invitees, 15 ont repondu “oui” a l’invitation et personne n’est venu trouvant tous a peu-pres la meme excuse.
Soyez francaise, soyez comme vous l’avez toujours ete, sinon ce sont vos amis en france que vous perdrez (comme moi je les ai perdus) et des amis en Russie que vous ne ferez pas.
le morbier ne coule pas, parole de Comtoise !
Et qui est cette comtoise?
Franc comtois rends toi neni ma foy!
rho bah fallait le dire…on va s’inviter ^^
Vous devez vous adapter a la coutume des Russes : ils ne vienent que si vous les invitez. Cela s appelle…PRIGLASHENIE. Priglasit…inviter a venir a un moment convenu. Chez eux c est normal et sans invitation directe, faudrait un evenement tout a fait exceptionel que vous les voyiez a votre porte. C est pareil pour anniversaire etc vous avez beau anoncer le votre, si vous ne dites pas a ceux que vous desirez voir chez vous pour feter, vous allez vous retrouver seule avec vos proches.