« La deuxième moitié de 2012 sera très dure »

Sberbank, la première banque de Russie, est arrivée en deuxième position du classement des valeurs financières qui ont connu la meilleure performance boursière sur les 10 dernières années, juste derrière Apple. A l’heure où la presse évoque une possible mise sur le marché de la participation que détient la Banque centrale russe au sein de Sberbank, Le Courrier de Russie a rencontré David Richter, conseiller du président de Sberbank pour la région de Moscou.

Sberbank (RIA Novosti/Gleb Kotov)

Le Courrier de Russie : Comment expliquez-vous que le titre Sberbank a réalisé une telle performance alors que la plupart des banques occidentales ont été plombées par la crise des subprimes ?

David Richter : Sberbank a réalisé cette performance avec des activités concentrées essentiellement sur le marché russe, qui n’est pas du tout comparable à ce que l’on peut rencontrer en Europe ou aux Etats-Unis. Sur ces marchés, le secteur bancaire est arrivé à maturité depuis longtemps qu’il s’agisse des banques proprement-dites ou des produits financiers. En Russie, il est encore en croissance et pour cette raison, les rendements qu’il génère sont plus élevés. Je dirais même que c’est un terreau qui offre de bien meilleurs profits.

LCDR : Pourquoi les rendements sont-ils plus élevés en Russie ?

D.R. : Il y a deux élements de réponse. Le premier, c’est que la prime de risque sur le marché russe est plus élevée que sur le marché français et une opération qui réussit vous rapporte ainsi davantage. Le second, c’est que la compétition a commencé il y a quelques années seulement sur le marché russe. En matière bancaire, le comportement de la clientèle russe est encore dicté par les habitudes historiques héritées de l’Union soviétique. Ce n’est que depuis l’arrivée des grands acteurs internationaux comme Citibank ou Société Générale [devenue aujourd’hui Rosbank en Russie, ndlr] que la compétition s’aiguise entre les différentes banques et que les clients ont la possibilité de faire jouer la concurrence.

LCDR : Cette concurrence qui excite les différents acteurs du marché bancaire en Russie signifie-t-elle que le secteur s’apprête à connaître une phase de consolidation en Russie dans les années qui viennent?

D.R. : Oui, il y aura des consolidations. Dans le cas de Sberbank, si nous ne sommes pas en mesure d’offrir des prestations en tant que banque d’investissement, nous sommes forcés d’acquérir ces compétences en rachetant une entité qui a fait ses preuves en la matière. Le rachat de Troïka Dialog, dont nous finalisons l’intégration, nous a permis de compléter la palette de nos produits afin d’offrir à nos clients une gamme complète de services financiers.

LCDR : Sur quels éléments s’appuie la croissance de Sberbank ?

D.R. : Notre croissance s’appuie sur notre offre globale de services financiers. Notre statut de banque d’épargne, hérité une fois encore de l’Union soviétique, nous permet d’être aujourd’hui le premier prêteur du pays, qu’il s’agisse d’entreprises ou de particuliers. Nous sommes en mesure d’établir des plans de financements sur-mesure que nous développons au sein de Sberbank en fonction des besoins de nos clients. De même que, dans la banque de détail, nous offrons toute une gamme de produits standardisés qui ont, eux aussi, été développés au sein de notre établissement. Cela nous permet de soutenir les producteurs actifs dans des secteurs qui offrent des débouchés intéressants comme les clients finaux susceptibles de les acheter. Les risques sont ainsi réduits au minimum.

LCDR : Vous avez racheté récemment la banque autrichienne VBI (Volksbanken International AG), envisagez-vous de vous développer davantage à l’étranger ?

D.R. : La diversification à l’étranger nous permet de passer à l’échelon supérieur, d’entrer progressivement dans la ligue des établissements financiers d’envergure internationale. Avec VBI, nous avons mis la main sur un réseau bancaire bien établi et qui s’étend non seulement en Autriche, mais aussi en République tchèque, en Slovaquie, en Hongrie et dans la plupart des pays de l’ex-Yougoslavie. Compte tenu de la forte concentration du marché bancaire européen, nous procédons pas à pas, par des rachats ciblés. A l’heure actuelle, nous examinons les attentes du marché, les produits que nous pourrions introduire et s’il vaut mieux opérer sous le nom de Sberbank ou pas. Mais il n’y a pas d’urgence concernant notre expansion internationale, nous agirons en fonction des opportunités.

LCDR : Quelles sont vos prévisions pour l’année 2012 ?

D.R. : Nous allons devoir affronter la seconde partie de la crise initiée en 2008. La deuxième moitié de l’année sera très dure et la Russie n’y échappera pas. Nous avons donc revu nos perspectives de croissance à la baisse, en espérant que les autorités politiques parviennent à prendre les mesures nécessaires pour atténuer au maximum les effets de cette crise.

 

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