Edouard Limonov a commencé l’année en beauté avec la publication de deux romans, un recueil de poèmes et la sortie d’un album de ses vers en musique. Sa biographie, écrite par Emmanuel Carrère, a par ailleurs été classée best-seller en France en 2011.

Photo : F. Savintsev
Aficha : Pourquoi êtes-vous devenu soudainement si populaire ? Est-ce là une reconnaissance…
Edouard Limonov : Posthume ? Bien sûr, ce succès m’était destiné après ma mort, je suis ce qu’on peut appeler un homme chanceux, «lucky boy » comme disent les Américains. Pour dire la vérité, je ne m’y attendais vraiment pas. Le livre d’Emmanuel Carrère a fait de ma personne un mythe. N’attendez pas de moi que je vous dise que tout y est vrai ou faux, je n’en ai rien dit à E. Carrère non plus. A quoi bon se battre contre un mythe ? Ce dernier a tellement plu aux Français, qu’ils en sont même devenus fous. J’ai chez moi trois grosses caisses remplies d’articles de presse. Certains jours, mon livre affichait près de 900 référencements sur le Google français et 1 500 000 occurences trouvées. Et pour couronner le tout, le président français en personne avait, à trois reprises, conseillé la lecture de ce livre.
A : Cependant, vous avez renoncé à la nationalité française.
E. L : Puisque je suis un bon citoyen, je n’avais rien à faire de cette nationalité, n’est-ce pas ? Nous aurons tous une citoyenneté dans l’au-delà. Ceux qui ont de bonnes relations se retrouveront au cimetière de Novodevitche [cimetière le plus prestigieux de Moscou, ndlr], quant aux autres, ils se verront enterrés dans un banal cimetière de quartier.
A : Quelle est votre relation à la mort ?
E. L : Aucune. A l’instar des populations d’Orient, je n’ai pas peur de la mort. En Inde, on s’en réjouit même. Les Russes sont, de nature, fatalistes, surtout les plus érudits d’entre eux. Je suis sûr que mon nom apparaîtra dans les manuels scolaires, je ne tomberai jamais dans l’oubli. Je suis plus heureux que beaucoups d’autres, je ne me réveille jamais en sursaut la nuit, perplexe, en me posant la question : « Merde mais qu’est ce que j’ai accompli dans ma vie ? »
A : Vous vous sentez jeune dans l’âme ?
E. L : Jeune, je ne sais pas mais je ne me considère pas comme vieux en tous cas, même si parfois, l’idée de vieillir me répugne, commes ces cheveux blancs par exemple. De manière générale, je me sens bien dans ma peau. Enfin, j’ai quelques petits problèmes avec mes dents et d’autres conneries mais rien de grave, en somme. J’estime que l’immortalité est inutile. L’espèce humaine est immortelle grâce à sa contribution personnelle au patrimoine universel de l’humanité, dans lequel tout se mélange, des compositions de Mozart à…
A : Justement, Vsevolod Tchaplin (attaché de presse du Patriarcat) avait déclaré que Mozart était la « Britney Spears » de l’époque.
E. L : Oui, c’est une vraie tête de noeud celui-là. Il y a beaucoup d’idiots en Russie, je n’ai pas besoin de le répéter.
A : Mais V. Tchaplin exerce beaucoup d’influence.
E. L : Au nom de la Nation, je dirais que c’est un vrai couillon, encore plus que Boris Nemtsov. Ces gens racontent des idioties. Ils considèrent que tous les Russes doivent être orthodoxes. En réalité, la plupart d’entre eux sont athées.
A : Vous êtes au courant qu’Amnesty international a attribué le statut de prisonnier politique aux membres de Pussy Riot ?
E. L : Amnesty international n’est qu’un groupe de rien du tout. Je vais vous raconter une petite histoire. Début janvier, alors que Nemtsov et moi-même étions retenus au poste de police, j’apprenais que celui-ci, Yachine et Kosiakine, notre camarade du Front de gauche, avaient reçu le statut de « prisonnier politique ». Ils se sont tournés alors vers moi et m’ont demandé : « On ne vous l’a pas donné ? ». « Non », fut ma réponse. Yachine dit alors : « Boris [Nemtsov, ndlr] nous devons remédier à cette situation ». « Ce sera fait » répondit Nemtsov. Le lendemain matin, alors que j’écoutais la radio Echo de Moscou, je découvrais que Kirill Manouline et moi-même avions obtenu ce fameux statut. Vous voyez un peu mieux à quoi ressemble cette organisation, Amnesty international ! Si les gens qui la composent sont sous la houlette de Nemtsov, on n’a pas besoin d’eux.


Les conformistes meurent des graves maladies, comme cancer, plus frequemment que les, soi-disant, r-revolutionnaires, comme Limonov, eternel adolescent Savenko…Pour exister- il faut donc resister! Contre qui- peu importe! Le cimetiere Novodevitchie n`attire pas Limonov…Il a raison peut-etre…